Un proverbe chinois dit : « Seul celui qui a emprunté la route connaît la profondeur des trous. »

En Tunisie, l’état des routes est déplorable. De Bizerte à Ben Guerdane, de Sousse à Ain Drahem, les crevasses, les trous et autres obstacles obstruent la circulation routière. Dans certains cas, la route incarne —à elle seule— un véritable danger pour les conducteurs. Outre ces plaies béantes, en guise de ralentisseurs, les dos-d’âne non signalés causent des dommages quotidiens, surtout la nuit, étant indécelables jusqu’au dernier moment. Leurs présences n’étant annoncées par aucune signalétique réfléchissante.

En cette période de paiement de la taxe sur la circulation, plus connue sous le nom de la « vignette automobile », la rédaction de Nawaat évoque cet état de nos routes, ayant atteint le seuil de l’intolérable. Usures, travaux non achevés convenablement (Sonede, Steg, Télécom, etc.), malfaçons, sous-calibration pour certains tonnages, défaut d’entretien… ont abouti à des routes qui ressemblent davantage à des sentiers d’une savane équatoriale ayant subi les assauts des intempéries !

Quelques chiffres relatifs à nos routes :

L’infrastructure routière en Tunisie comprend, outre la voirie communale, un réseau classé d’État et un réseau rural.

Le réseau routier classé d’État est réparti comme suit :

– Autoroutes : 360 km ;
– Routes Nationales : 3938 km ;
– Routes Régionales : 5117 km ;
– Routes Locales : 2453 km ;
– Routes en cours de classification : 1242 km.

Quant au réseau des pistes d’intérêt rural, il se développe sur une longueur d’environ 13 000 km.

Si le ministère de l’Équipement se consacre aux grandes routes, les municipalités sont tout aussi responsables d’assurer l’entretien des routes et des trottoirs à l’intérieur de leurs communes, et ce, à travers une direction chargée de la voirie.

Le nouveau ministre de l’Équipement a d’ailleurs pris comme première mesure l’élaboration d’un programme d’entretien des routes et des pistes. Ce programme concerne la réfection de 356 000 m2 de crevasses, le revêtement superficiel de 900 km, le revêtement en enrobé de 240 km et la création de 500 km d’accotements.

Cependant, et c’est ce qui nous excède, c’est la lenteur prise au niveau communal d’apporter des réponses aux problèmes vécus quotidiennement par les usagers de nos routes. Car, rares sont les communes publiant sur leurs sites internet les chiffres concernant leurs voiries. Et quand bien même cela est fait, comme pour la commune de Nabeul, les chiffres datent de 2009.

Le porte-parole du ministère de l’Équipement, que Nawaat a contacté, préfère rappeler les réalisations de son ministère. Celui-ci nous renvoie directement vers les communes quant aux nombres de crevasses présentes et quant à l’absence de solutions claires ayant trait à la voirie locale :

« La priorité du nouveau ministre de l’Équipement a été justement de venir à bout de ce fléau. Ainsi, 250 millions de dinars seront consacrés à nos routes. Mais il faut rappeler que la voirie appartenant aux communes n’est pas de notre ressort. C’est avec elles qu’il faut voir cela. Nous gérons 19 000 km de routes et 50 000 km de pistes rurales, le reste est du ressort des municipalités. »

⬇︎ PDF

Des municipalités dans l’attente d’élections…

Afin de mieux comprendre le « silence communal » face à ce phénomène, nous avons contacté la municipalité de Tunis qui nous explique :

«Il n’y a pas de volonté politique d’avancer. Depuis la révolution, personne n’ose prendre de décisions engageant la municipalité. On attend tranquillement que les élections aient lieu. Si une situation urgente survient, telle une grève des agents municipaux, on essaie de trouver une solution. En revanche, concernant les problèmes de voiries, comme pour les autres, le futur conseil municipal issu des prochaines élections s’en chargera. »

Il est de plus en plus intolérable que la bonne marche des services publics soient aujourd’hui aussi tributaire des élections ; d’autant plus que les citoyens continuent de s’acquitter d’un ensemble de taxes locales destinées à contribuer aux charges nécessaires à la satisfaction de leurs besoins.

La taxe sur la circulation ou « vignette automobile » : s’en acquitter et attendre…

etat-des-routes-tunisiennes2

La taxe sur la circulation ou « vignette automobile » est une taxe payée par les particuliers, mais également par les personnes morales afin de circuler sur les routes.

Indépendamment de la tarification pratiquée, c’est l’utilisation de cette ressource qui est intéressante. Il y a aujourd’hui en Tunisie un parc automobile de 1 800 000 voitures. Ce parc s’agrandit annuellement de 70 000 nouvelles voitures.

Il est raisonnable de songer que le produit de la vignette soit réparti entre le ministère de l’Équipement et les municipalités afin que celles-ci puissent entretenir le réseau routier. Or, tel n’est pas le cas.

La taxe sur la circulation, une fois versée au trésor public, est incorporée au budget de l’État, pour être ensuite redistribuée sur l’ensemble des ministères pour les besoins de leurs budgets annuels.

A cet égard, un membre de la commune de Ben Arous exprime vigoureusement son agacement : « nos routes font peine à voir. Bien sûr qu’on veut les rénover. Mais avec quels moyens ? Notre budget ne suffit pas. Si on veut avoir une meilleure voirie dans les communes, la solution est simple : délocaliser la taxe sur la circulation. Prenons un exemple : supposons qu’il y a 30 000 voitures enregistrées à Ben Arous, si chacune d’entre elles payait sa vignette à la municipalité de Ben Arous, cela nous donnerait un minimum pour rénover nos routes. »

« Forcément, relève l’élu de Ben Arous, plus il y a de voitures dans une localité, plus ses routes sont endommagées, plus il faut d’argent pour rénover. »

Aujourd’hui, tout le monde s’accorde sur l’urgence concernant la sécurité routière et la rénovation des routes. Mais, attentisme, défaillances et laxisme persistent, pourtant !

Bien que le nouveau ministre de l’Équipement semble manifester déjà une certaine « bonne volonté », il est regrettable de relever autant d’inaction au niveau du vécu quotidien.

Enfin, si l’on rajoute le désastre de l’état de nos trottoirs, forçant les piétons à envahir la chaussée réservée aux véhicules, il ne faudrait alors plus s’étonner des tragédies quotidiennes, tant en termes de dommages corporels que matériels !

À suivre…