Depuis des décennies, la vie sociale et économique tunisienne se caractérise par un pessimisme ambiant. Autour de nous, rares sont les citoyens qui n’ont pas entendu, à profusion, l’occurrence “crise économique”. On ne dénombre plus les unes de journaux évoquant l’effondrement du taux de change, la hausse vertigineuse de la dette publique, la mollesse du taux de croissance ou encore le taux de chômage endémique.

Sans omettre les avis et les critiques récurrents sur la productivité catastrophique de notre capital humain, qui atteint naturellement son point le plus bas lors de la période estivale et durant le mois de ramadan, plombant un peu plus le climat des affaires.

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La résilience morale des Tunisiens est mise à rude épreuve face à ce torrent de signaux anxiogènes. Comment distinguer et discerner le vrai du faux sans sous-estimer, ni surestimer, la réalité socio-économique difficile de nombreux foyers ?

Dans ce bruit informationnel incessant, parfois contradictoire, citoyen et médias observent la situation économique en Tunisie par le biais de données chiffrées et factuelles.

La dette publique réunit la somme de tous les engagements financiers contractés sous forme d’emprunt par les institutions publiques. Celles-ci regroupent l’Etat, les entreprises publiques, les organismes sociaux de la sécurité sociale et les collectivités locales. Sans rentrer dans les détails techniques, on peut décomposer la dette publique en deux grandes parties. La dette publique intérieure est contractée auprès de créanciers tunisiens considérés comme personnes physiques ou morales. Ce sont par exemple les banques tunisiennes, les investisseurs ou encore les compagnies d’assurance. Les créanciers de la dette publique extérieure, qu’on appelle aussi les détenteurs de la dette, sont des personnes physiques ou morales étrangères ou, plus exactement, ne résidant pas en Tunisie. On a là le FMI, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement mais aussi certains pays partenaires. La dette privée n’est évidemment pas incluse dans la comptabilité de la dette publique. Elle représente les dettes cumulées de l’ensemble des ménages tunisiens et des entreprises privées et intègre par exemple nos crédits automobiles, nos prêts privés pour construire une maison, les financements pour la création ou bien le développement d’un commerce privé.

De 1986 à 2017, ce graphique indique que le ratio d’endettement de la Tunisie reste compris entre 50 à 60 % du PIB.

La Tunisie est considérée comme débitrice de ses créanciers, qui disposent donc de titres de créances à faire valoir auprès des autorités légales tunisiennes. Pour obtenir un crédit, un prêt ou un emprunt (c’est la même chose), l’Etat tunisien a deux solutions. Soit il décide d’émettre des titres obligataires, ou obligations d’Etat, sur les marchés financiers, soit il passe par un accord bilatéral (entre deux partenaires) ou multilatéral avec des pays tiers ou des investisseurs.

En plus d’être extérieure ou intérieure, la dette peut être contractée à court (délais de remboursement inférieur à 3 ans) ou à long terme (plus de 3 ans). A chaque crédit ou chaque dette, est associe un taux d’intérêt qui représente le tarif auquel l’on emprunte de l’argent. Ce taux d’intérêt est aussi appelé coupon de remboursement dans le cas des dettes obligataires. Plus le taux d’intérêt est élevé, plus le coût du crédit sera considéré comme cher.

Suite aux bouleversements de l’année 2010-2011, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer l’illégitimité de la dette. Certains ont alors exigé des autorités et des créanciers qu’ils appliquent une transparence totale sur le sujet quand d’autres ont appelé à un rééchelonnement (allongement de la durée de remboursement) voire un effacement pur et simple d’une partie ou de l’intégralité de la dette publique tunisienne. Il faut bien comprendre qu’une telle suppression, qu’elle soit partielle ou totale, ne supprimera aucunement la dette privée des ménages.

Le sujet de la dette publique tunisienne est toujours conflictuel car la confiance et la transparence ont longtemps fait défaut dans le pays. Les statistiques et les chiffres peuvent varier en fonction des méthodes de calcul et des multiples intervenants (ministère des Finances, Banque centrale, FMI, Banque mondiale, économistes, analystes indépendants, journalistes etc.).

Nous sommes également traditionnellement suspicieux, parfois à raison, parfois à tort, envers toute donnée rendue publique. Pour cette raison, toutes les statistiques fournies par ce papier sont uniquement des moyennes indicatives, calculées sur le temps long par plusieurs sources officielles comme l’Institut national de statistiques (INS), la Banque centrale de Tunisie, le ministère des Finance ou le FMI. Recoupées avec d’autres émanant d’acteurs non officiels (journalistes et économistes).

Nos agrégats macroéconomiques reflètent le mode de fonctionnement de notre économie nationale : un cocktail de formel et d’informel dont il faut tenir compte pour obtenir une photographie la plus réaliste possible.

Quelques chiffres

  • La dette globale moyenne de la Tunisie s’élève à 20 milliards d’euros, soit 42 milliards de dinars.
  • Le taux d’intérêt annuel moyen auquel le pays rembourse est de 4,4 %.
  • La durée moyenne de remboursement d’une dette est de 6 années (délai de vie moyen).
  • La dette extérieure représente 62 % de la dette globale.
  • Le taux moyen d’endettement de la Tunisie par rapport à son PIB national sur le temps long est de 55%.
  • Le taux annuel de croissance économique à atteindre pour espérer créer de l’emploi en Tunisie est de 3%.
  • L’année 1972 fut celle du taux de croissance le plus élevé en Tunisie (17,5 %).
  • Les années 1973, 1986 et 2011 ont été marquées les taux de croissance économique les plus faibles jamais enregistrés dans le pays (respectivement – 0,7 %, -0,6 % et – 0,5 %)
  • Le taux moyen de chômage en Tunisie est de 16,5 %.

Quelques définitions

  • Le PIB (Produit intérieur brut) mesure approximativement la production économique réalisée dans un pays donné sur une période donnée (souvent un an). Il indique la richesse produite et son évolution représente le taux de croissance.
  • Une dette correspond au montant d’argent dû à une personne, appelée créancière, par une autre personne, appelée débitrice.
  • Un crédit représente l’octroi d’une somme d’argent par une personne, appelée prêteur, à une autre personne, appelée emprunteur. C’est une forme d’avance en argent qui symbolise la confiance accordée.
  • Le taux d’intérêt représente le prix de l’argent prêté par une personne, appelée prêteur ou créditeur, à une autre personne, appelée emprunteur ou débiteur. Le taux d’intérêt est exprimé en pourcentage, souvent annuel. Il peut être fixe ou variable suivant la convention signée entre les parties.
  • La macroéconomie correspond à la branche des sciences économiques qui étudie les grands ensembles de l’économie (les grandes statistiques ou agrégats à grande échelle).
  • La microéconomie correspond à la branche des sciences économiques qui étudie l’attitude des consommateurs et des entreprises pour expliquer les mécanismes intimes de l’économie à petite échelle.
  • Une agence de notation est une société privée ou publique qui attribue une note technique à d’autres entités par le biais de critères d’évaluation sur des données objectives (chiffres, etc.) et subjectives (risque, etc.). Ces notations peuvent servir de support d’aide à la décision pour d’autres acteurs (investisseur, Etats, etc.).

A 55%, le taux d’endettement moyen de la Tunisie reste un ratio élevé. Les banques considèrent en effet qu’une personne, physique ou morale, est en situation d’endettement excessif à partir de 33 %. A partir de 60 %, on parle de surendettement. Toutefois, si l’on compare aux taux moyens d’endettement d’autres pays, la Tunisie, malgré la conjoncture économique supposée chaotique, dispose d’un faible endettement. La Grèce, pays auquel la Tunisie est souvent comparée, dépasse les 176 %. Le taux d’endettement du Japon, pourtant souvent montré comme modèle, se monte à plus de 250 % du PIB. Les Etats-Unis d’Amérique sont, quant à eux, endettés à hauteur de 103 % de leur PIB tandis que la France l’est à environ 100 %. Enfin, le Maroc, proche partenaire et concurrent, dépasse les 63 %. Sur le long terme, les dettes publiques ont tendance à s’aggraver. Ceci est principalement lié aux dérapages budgétaires ainsi qu’aux mutations rapides des sociétés qui obligent les Etats à mobiliser plus de richesses sans avoir effectué les réformes structurelles adéquates.