Annoncée pour 2008, puis 2009 puis reportée à maintes reprises depuis, la mise en place de la carte à puce serait imminente selon des sources de la CNAM. Pourtant dans les faits, rien ne laisse présager cette “imminence” : pas de communication officielle, aucune concertation avec les éditeurs de logiciels de gestion de cabinets médicaux, d’officines ou de structures sanitaires privées ou publiques, aucune implication des organismes représentatifs des différents prestataires de services…pourtant ce sont là des préalables nécessaires à toute mise en place d’un projet d’une telle envergure pour éviter tout rejet ou mauvais choix technique. Il semblerait que comme à son habitude notre administration est en train de cogiter “son” système intra-muros au risque de mettre au monde un bébé difforme et inadapté pour le contexte tunisien.

Une carte à puce au lieu du carnet cartonné

Cette carte à puce qui ressemblera à la carte bancaire bien connue des usagers, est supposée simplifier la vie des prestataires de soins, des adhérents et de l’administration, aux prises actuellement avec un système dépassé, et devenu Kafkaïen à force de changements intempestifs de procédure, et de complications incompréhensibles pour le commun des mortels où même les agents de la CNAM ont du mal à s’y retrouver !

Selon la CNAM, la mise en place du nouveau système devrait se faire progressivement, avec dans une 1ère étape un déploiement au profit de la filière privée (médecin de famille au tiers payant) où la carte remplacerait le petit carnet jaune (devenu rouge en 2015) sur lequel figurent l’identifiant de l’affilié, ses coordonnées, ses droits… En pratique, muni de la nouvelle carte, dont la puce comporte toutes les informations nécessaires à la prestation de soin, l’affilié devrait la présenter à son médecin de famille qui l’introduit dans un lecteur de carte (qui serait fourni nous a-t-on précisé à la CNAM, gracieusement à tous les prestataires) ce qui lui permettrait d’avoir accès à toutes les informations concernant l’identité du bénéficiaire, la nature des soins auxquels il a droit (APCI…), l’état de son plafond…Ainsi, s’il dispose encore d’un solde, l’affilié ne débourserait que 30 % du tarif de la consultation, 25% des frais d’analyses et 30% de ceux des médicaments, le reste étant pris en charge par la CNAM, selon les tarifs conventionnels en vigueur.
Après les affiliés de la filière privée, ce sera le tour des adhérents de la filière de remboursement puis dans une troisième étape le système couvrira la filière publique.

Un système aux nombreux avantages

Les avantages de la carte à puce sont en théorie nombreux et elle permettra immédiatement la résolution de nombreux problèmes endémiques à la CNAM, dont :
1- la suppressions des carnets classiques multicolores en cartons avec la contrainte de les changer plusieurs fois par an pour un même assuré, et comme il y a plus de 2 millions de carnets en circulation, on imagine aisément combien de temps d’attente serait ainsi gagné, de stress et de disputes évités avec le personnel souvent débordé des centres de la CNAM, qui ne sont que prés de 60 centres pour servir plus de…8.5 millions d’ayant-droits ! …ceci sans parler des économies à réaliser en frais d’imprimerie.
2- La gestion en temps réel des plafonds des affiliés, ce qui permettrait à la CNAM de réaliser de conséquentes économies en personnel affecté à cette seule tache.
3- Des gain substantiels en frais de courrier, souvent recommandé, destiné à ses affiliés et aux prestataires de services pour les différents avis et notifications (épuisement du plafond, fin de droit…)
4- Meilleure gestion de la procédure d’octroi des APCI, des médicaments et services médicaux à accord préalable.
5- Externalisation de certains services de la CNAM parmi les plus demandés par les affiliés, qui pourraient dorénavant, être fournis en recourant aux terminaux de retrait bancaire (TPE), comme il en existe des centaines sur tout le territoire de la République, finie alors la queue et les stressantes attentes pour renouveler la validité de la carte, changer de filières ou changer de médecin de famille…
6- Levée de certaines restrictions qui n’auraient plus lieu d’être, comme changer de filière uniquement en septembre, ou de médecin de famille uniquement en novembre…
7- Raccourcissement des délais et meilleure gestion des règlements des prestataires de services et des affiliés.

Pourquoi tant de lenteurs dans le traitement de ce dossier d’intérêt national ?

Au vu de ses nombreux avantages, on est tenté de se demander pourquoi les services de la CNAM et ceux du ministère des Affaires sociales ont mis tant de lenteur dans le traitement de ce dossier qui aurait dû profiter d’une priorité absolue au vu de son impact sur la vie quotidienne du Tunisien ? surtout quand on constate que son coût reste relativement modique comparé aux énormes économies qu’il permettrait de réaliser en terme de cout d’exploitation et à l’amélioration qualitative certaine qu’il apporterait aux prestations de services de la CNAM. En effet, ce cout est estimé entre 25 à 30 millions de dinars ce qui ne représente que moins de 2 % du budget annuel de la CNAM (les économies à réaliser par la carte à puce devraient largement amortir l’investissement global dés la 1ère année de son entrée en service).

C’est à croire que certains dans les hautes sphères de l’administration trouvent leur compte par intérêt personnel ou incompétence, dans l’opacité, le gaspillage, les détournements et les scandales à répétition du système archaïque actuel, largement dépassé depuis longtemps.