Les images de Safouane Ben Slama invitent moins à l’école buissonnière qu’elles ne portent la marque de tout flâneur ou braconnier du beau. Au printemps de l’année 2018, l’artiste, un sabot à chaque pied, a sillonné les déserts du Maroc, les bords de mer tunisiens et les rues de l’Algérie, pour poser son regard sur les corps, les choses et les espaces. On ne sait pas ce qu’il entre de fantasme ou de divagation dans ses captures. On se dit que pour le photographe, être à la dérive, flâner sans plan ni guide peut-être, sans rien de ferme sous les pieds, ce serait simplement s’armer d’un appareil photo pour ne pas regarder le monde trop vite. Le frisson qu’il recherche ? Celui d’une intention mariée à une attention. L’intention de se rendre sensible aux imperfections du monde. Et l’attention à l’altérité. Sous ses plages de silence, Éloge de l’ombre offre aux spectateurs un dépaysement et une méditation enchâssés dans le confort des images.