Par Adam Jerbi,

A ma grande surprise, j’ai appris hier 26/05/2011 que suite à une plainte déposée la semaine dernière par trois avocats, le tribunal de première instance à demandé à l’Agence Tunisienne d’Internet de fermer les sites à caractère pornographique. J’ai été non seulement surpris, mais aussi déçu. J’ai eu encore une fois ce nœud au ventre qui me dit que malheureusement, le combat pour la liberté en Tunisie n’est pas fini. Une dictature est en train de remplacer une autre sous le couvert de décisions de tribunaux.

Au-delà des questions d’ordre moral, je me demande par quel droit est ce que l’Etat peut décider pour moi – qui suis majeur et vacciné – des sites internet que je ne devrais pas consulter. Je pourrai comprendre qu’une personne ou organisation puisse porter plainte contre une autre personne ou organisation. Mais dans ce cas, une plainte a été déposée contre toute une catégorie de sites internet, sans nommer des sites en particulier. Je rappelle qu’un site internet n’est qu’une vitrine d’une organisation ou d’une entreprise. Je ne comprends donc pas qu’une plainte ait été déposée contre toute une catégorie de sites web, sans nommer les organisations qui sont derrière ses sites web. Ceci revient à porter plainte contre toutes les vitrines de chaussures en Tunisie par exemple sans nommer les propriétaires ou gérants des boutiques…puis décider de cacher ces vitrines par des rideaux sans même entrer en contact avec les propriétaires ou gérants de ces boutiques. Dans ce cas, je dirais que si les propriétaires ou gérants de ces boutiques n’ont pas été inquiété, c’est qu’ils n’ont pas enfreint la loi. Je m’étonne donc qu’un tribunal de justice, indépendant, puisse donner droit aux plaignants. Si des organisations derrière des sites à caractère pornographiques sont entrain d’enfreindre une loi tunisienne, c’est contre elles qu’il aurait fallu porter plainte. Ces organisations propriétaires de ces sites auront les moyens techniques de fermer l’accès de leurs sites aux internautes en Tunisie. Qu’un tribunal indépendant décide de la fermeture de tous les sites à caractère pornographiques m’inquiète énormément et me dit que quelque chose ne tourne pas rond dans la justice tunisienne post révolution. Est-ce que l’accusé –sites internet à caractère pornographique – a eu droit à un avocat ?

Beaucoup de questions se posent. Qui est le client ces trois avocats ? Est-ce que ces avocats se sont plaints en leur propre nom ? Est-ce qu’ils se sont crus gardiens de la morale ? Est-ce que cette décision sert des intérêts politiques ?

J’appelle mes concitoyens à la plus grande vigilance. Ceci est tout bonnement le retour en force de la censure. Ma liberté d’expression est en jeu.

Cette décision crée un précédent dangereux. Cette décision de justice peut ouvrir la voie à d’autres décisions. Quelques semaines auparavant, le ‘filtrage’ des pages facebook avait déjà commencé. Des pages FB plutôt subversifs ont été bloquées. Aujourd’hui, un autre pas a été franchi et je m’inquiète pour ma Tunisie.