La liberté étant une notion toute nouvelle pour le citoyen Tunisien, qui vient d’arracher sa citoyenneté depuis cinq mois et quelques jours, elle reste encore malheureusement une notion encore floue et confuse.

C’est ainsi que la liberté se confond dans l’inconscient de la plupart des Tunisiens, et même des plus érudits, avec celle de morale, avec la notion de Vérité (ou de vérité suprême) pour enfin se confondre avec celle de religion. La liberté est donc confinée dans les limites posées par les « scholars » dans leurs interprétations du bien et du mal, du permis et du non permis, du حلال et ‫.حرام‬

Cette confusion est davantage permise par la nouvelle physionomie de la société Tunisienne, de plus en plus tournée vers elle-même, endogame, monocolore,…même religion, même pensée, mêmes ambitions, mêmes opinions ? Une Société moderne qui s’est créée dans le parti unique, la télé unique, la radio unique, dans le président unique. Une société moderne qui s’est créée sans connaître son histoire, sa culture, mais plus grave encore, qui s’est développée sans savoir qu’on pouvait avoir une opinion différente de la masse, ou du moins qu’une minorité a le droit de s’exprimer, pour ne pas dire de vivre.

Nous avons tous vécu avec des réflexes bien ancrés de ‫ هذا ماهوش متاعنا‬ou encore ‫ ,بدعة‬sans savoir réellement qu’est ce que ce « Nous » veut dire et qu’est ce qui est à nous ? C’est pour cela qu’il est flagrant de constater que cette société devient de plus en plus xénophobe, sexiste, raciste et violente contre les religions autres que celle de la majorité ou encore contre la « non religiosité ».

Rajouté à cela une conviction de supériorité d’une religion sur les autres, conviction qui n’a rien à voir avec les préceptes même de la religion à laquelle cette société se réfère.

C’est ainsi que la liberté, non pas celle comprise par la plupart des citoyens, se transforme en violence, en haine, en liberté « de la majorité », en liberté « de la masse », une liberté d’une minorité d’excités de porter atteinte, sous couvert de l’étendard de « protecteurs de la religion et de l’identité arabo musulmane », à la liberté individuelle du citoyen : la liberté de lire, écrire, écouter, parler.

Ces mouvements de réactionnaires et d’extrémistes s’installent tout doucement, dans le confort de cette révolution qui s’est faite sous le signe de la Dignité, sans que personne ne fasse attention car ils sont portés par des lâches. Ces mouvements de haine s’installent tout doucement mais se développent rapidement pour deux raisons essentielles : la citoyenneté n’est pas bien ancrée en nous, du coup il est très rare de voir se mobiliser des gens pour un droit, mais aussi du fait de la facilité, nous avons été habitués depuis plus de 50 ans à ce que quelqu’un « d’en haut » s’occupe de ces choses là, nous n’avons pas appris à prendre notre destin en main.

C’est ainsi que les forces réactionnaires ont commencé à mettre en place la petite censure, le journal charlie hebdo a été interdit de diffusion par la société qui détient le monopole de la distribution des journaux étrangers, sous prétexte de haine à une religion, et personne n’a réagit, on s’est dit c’est pas grave ce n’est qu’un journal étranger. Des juges ont commencé à décider en notre place quoi regarder sur internet et quoi ne pas regarder en réinstallant la censure qu’on croyait définitivement

oubliée, mais il y a eu l’excuse que ça portait atteinte à notre identité arabo musulmane comme si cette identité n’a pas vécu avant la censure avec ces sites, et rare sont ceux qui ont réagit.

Aujourd’hui, la haine est de plus en plus crasseuse et visible, la violence est réelle puisque des gens incultes commencent à saccager un lieu de culture et porter des menaces de morts, pourquoi ? Parce que le produit culturel ne plait pas à ces messieurs, parce que ces messieurs et mesdames n’ont pas donné leur bénédiction à ce film, parce que ce film porte atteinte à notre identité arabo musulmane.

Et je vois malheureusement que rares sont les personnes qui ont réagit, qui ont défendu notre liberté, nos valeurs de tolérance et d’ouverture.

Aujourd’hui je ne conclus pas, je pose la question : quelle sera la prochaine étape ?