J’ai longtemps hésité à écrire ce post pour ne pas ajouter de l’encre sur un sujet déjà débattu en long et en large depuis le 23 octobre et puis devant la succession des événements je me suis imposée un recul pour essayer de comprendre un phénomène cathodique, virtuel relatif à l’image sans rentrer dans des explications politiques, de théories de complot qui parfois stigmatisent une ou plusieurs fractures régionales de la Tunisie. Le retournement de situation de cette semaine avec la restitution des sièges à la liste Pétition populaire par le tribunal administratif qui a statué par rapport aux recours  faisant suite à l’invalidation le 27 octobre par l’Isie de ces mêmes listes, m’a incitée  à reprendre cet article.

Des élections réussies !

Passé le brouhaha de la période électorale et tout en attendant le résultat définitif et officiel , les partis politiques, les médias, les observateurs nationaux et étrangers ,les citoyens ont eu une surprise de taille dans la lecture de ces résultats au fur et à mesure de leurs annonces .Cet objet politique non identifié comme les nomment certains que sont les listes de la Pétition populaire :des listes indépendantes présentent dans toutes les régions, de Sidi Bouzid à Tunis en passant par Nabeul et Sousse. Evidemment que les explications commencèrent à fuser englobant les trois principales formations bénéficiaires de ce scrutin de la Constituante puisque les leaders de ces formations vivaient à l’étranger et ont été médiatiser par  toutes les chaines qui donnaient la parole aux opposants à l’ancien régime .Des analyses, nous ont été soumises, relatives aux programmes populistes que ces formations ont présentés ,mais aussi le manque d’union entre les formations centristes et les forces de gauches a été mis en exergue. Les divers passés douteux du bienfaiteur de la Pétition ont ressurgit et tutté quinté. Les listes invalidées sont l’étincelle d’événements insurrectionnels graves, que certains qualifieront de criminels incriminant  des forces de l’ombre, à Sidi Bouzid. Des listes se retirent : démocratie bananière, des  plaintes pour dépassements, des moutons, des billets de trente et cinquante dinars à la distribution, des voix achetées, des promesses intenables. Une première expérience démocratique étant l’argument à mettre comme un buvard sur tout ce qui pouvait faire tache. Bref des élections, à la tunisienne, réussites : véhiculées présentées analysées, pour le citoyen, par tous les médias.

La télé : chaque image y est un évanouissement sans lendemain *

Depuis quelques mois nous assistons à un glissement sémantique dans le paysage médiatique longtemps réservés aux artistes et footballeurs : nous avons vu des femmes et hommes politiques, des consultants et experts en tout genre et des modérateurs  prendre le devant de la scène, cela n’étant pas plus mal d’ailleurs. Nous avons vu de belles femmes et jolis garçons prendre la parole mais aussi des grincheux, hargneux et des revanchards, on a découvert des talents d’orateur, des re-tourneurs de veste et autres, des agresseurs, toute une faune qui s’est mis en scène tout au long des jours et des apparitions pour maitriser l’outil médiatique. Cet outil machiavélique à souhait, les a ignorés si longtemps et si souvent. Il faut bien montrer sa gueule, c’est le système à la mode, une sublimation par le verbe et  l’image. Mais par ailleurs n’oublions pas que les médias font de l’audience, c’est leur crédibilité face à des annonceurs qui vendent la consommation et la croissance. La cible de cette audience c’est le citoyen qui désire, rêve et s’approprie l’objet lorsqu’il est à  l’image : l’achat en tant que conclusion  devient un acte secondaire

La télévision ne connaît pas la nuit. Elle est toujours perpétuelle

Dans toutes cette effervescence cathodique La Pétition est un phénomène que des politiciens aguerris et habitués au combat, aux geôles, à la clandestinité et à l’exil ainsi que des médias à la recherche de la moindre pépite à exploiter n’ont pas vu venir. Une liste qui sans être connue auparavant, sans faire beaucoup de bruit, et sans rôle historique est devenue la troisième force de la Constituante. Miracle inquiétant de la télévision : l’initiateur de la liste indépendante la Pétition populaire étant le patron d’une chaine satellitaire : Al Mostakilla. Inquiétant, pour l’effet pervers de la télévision, sa force de pénétration et de cristallisation, et son pouvoir fédérateur. Ce rapport malsain de  confiance entre l’écran et le citoyen donne à la télévision un impact soupçonné mais jamais quantifié. Maintenant on y est, nous n’avons rien vu arriver et nous ne pouvons que constater l’efficacité et le rôle manipulateur du tube cathodique qui a pris la place depuis des années de nos cinémas et théâtres. Depuis des années nous n’avons pas vu le danger arriver. La télévision pense pour nous et nous donne à consommer : c’est devenu le berger qui conduit le troupeau. Elle devient nôtre référentiel, nous nous définissons par rapport aux émissions et programmes télévisuels, nous obéissons directement ou indirectement à son diktat dans nôtre façon de manger, de nous habiller, de s’amuser, de penser, de voter, elle  façonne nôtre personnalité, on s’identifie à ses héros et ses animateurs, on est mou et on baisse la garde devant les messages inconscients transmis que nous absorbons comme une éponge. Nous sommes conditionnés, il n’y a plus de libre arbitre et  nous sommes désemparés devant  le choix ; devant la liberté d’opinion sans oublier le manque de culture dans l’engagement politique.  Nous avons la chimère de la vraie vie, on croit qu’on nous montre et qu’on est dans la vérité.

Plusieurs politiciens on accusés les médias de ne pas avoir fait leur travail ou d’avoir été partial, d’avoir choisi un camp. C’est la naïveté des débutants car on ne peut pas demander tout cela aux télévisions qui sont la courroie de transmission du grand capital.          
Nous ; Notre identité ; Nôtre image : c’est ce que veut bien faire de nous la télévision.

* Jean Baudrillard