par Monia Jaafar

A quelques jours du premier anniversaire de l’insurrection du peuple tunisien (17 décembre 2011) et 24 heures après la désignation du nouveau Président de la République Tunisienne, la perplexité est le sentiment que beaucoup ressentent.

Je ne parlerai que d’un seul dossier, celui des blessés de la « révolution » : ils sont sortis par milliers pour crier leur désespoir, exiger du travail, de la dignité. Trois cents sont tombés sous les balles (Paix à leur âme) , un millier en sont à jamais marqués dans leur chair. En près d’un an, qu’a-t-on fait concrètement pour ces blessés ? A-t-on créé un Office des Victimes de l’insurrection ? A-t-on pris en charge leurs frais de santé ? Des officiels se sont-ils déplacés à leur chevet ? Je ne citerai aucun de ces blessés mais le topo est plus ou moins le même : suite à leur blessure, leur destin bascule : frappés dans leur chair, leurs proches s’endettent pour leur payer leur frais de santé. Souvent, soutien de famille, ils se retrouvent dans l’impossibilité de travailler, entraînant ainsi toute leur famille dans la plus grande précarité. Certains sont morts de leurs blessures dans l’indifférence générale, beaucoup sont cloués au lit en attente d’opérations des plus délicates. C’est ainsi que leur courage est récompensé : par l’oubli.

En écrivant ces lignes, j’ai HONTE :

– Honte, que les officiels, n’aient pas pris en main ce dossier dès le 14 janvier 2011, il a fallu une grève de la faim sauvage quelques jours avant les élections (du 19 au 25 octobre 2011) pour que ce décret-loi n°97 portant indemnisation des familles des martyrs et des blessés de la révolution du 14 janvier 2011, soit signé par Foued Mbazaa. Décret à ce jour non encore appliqué.

– Honte que les politiques instrumentalisent ce dossier et ne voient pas la douleur quotidienne de ces gens et l’urgence de les sauver de la mort.

– Honte que les journalistes n’aient pas empoigné ce dossier pour en faire leur cheval de bataille, qu’ils aient troqué le « Zine El Abidine Ben Ali » par le terme révolution, pour enfin revenir à leurs fondamentaux : non pas INFORMER, pointer du doigt les dysfonctionnements de la société mais gribouiller des articles insipides, inodores et incolores.

– Honte que les artistes dits « engagés » brillent par leur absence.

– Honte que les structures régionales (les municipalités) fassent la sourde oreille. A relever toutefois, l’exemple de ce cadre municipal qui a proposé à un de ces blessés de devenir responsable des toilettes publiques !!!!!! Ce dont ces blessés ont besoin est certes une prise en charge de la totalité de leurs soins mais surtout et avant tout de recouvrer leur DIGNITE, celle-là même qu’ils sont allés chercher en tendant leur torse aux balles.

– Honte que les hommes d’affaires n’aient pas proposé de réinsérer socialement ces oubliés , n’est-il pas envisageable de les recruter ? certains n’ont plus l’usage d’un de leur membre mais peuvent toutefois travailler sur chaise roulante.

– Honte que les tunisiens vivant à l’étranger ayant nargué la Tunisie pour leurs vacances estivales, n’aient pas pensé à consacrer une partie de leurs revenus à ces héros.

– Honte que les tunisiens bel et bien en Tunisie se mettent des œillères et ignorent totalement ce dossier. Le Sud tunisien a hébergé un million 300.000 réfugiés lors de la révolution libyenne, beaucoup s’étaient mobilisés en envoyant des dons, pourquoi pas pour ces héros ? Pourquoi ne pas organiser une collecte à l’échelle nationale ? Dans la société civile tunisienne, quelques collectifs se sont mobilisés, mais cela demeure insuffisant.

– Honte que les élus de l’Assemblée Constituante, supposés élus du peuple et représentants du peuple, et à qui, ils doivent leur confortable siège, n’aient pas proposé de ponctionner leurs salaires pour aider les blessés, le temps que ce fameux Décret-Loi soit appliqué. Où est passée notre solidarité légendaire ?

A quelques jours du premier anniversaire de l’insurrection du peuple tunisien et 24 heures après la désignation du nouveau Président de la République Tunisienne, la perplexité est le sentiment que beaucoup ressentent.