Portraits de l’émir du Qatar et de la sheikha Mozah réalisés par l’artiste chinois Yan Pei-Ming. Dans l'entrée du Mathaf, le Musée d'Art Moderne de Doha (Qatar).

Article écrit par Monia Jaafar et Gargouri Ali

Ces derniers jours les tunisiens deviennent de plus en plus allergiques à la prononciation du mot Qatar notamment après l’annonce officielle de l’arrivée de l’émir du Qatar en Tunisie pour « célébrer » le premier anniversaire de cette « révolution ».. Pourquoi les tunisiens crient leur colère sur les réseaux sociaux ? Voici ci-après quelques points explicatifs :

– Depuis la fuite de Ben Ali et sa famille, son gendre Sakhr El Materi s’est réfugié dans ce petit pays et a eu tous les droits et égards d’un richissime habitant, disposant en toute impunité d’un droit de séjour malgré un mandat d’arrêt international contre lui. El Materi et l’opérateur Qtel achètent 50% des actions d’Orascom dans Tunisiana et la holding du premier détiendra 25% du capital de l’opérateur téléphonique avec Hamdi Meddeb.

– Ce petit pays de moins de 2 millions d’habitants abrite la chaîne Aljazeera nommée la CNN du monde arabe, qui a couvert toutes les révolutions du monde arabe sous un prisme bien précis. Cette chaîne n’a étrangement pas couvert la révolution de son voisin le Bahreïn où la répression y a entraîné la mort de nombreux manifestants. Inutile de rappeler la démission fracassante de son président directeur général Wadah Khanfar, considéré comme proche des frères musulmans, qui a fait couler beaucoup d’encre principalement après les fuites de wikileaks démontrant la collaboration de cette chaîne avec l’administration américaine qui soutient les islamistes en Tunisie depuis plusieurs années et qui a aussi financé les islamistes égyptiens.

– Le Qatar est l’un des pays où on ne respecte pas les droits de l’homme selon un rapport d’Amnesty internationale.
– Le Qatar était le seul pays arabe à participer au sein de l’OTAN aux bombardements contre Kadhafi et qui a causé la chute de ce dernier.

– L’extermination par des émirs qataris sur sol tunisien de l’outarde houbara et les gazelles menacées de disparation pour assouvir leur désir sexuel.

– De même le Qatar est soupçonné de corruption pour obtenir l’organisation de la coupe du monde 2022.

-Le Qatar qui aurait dit son mot pour suspendre la désignation de Monsieur Khayam Turki en tant que Ministre des finances,une ingérence, insupportable aux yeux des citoyens tunisiens.

Un seul de ces arguments peut expliquer la fureur des tunisiens. Rajoutons à cela que la Tunisie est sévèrement fragilisée, après cette année rude, où les revendications se font entendre de chaque coin du pays, où les chiffres du chômage grimpent chaque jour un peu plus, où le tourisme, mamelle traditionnelle de notre économie, souffre terriblement, où certains journalistes étrangers se pourlèchent les babines en écrivant des torchons remplis de raccourcis, d’idées reçues, d’amalgames opposant bikinis et islamistes; dans cette Tunisie où les blessures des héros de cette insurrection sont purulentes et que les gouvernants n’ont pas encore soignées malgré l’urgence de ce dossier, dans cette Tunisie toujours digne, voilà qu’on nous impose la visite de cet émir dont nous n’avions pratiquement jamais entendu parler des dizaines d’années durant ! Qui l’invite ? Pourquoi ? Pourquoi aujourd’hui ? Nous aurions rêvé d’un Lula ou d’un Mandela, voilà qu’on nous placarde l’Emir du Qatar !!!!!