Il était temps. De nouvelles mesures de régulation vont enfin limiter l’expansion anarchique du paysage audiovisuel. Et cela, pour mieux en garantir la liberté, l’équilibre et la diversité.
La Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle a révélé, hier, le contenu des Cahiers des charges relatifs au fonctionnement des radios et télévisions privées et associatives. Ces procédures vont fixer les obligations et les droits des futurs titulaires de licence, dès leur publication dans le Journal officiel. Ainsi, les candidats doivent être obligatoirement de nationalité tunisienne, n’appartenir à aucun parti politique et ne servir aucun intérêt publicitaire. Cela signifie que les « relations incestueuses » entretenues par les patrons des chaînes privées avec l’argent et la politique vont devoir cesser.
Déclinés en sept chapitres, ces Cahiers fixent également les engagements relatifs à la propriété intellectuelle et littéraire, aux contenus informatifs, aux modes de financement, à la programmation, à la relation entre les téléspectateurs-auditeurs et les invités, aux erreurs et droit de réponse, aux campagnes électorales, à la transparence financière, à l’usage de la publicité, à la surveillance et aux sanctions, avec une annexe réservée aux droits de l’enfant.
Ainsi, le respect de la dignité humaine, de la vie privée et de la liberté de culte, la protection des droits de la femme, la sanction des discours incitant à la haine, à la discrimination et à la violence, sont les nouveaux jalons posés sur le dur chemin de la régulation.
Car « la culture de la régulation est une idée neuve en Tunisie, et nous devons prendre le temps de l’ancrer dans le tissu audiovisuel », prévient Nouri Lajmi, président de la Haica.
Au lendemain du 14 janvier 2011, le traitement médiatique de sujets inusités, comme le terrorisme et la religion, ont bousculé le débat déontologique, donnant lieu à des dérapages d’autant plus dangereux que les coupables affirment le faire au nom de la liberté d’expression. Cela a fini par alerter l’opinion publique. Pourtant, les critiques et les résistances aux sanctions de la Haica sont très révélatrices de la difficulté du travail de fondation de l’instance.
Reste à savoir si la Haica aura les mains libres pour faire appliquer les mesures qui s’imposent, afin d’astreindre les médias à une meilleure qualité de débat et à un réel respect du pluralisme, d’ici les prochaines élections.
Certains ne pourront peut être pas se faire à cette astreinte, notamment les radios libres, dont l’accès au financement en général et à la publicité en particulier, limitée par les Cahiers des charges à 30% du financement global, pose le problème de la viabilité de leur modèle économique. Car certaines de ces stations sont des radios communautaires et une dizaine d’entre elles émet sans autorisation, alors que 3 autres ont obtenu l’accord de principe de l’INRIC, mais sans l’autorisation technique. On rappellera, en l’occurrence, qu’en mai 2013, au moment même où la Haica se lançait, le ministère des Technologies de l’Information et de la communication a baissé la redevance de la fréquence FM de 65% pour l’année 2014. Mais cela suffira-t-il à encourager la diversité ?
En attendant les Cahiers des charges de l’audiovisuel public, voici donc ceux de l’audiovisuel privé et associatif, consultables sur le nouveau site internet de la Haica.
[…] Les Cahiers des charges de la Haica ont établi des règles, à la fois déontologiques et économiques, qui alignent les postulants et les exploitants de licences sur le même pied d’égalité. Désormais, plus qu’une simple attribution de fréquences, le rôle de la Haica consiste à favoriser l’accès aux médias audiovisuels, en assurant le pluralisme et la diversité de l’information. Le cœur de la régulation réside dans le contrôle du respect des règles déontologiques qui, en ces temps de transition politique mouvementée, s’avère indispensable. Mais avec « la permanence du système de la propagande » et « la collision avec les puissances de l’argent » , les dérapages se multiplient. En effet, l’apparition de nouveaux acteurs n’a fait qu’exacerber la polarisation et la course à l’audimat. La Coalition civile pour la défense de la liberté d’expression a dénoncé, à plusieurs reprises, « le danger qui plane sur le paysage audiovisuel en Tunisie, à la suite de la création de plusieurs « médias hors la loi » dont les propriétaires sont « des hommes d’affaires très actifs sur la scène politique » ». […]
[…] قد ضبط كراس الشروط الذي وضعته الهيئة العليا المستقلة للإتصال السمعي […]
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