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« Ce n’est que le début, le combat continue » ! C’est ce qu ont affirmé Sonia Jebali et Monia Dridi, les deux ouvrières, fondatrices du syndicat de base à Latelec, lors d’une rencontre, tenue, vendredi, 2 mai 2014, à Tunis, face à une poignée de militants de la société civile et une présence timide de médias. Ces deux ouvrières licenciées de Latelec, une société française d’équipement aéronautique, ont fêté, avec leur comité de soutien, la réintégration de cinq ouvrières à l’usine.

Pour rappel, la direction de Latelec a licencié des ouvrières pour leur activité syndicale au sein de l’usine.

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Durant des mois de de résistance face à une administration violente et arrogante, trois syndicalistes et sept ouvrières sont passées par toutes les épreuves d’intimidation, d’injustice et d’isolement. Du harcèlement sexuel, aux menaces et même au chantage, la direction de Latelec n’a fait que peu de concessions, suite à plusieurs réunions avec l’UGTT et le bureau régional de l’emploi.

Cinq ouvrières ont été réintégrées dans l’usine grâce aux différentes actions de pression.

Bien que cette réintégration partielle soit une victoire, l’essentiel n’est pas encore fait. La direction a imposé, jusqu’à présent, son choix d’éliminer les droits syndicalistes dans son usine. Elle a imposé sa condition d’écarter les syndicalistes de l’entreprise pour affirmer la position du «  capital qui décide ». Nous souhaitons pour cette raison, continuer à se battre pour réintégrer toutes les militantes de notre syndicat, a déclaré Sonia, secrétaire générale du syndicat de base de Latelec.

Mohamed Ali Boughdiri, secrétaire général de l’union régionale de Ben Arous, a expliqué les circonstances de la dernière négociation avec la direction de Latelec, qui a eu lieu en décembre 2013 et qui a mené à la réintégration de la moitié des ouvrières licenciées.

Nos responsabilités dans les différentes entreprises et usines à Ben Arous nous obligent à garder les pieds sur terre. Le contexte économique actuel et la surenchère politique nous rend la tâche encore plus difficile pour trouver des compromis avec les investisseurs étrangers. Nous devons calculer les risques avant de se lancer dans des combats perdus d’avance. Le fait de pouvoir imposer la réintégration de cinq ouvrières est énorme, même si la victoire n’est pas complète, affirme le secrétaire général de l’union régionale de Ben Arous.

Par rapport à l’engagement de l’UGTT dans ce combat, Mohamed Ali Boughdiri a expliqué que « tout dépend de la volonté et la détermination des syndicalistes de Latelec. Si elles sont déterminées à continuer le combat, nous allons, bien évidement, suivre. Je dois préciser qu’il y a une grande réticence dans l’usine. Les collègues de Sonia et Monia ne sont pas assez solidaires avec elles. Et nous ne pouvons pas ramener des gens de l’extérieur pour faire une pression sur la direction », ajoute -il, en laissant planer une grande ambigüité sur les prochaines mesures à prendre au cas où la direction de l’entrerpise française continue à refuser de réintégrer les syndicalistes dans leur usine.

Bien que ces mêmes syndicalistes ont montré leur volonté de continuer à lutter pour leur droit, l’UGTT, attend, encore, d’autres preuves pour agir. “les ouvriers nous soutiennent et veulent bien qu’on reviennent à l’usine. La majorité a signé notre pétition et n’arrête pas de manifester son soutien.” précise Sonia Jebali. Malheureusement, les 107 signatures (sur 125 ouvriers) sur une pétition qui demande la réintégration des syndicalistes ne sont pas suffisantes pour motiver les doyens du militantisme syndicaliste à soutir ce qu’ils n’arrêtent pas d’appeler devant les caméras “la cause exemplaire”.

Florent Coste, délégué syndical CGT de Latécoère Toulouse (société mère de Latelec), invité de ses camarades tunisiennes à cet événement, a pris la parole pour donner une idée sur la mobilisation faite en France. « Malheureusement, nous n’arrivons pas à mobiliser les ouvriers de Toulouse concernant cette affaire. Nous avons pris conscience de ce qui se passe à Latelec un peu en retard (en aout 2013) et malgré nos efforts pour nous rattraper et faire une réelle pression en France pour la cause des ouvrières de Latelec, nous avons échoué. Il faut savoir que les ouvriers français sont un peu septiques par rapport aux usines tunisiennes, suite à la politique de délocalisation qui fait perdre à des milliers leur travail », diagnostique le syndicaliste français, avant de céder la parole à Wael Naouar, secrétaire générale de l’Union Générale des Etudiants Tunisiens (UGET), qui fait partie des initiateurs du comité de soutien des ouvrières de Latelec.

Depuis sa création en 2011, le syndicat de base de Latelec a réussi plusieurs avancées dans les conditions de travail des ouvrirs de l’usine, comme l’augmentation des salaires et la requalification des compétences des employés.

Le nombre d’adhérents est allé , au bout de quelques mois, de 27 membres à 420 membres,affirme Mouna.

Quand le syndicat a commencé à avoir des ennuis avec la direction, les trois ouvrières responsables du syndicat se sont retrouvées seules. Au fils du temps, plusieurs associations ont commencé à soutenir le mouvement et à internationaliser l’affaire. Cependant, la pression n’était pas suffisante pour obliger la direction de Latelec à respecter la loi. Entre temps, le gouvernement actuel, comme son prédécesseur, continue son discours d’encouragement à l’exploitation de la main d’œuvre tunisienne pour parer à la crise économique, sans chercher des alternatives et surtout le minimum de dignité.