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Certains, quand ils atteignent le fond d’un puits se rendent compte qu’ils touchent le fond, mais d’autres dans la même situation continuent de creuser !Proverbe africain.

La situation de la « gauche » tunisienne tient un peu de cette parabole.

C’est notre Hamma national qui, engoncé dans un costume de prétendant à la magistrature suprême, trop large pour lui, et muni d’un pelle et d’une pioche s’est juré de ne point faire mentir le proverbe.
Et, il creuse et creuse le bougre !

Pour sa première prestation télévisée, sur la chaîne « berlusconnienne », « la brise » (Nessma), notre « Ould Echaab »1 a fait, pendant une une heure, étalage de toutes les ficelles de son art consommé de la litote.

Commençons par ce moment vers la fin où la sémillante Belkadhi demande à un Hamma qui a répété à plusieurs reprises le boulot de bûcheron qu’il abat en matière d’écriture et de lectures2 quel livre a-t-il lu en dernier ? La réponse de notre Hamma : « Thomas Piketty » ! Sans citer le nom du livre, ni l’édition3 ! Il insista sur « les réponses, même d’un point de vue capitaliste ! aux problèmes que rencontrent le monde », montrant par là qu’il a, soit lu un compte rendu du livre en question, soit feuilleté l’opus que Piketty a mis 20 années à rédiger et qui se veut une réactualisation de toutes les connaissances connues à ce jour, sur la naissance et le développement du Capital. Arte en a tiré avec l’auteur, plusieurs documentaires très fouillés et très instructifs pour celles et ceux qui ne peuvent lire les 950 pages de cette œuvre majeure de Thomas Piketty.

Si Hamma avait pris la peine de lire cette œuvre, il aurait été a même de formuler, de manière convaincante, quelques solutions concrètes à la crise qui frappe le système capitaliste et dont l’une des conséquences est l’augmentation des inégalités à travers le monde. Et dont notre société en est un exemple vivant avec l’apparition en moins d’un quart de siècle de la concentration entre les mains de 75 milliardaires en dollars de l’essentiel des richesses produites dans notre pays par les mains travailleuses. D’où l’ampleur et la profondeur de notre révolution.

Mais de « révolution », il n’en est plus question pour notre porte-parole du Front Populaire, de même pour les « mals-élus » du même regroupement politique dont certains salivent, à l’instar du fringuant Rahoui, d’occuper un strapontin dans la future formation conduite par le « président déjà élu » Béji Caïd Essebsi. C’est que l’ambition démesurée de celles et ceux qui font feu de tout bois pour voir se réaliser leur dessein d’apprenti opportuniste est devenu le mantra d’une bonne partie de la fameuse « corporation politicienne ».

A l’image de ces représentants des « couches moyennes supérieures » ayant fricoté avec Bourguiba et Ben Ali et qui aujourd’hui se bousculent au portillon de la renommée.

Un cas d’espèce, Hamadi Redissi, cet ancien « albanais »4 dans ses « vertes années » qui annonça de manière fracassante sa « démission » de Nidaa Tounes pour, enfin, dit-il « retrouver sa liberté d’intellectuel ». Faut-il en rire, ou en pleurer !

Que retiendront les téléspectateurs de la prestation de notre Hamma national ? Des propositions concrètes à mettre en œuvre dès les premiers 100 jours de sa prise de fonction ? Un peu à l’image du candidat Hollande : « Moi, Président je…! » Vous connaissait la suite.

Des annonces tonitruantes de contrer une assemblée « majoritairement conservatrice » avec les deux poids lourds, les deux faces de la contre-révolution : les « N-N »5 (prononcez « Neu ») ? Que nenni.

Mettre tout le poids de la « fonction présidentielle » pour accélérer des réformes structurelles comme la récupération de notre souveraineté sur nos richesses « spoliées » par une camarilla de mafieux et de mafieuses qui ont mis la main sur ces richesses ? Il n’en est point question, pardieu ou son équivalent « bonté divine ».

Il faut dire à sa décharge qu’en matière de potiche présidentiable nous avons eu notre dose avec notre « tartour » national. Celui-là même qui a vu son « parti », labellisé « paire de lunettes » perdre la presque totalité de sa représentation parlementaire par un aveuglement quasi-total par rapport aux espérances suscitées par le candidat « droit-de-l’hommiste », le « Monsieur Propre de la politique »… Dans son dernier clip de campagne il a osé mettre sur un même plan les massacreurs et les massacrés en nous parlant de « martyrs de la République ».

D’ailleurs notre Hamma national s’est depuis longtemps drapé dans la toge de la « défense de la patrie contre la menace terroriste » en préférant serrer la pogne du presque nonagénaire et réanimer le cadavre de la Destourie.

Au nom de la sacro-sainte « dialectique de la contradiction principale et de la contradiction secondaires » apprise dans les tablettes du catéchisme stalinien.

En une bonne heure, il a réussi le tour de force de parler de sa dulcinée, de sa moitié Radhia Nasraoui qui l’aurait menacé de le « combattre si Président il lui aurait venu l’idée de toucher aux droits de l’homme » ! Quelle révélation. Il nous fit le laïus habituel sur son appartement « en location » et sur le désir de ses « filles de ne point vouloir aller habiter le palais, si papa devenait Président. » Rien sur la mécanique infernale qui fait flamber les prix et une énonciation nominative des responsables de cette inflation organisée. Rien sur les mesures d’urgence pour éradiquer le chômage, cette véritable plaie qui était l’une des cause de l’insurrection de l’hiver 2010/2011. Ah si, il nous a mis plein la vue avec « Le Programme » du Front, qu’il a exhibé pour indiqué que les « experts » du Front se sont penché sur toutes les questions épineuses ou en débat.

Mais pourquoi ne nous a-t-il pas extrait de ce « Programme » quelques mesures phares en les explicitant et surtout en nous fournissant un agenda précis pour leur application.

A quoi cela sert d’occuper le petit écran pendant une longue heure, corseté dans un costume et portant cravate, sans oublier le relookage complet du personnage par des « professionnels de la com », pour l’entendre nous affirmer qu’il était « Tunisien, Arabe, et Musulman ». Il y affirme être « fier de mes origines (…) fier de l’Histoire de mon pays (…) fier de l’Histoire de la Nation Arabe. Je suis fier de l’Histoire de la Nation Islamique ».

Ok pour la fierté, mais qu’en est-il des secousses telluriques qui frappent l’ensemble des nations « arabe et islamiques » ? Qu’en est-il des analyses qui auraient éclairé notre lanterne sur les dessous des cartes qui agitent cette région ? Silence radio.

Un dernier mot sur l’affiche de campagne ; on y voit « Ould Echaab » sur un fond de ciel bleu et des nuages, au loin, qui peuvent être interpréter, soit comme annonçant une pluie à venir arrosant un champs de blé mûr ! Ce qui est une catastrophe annoncée. Soit que ces nuages s’éloignent, ce qui nous donne des épis qui ne demandent qu’à être fauchés. La question qu’il est logique de poser est au profit de qui cette récolte se fera.

Nous avons déjà signaler qu’il y avait de réelles dissensions au sein du Front Populaire puisque une partie des « mal-élus » de ce dernier ont appelé publiquement à « voter Béji Caïd Essebsi » afin que le futur président appartienne à la majorité parlementaire représenté par Nidaa.

Si notre Hamma national ne mobilise même pas ses propres troupes, qu’en est-il de ceux qui mobilisés par la machine de guerre de la « Destourie » vont de nouveau plébiscité le presque nonagénaire.

Face à la profusion de candidatures pour l’élection présidentielle et parmi ces derniers de grands   « bandits » pour reprendre une formule6 de Fathi Chamkhi, nouveau « mal-élu » du Front Populaire et représentant avec Nizar Amami, autre « mal-élu » de la petite Ligue de la Gauche Ouvrière (trotskiste), gageons que notre Hamma ne dépassera point le cap des 5 % dans le meilleur des cas.

Il lui restera pour lot de consolation les députés Front Populaire amputés de ceux qui iront tout de suite « à la soupe », comme ce fut le cas précédemment avec les formations victorieuses de la Constituante, CPR et Ettakatol.

Notes

(1) [NDLR : « Ould Echaab » : le fils du peuple.]

(2) Les seuls écrits qu’on lui connaît, dûment référencés, ce sont trois brochures publiées par les éditions El Badil (éditions du Parti des Travailleurs) et qui pour faire « gros » ont été imprimés en très gros caractères. Ces trois textes datent de 1992, 1993 et 2010.

(3) Thomas Piketty : Le capital au XXIe siècle. Ed du Seuil. Septembre 2013. Une œuvre très riche qui soulève de très inintéressants débats parmi les économistes et les militants alternatifs. Lire entre autre cette critique de Michel Husson.

(4) Les groupuscules se réclamant de la pensée de Mao se répartissaient entre tenants de la « théorie des trois mondes » que l’on retrouvaient chez El Amel Ettounsi et dont l’une des figures de proue était Najib Chabbi et les partisans d’Enver Khodja, le Staline de la minuscule Albanie regroupés au sein d’Ecchoolâ parmi lesquels on pouvait compter Hamadi Redissi et son compère Kamel Jendoubi. Tout ce beau monde a depuis longtemps largué les amarres en reniant l’engagement « gauchiste » de leurs vertes années.

(5) [NDLR: N-N : Nida – Nahdha]

(6) Le « dialogue national » au chevet du régime tunisien, Fathi Chamkhi.