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Hommage à Charlie Hebdo, Tunis. Photo par Mariem Dali.

 

Mercredi, 7 janvier 2015. Une journée funeste dans l’histoire de la liberté d’expression. Ce matin Charlie Hebdo a été décapité.

Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, 1948.

Un demi-siècle plus tard la liberté d’expression vit encore sous une menace constante, et des limitations quotidiennes. 720 journalistes ont été tués depuis 2005 dans le monde. 66 journalistes ont été tués en 2014, 178 emprisonnés, 119 enlevés. 12 personnes sont tombées aujourd’hui. Tous, toutes, au nom d’un idéal, d’un droit, d’une liberté : l’expression.

Quand cessera donc ce massacre ? Quand l’ignorance cessera-t-elle de briser des plumes ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : l’ignorance. Ceux qui jamais n’ont senti le pouvoir des mots entre leurs mains et sur leur langue s’en effraient et se rebellent de la pointe de leur kalachnikov. Triste bêtise.

Hier matin, aux alentours de 11:20, deux hommes cagoulés pénètrent les bureaux de Charlie Hebdo dans le 11e arrondissement de Paris. Chacun porte une kalachnikov lorsqu’ils s’introduisent au 10 rue Nicolas-Appert. En entrant ils demandent leur chemin vers les bureaux de l’hebdomadaire satirique à deux employés d’entretien. Ils ouvrent le feu sur l’un d’eux. Frédéric Boisseaux, 42 ans est la première victime. Ils atteignent le deuxième étage et font irruption dans la salle de rédaction où avait lieux à ce moment la conférence de rédaction. Toute l’équipe était réunie. Ils ouvrent le feu, le massacre commence.

Les dessinateurs Cabu, Charb, Wolinsky, Tignous ; le policier en charge de la sécurité de Charb, Franck Brinsolaro ; l’économiste Bernard Maris ; les journalistes Honoré, Mustapha Ourad ; un invité de la rédaction, Michel Renaud ; un second policier en charge de la sécurité de Chrab, Ahmed Merabet; une chroniqueuse et psychanalyste, Elsa Cayat. Au total, 12 personnes sont tombées. 12 libertaires. 12 symboles de la liberté d’expression et de sa protection.

Les criminels s’enfuient après avoir lâchement abattu le policier Ahmed Merabet à bout portant dans la rue, alors qu’il était à terre. Ils scandent ‘on a vengé le prophète Mohamed, on a tué Charlie Hebdo’. De grands hommes sont tombés aujourd’hui. Oui, ils étaient polémiques. Oui, ils flirtaient avec les limites de la liberté d’expression à chaque publication. Et c’est bien là que résidait leur grandeur. De grands libertaires. Des hommes qui luttaient quotidiennement pour repousser la censure, et s’assurer que jamais elle n’avance. L’expression libre, et toujours à la limite de la légalité. Des funambules de la plume, qui à chaque dessein nous faisaient vibrer d’angoisse à l’idée de tomber dans l’interdit. Merci pour ces frissons, car c’est eux qui nous permettent de savoir que la liberté d’expression est bien vivante. Elle n’est pas figée, elle se libère chaque jour du plomb que l’on s’entête à cribler dans ses ailes.

La Tunisie s’émeut également de cette tragédie. La Tunisie résonne elle-même des tragédies que peut connaitre la libre expression. On pense dernièrement aux blogueurs et journalistes actuellement poursuivis pour avoir critiqué, pour avoir parlé, pour s’être exprimé. La Tunisie n’oubliera également jamais toutes ces plumes brisées dans les geôles de l’ancien régime. Ni celles qui résistent encore aujourd’hui. La Tunisie peut clamer haut et fort « nous sommes Charlie Hebdo ». N’oublions jamais que le retour de Charlie Hebdo dans nos kiosques marquait bien le retour de la liberté en Tunisie.

C’est au nom de cette liberté que douze âmes sont tombées ce jour. C’est au nom de cette liberté que des hommes et des femmes donnent leur vie chaque jour à travers le monde. C’est au nom de cette liberté que nous avons tous un devoir. Parlons. Parlons. Parlons, haut et fort ! et jamais ne nous tairons.

Charlie Hebdo, tel un phœnix se révèle aujourd’hui à travers la plume de centaines de journalistes et s’exprime à travers le crayon de centaines de dessinateurs à travers le monde.

Charlie Hebdo est mort, longue vie à Charlie Hebdo.