Ihsane_Jarfi

Le père, Hassan Jarfi, est d’origine marocaine, de Casablanca ; c’est un musulman soufi, vivant en Belgique. Son fils, Ihsane, a été enlevé le 22 avril  2011, séquestré, torturé et lâchement assassiné avant d’être abandonné loin des lieux de l’abominable forfait. On retrouvé son corps martyrisé le 1er mai suivant.

Cette crapuleuse affaire a défrayé la chronique en Belgique où la justice, confrontée comme jamais à de tels terribles faits, a triomphé. Le procès qui a eu lieu cet été a lourdement sanctionné les quatre malfaiteurs, des jeunes comme la victime, mais s’en distinguant par la haine portée au cœur et non l’amour qui marquait la vie bafouée de leur victime.

L’amour en antidote à la haine

Un tel amour se retrouve chez son père, dont la vie, comme il le reconnaît lui-même, a été totalement changée. Aussi a-t-il créé, le 6 février 2014, date anniversaire de la naissance de son fils, une fondation portant son nom, Ihsane Jarfi. Une renaissance en quelque sorte.

Un tel geste de la part du père est salutaire, non seulement en terre d’islam, mais dans tout le monde, au moment où la pulsion homophobe gagne impunément du terrain, étant même légalisée dans certains pays se prétendant musulmans, comme l’Arabie Saoudite ou l’Iran, violant les vrais commandements de l’islam pour l’amour au nom de faux commandements semant la corruption dans le monde.

Encore plus que l’assistance aux victimes d’agressions discriminatoires et homophobes, une telle fondation est appelée à changer l’appréhension de l’homosexualité en terre d’islam en tant que pratique tout à fait naturelle et normale. Bien que limitée chez les humains, elle est généralisée dans la nature où le sexe est total, ne distinguant nullement par le genre.

Surtout, ce n’est pas le Coran qui l’interdit, mais bien la Bible. Aussi, les lois homophobes dites islamiques sont issues de la tradition judéo-chrétienne infiltrée en islam.

Contrer un nazisme mental rampant

La création de la fondation Ihsane Jarfi vient à point nommé pour contrer ce qui est en train de se mettre en place, une sorte de Shoah de l’homophobie dont on parle si peu alors qu’elle a été liée à la persécution des juifs.

En effet, le nazisme n’a pas créé que le triangle jaune, il en a créé aussi un triangle rose. Il est temps que les tenants des valeurs humaines, non instrumentalisées politiquement, en fassent état !

Que la lutte contre l’antisémitisme devienne donc chez eux une antihomophobie clairement affichée pour être vraiment crédible, car on ne peut faire aucune distinction dans l’abjection nazie contre ses innocentes victimes !

Il est temps qu’on cesse de stigmatiser les gens pour leurs spécificités ! Or, la plus remarquable est celle que la nature a placée en eux, ce désir du semblable qui pourrait même fonder un humanisme nouveau, celui d’un ordre amoureux se substituant à ce qu’on vit actuellement dans un monde devenu fou de rejet et d’exclusion.

Quelle meilleure preuve d’humanité, en effet, que celle consistant à accepter et aussi à aimer — encore plus que simplement tolérer — l’autre, le différent absolu, donc gay.

L’exemple insigne de ce père s’identifiant à son fils homosexuel est ainsi à suivre pour que le droit d’être conforme à sa nature, c’est-à-dire le choix de sa vie privée, relève enfin de l’humanisme, sinon des droits de l’Homme.

L’homophobie est une arme des dictatures

Que soient donc abolies  toutes les lois ignominieuses et criminelles qui ne servent qu’à asseoir la main de fer des régimes dictatoriaux sur leurs sociétés ! Il y va de la crédibilité de l’investissement de la société internationale pour les valeurs humanitaires.

On ne peut plus continuer, au nom d’une prétendue et fallacieuse spécificité culturelle, fermer les yeux sur des pratiques relevant du nazisme, sinon cela revient à encourager un tel nazisme mental rampant.

C’est une question de conscience ; et il est temps pour l’Occident surtout, qui se targue de son attachement aux valeurs, d’en faire la priorité de ses priorités hors de toutes arrière-pensées idéologiques.

Que les plus récalcitrants de l’islam et d’ailleurs lisent aussi « Le couloir du deuil », édité en 2013 chez Luc Pire ! C’est un tombeau offert par le papa à son fils immolé sur l’autel de la haine, une sorte de christ postmoderne.

Ce témoignage est plus qu’un poème de la part d’un papa éploré en hommage à son fils martyr. C’est un manifeste tellement riche en significations, comme l’a si bien noté son préfacier, le professeur de philosophie politique, Édouard Delruelle.

En effet, la douleur n’y domine pas la douceur des vraies valeurs de l’islam, la juste colère y appelant au dialogue salutaire dans une nécessaire méditation sur ce qui nous échappe, ces choses relevant de l’âme humaine.

L’homosexuel en figure du résistant

L’auteur du livre écrit « Ma tolérance, ma religion, le fait que je sois papa d’un garçon gay me poussent à agir. Je suis en colère. Ihsane ne me sera pas rendu. Alors je dois maîtriser cette colère et l’orienter positivement ».

C’est la responsabilité de tous, l’action exemplaire de M. Jarfi étant à suivre partout, méritant que tous les parents — surtout musulmans — mettent leurs pas dans les siens en prenant le parti de leurs enfants toujours persécutés chez nous pour leur mode de vie.

C’est moins d’homosexualité qu’il s’agira alors que de contestation de la nature dictatoriale du régime que manifestent ses lois scélérates, homophobes ici, mais ayant une autre couleur en d’autres matières tellement nombreuses et qu’il importe de réformer en toute urgence. Car c’est le ver qui ronge le fruit Tunisie.

Et qu’on reconnaisse enfin à sa juste valeur cette sensibilité extrême caractérisant les gays ! De fait, pour qui sait observer la sociologie et la psychologie humaines, il ne s’agit que d’une manifestation paroxystique de l’humanité, si rare de nos jours, pouvant même débouchant sur cette grâce quasiment divine que les soufis quêtent dans l’Homme parfait.

Du point de vue soufi, seul vrai islam, elle est pareille au charisme des bienheureux ; c’est pour cela qu’ils croient en l’existence nécessaire de ces derniers qu’ils appellent Abdal (littéralement nobles hommes pieux), en ce temps d’ignominie extrême sur terre. En vue de racheter les turpitudes humaines, dans leur résistance salutaire, ils en arrivent à s’offrir en sacrifice, leur martyre se résolvant en la nécessaire rédemption.

C’est à quoi se réduit le terrible assassinat d’Ihsane Jarfi qui a donné lieu au remarquable combat que mène désormais en son nom Hassan Jarfi. Gageons que c’est ce genre d’événements qui, dans la sagesse divine, fait changer le monde du pire au meilleur au moment où l’on croit devoir désespérer de tout.

Pour un ordre amoureux

« Il est urgent d’y travailler tous ensemble : qui entendra ce message ? » conclut avec raison le professeur Delruelle sa remarquable préface du livre de M. Jarfi.

Assurément, tout humain honnête, cherchant à sublimer l’humus qui est immanquablement en lui — puisque l’humain, étymologiquement, vient d’humus — pour une plus grande spiritualité afin de se libérer des petitesses intrinsèques à la nature humaine.

C’est ce qu’on appelle Jihad Akbar en islam, plus que jamais nécessaire en terre musulmane comme ailleurs où règne désormais sans partage la plus terrible confusion des valeurs. Et elle relève encore plus que de la loi de la jungle, de cette pure bestialité de l’humaine nature quand elle se réduit à sa part du diable.

Imparfaite par nature, la nature humaine atteint ses limites sous nos yeux, en Orient comme en Occident, manifestant abominablement sa triste et fatale finitude.

Or, c’est une loi de la nature, où la renaissance (palingénésie) est de règle, que renaisse l’espoir au creux du désespoir absolu. Comme de bien entendu, cet espoir ne peut qu’être rose, donc gay, par allusion au triangle nazi, afin de donner finalement une infinité à notre humanité.

Cela ne saurait se faire qu’en sanctifiant l’amour comme seul antidote à la haine. Or, l’amour homosexuel est, à ce titre, une arme efficace. Elle est même la seule valable pour contrer celle de destruction massive de la haine et de du rejet de son semblable. C’est que l’autre humain qu’on veut différent absolu n’est que notre parfait semblable, un autre soi-même.

Le génial poète homosexuel, Rimbaud, l’amoureux d’Arabie — la vraie et non la fausse — avait bien dit depuis si longtemps déjà : Je est un autre !