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Au lendemain de l’attaque terroriste du Bardo, les médias nationaux et internationaux ont remonté la chronologie des événements. Alors que la presse nationale sombrait dans l’émotion, la presse française a exacerbé l’inquiétude en distillant un discours moralisateur.

Attentat du musée du Bardo : Le réquisitoire de la presse française

Les victimes occidentales du carnage du musée du Bardo ont amené une certaine presse française à réagir vivement. Le titre le plus percutant fut celui de Libération, aussitôt modifié par les rédacteurs en chefs : « C’est fini la Tunisie, c’est fini le tourisme ».

Ce titre résume à lui seul l’alarmisme ponctuel des médias français qui semblent ne pas avoir retenu la leçon des événements de Charlie Hebdo.
Voici une liste non-exhaustive de titres tout aussi pessimistes :

● Libération du 18 mars : « Tunisie : un coup fatal pour un tourisme convalescent ? ».

● Libération du 18 mars : « La terreur au cœur de la Tunisie ».

● Le Figaro du 19 mars : « Tunisie : le «printemps arabe» survivra-t-il à l’hiver djihadiste ? ».

Le point du 19 mars : « Tunisie : la victoire des terroristes »

● L’express du 20 mars : « Les attentats de Tunis, menace pour la transition démocratique ? »

Il y a là de quoi endiguer le processus démocratique tunisien, alors que le pays a fait preuve, pendant ces quatre dernières années, de courage et de dignité face aux menaces extérieures et intérieures. Mais les coups bas ne se limitent pas à la presse écrite. Les chaines de télévisions sont elles aussi tombées dans un discours alarmiste et moralisateur, voire inquisiteur. Sans revenir sur les chaines d’information en continu, telles que BFM TV ou I-Télé dont la recherche du « Buzz » et du spectacle ne fait que confirmer la tendance vers une « télé-poubelle »; les exemples les plus marquants sont ceux de TF1 du 19 mars, et de l’émission « Envoyé Spécial » du même jour.

Si la première n’hésite pas à parler de la faiblesse de l’armée tunisienne afin de justifier l’aide militaire internationale, la seconde reprend un reportage caricatural datant de janvier 2013 titré : « Tunisie, sous la menace salafiste ».

Décidément, même après Ben Ali, la presse de l’hexagone reste maladroite et hautaine. Le journaliste d’Envoyé spécial soulignait d’un air moralisateur : « nous avons montré cette menace dès 2013 », comme pour mieux enfoncer la Tunisie. Car plus que de morale, la Tunisie a besoin de soutien : dans sa dignité, dans sa fierté et dans sa résistance.

La Tunisie est debout, la Tunisie est unie. Ce reportage occulte la complexité de la réalité tunisienne.
Cela est d’autant plus dommageable que, quelques mois auparavant, rares son ceux qui ont osé dénigrer le modèle français, à la suite des événements de Charlie Hebdo. Bien au contraire, la presse internationale et particulièrement tunisienne, n’ont cessé de soutenir un peuple meurtri.
L’époque des donneurs de leçons est révolue, l’ère « du savoir-faire » à la française, si cher à Mme Alliot-Marie, est terminé.
Chers médias français, rendez à la Tunisie ce que vous lui devez et sortez des sentiers battus du sensationnalisme. Faites preuve de bon sens et de fraternité et soutenez la Tunisie.
Seule éclaircie dans le paysage de la presse écrite française : le journal le Monde. Il a été l’un des rares à ne pas tomber dans le piège de l’alarmisme insérant cet attentat dans un contexte global.

Des réseaux sociaux en ébullition

Les unes des médias français ont créé un véritable choc chez de nombreux tunisiens.

Au-delà de l’émotion créée par la une d’une certaine presse française, c’est surtout celle créée par un élan de solidarité par les internautes du monde entier à travers le hashtag #iwillcometotunisia.

Du Canada, de Russie, d’Espagne ou des USA, des centaines d’étrangers ont exprimé leur solidarité avec les tunisiens à la suite du sanglant attentat du Bardo. Comme un pied-de-nez à une certaine presse française, ces personnes prévoient de passer leurs vacances en Tunisie cet été comme pour mieux répondre à la Une de Libération : « Non, le tourisme n’est pas fini ! ».

L’acquiescement des politiques tunisiens

Etrangement, les dirigeants tunisiens préfèrent toujours donner la primauté aux médias étrangers –et principalement français- qu’aux médias tunisiens.

Déjà que, quelques heures après l’attentat du Bardo, le président de la République Béji Caid Essebsi s’est exprimé sur France 24 avant de parler aux tunisiens sur la chaine nationale. De plus, seules les chaines françaises ont eu accès à l’intérieur de l’hôpital Charles-Nicolle pour filmer les blessés, et ce malgré les demandes répétées des médias tunisiens auprès des instances concernées. Enfin, seul « Envoyé Spécial » a pu suivre le ministre de la Santé après les événements tragiques de la journée.
Selon nos contacts au Ministère de la Santé, il a fallu moins de deux heures à l’équipe de cette émission pour avoir le consentement dudit ministère. Est-il normal que nous, médias tunisiens, soyons isolés de l’accès à l’information ? Est-il normal que des médias étrangers aient les faveurs de nos politiques ?
Il en a été de même ce dimanche 22 Mars lors d’une interview en direct du Musée du Bardo, accordée par le président Caid Essebsi aux journalistes d’Europe 1 et du Monde.

Pourquoi aucun journaliste tunisien n’a été invité à y prendre part ?

N’est-il pas de leur rôle de privilégier les médias nationaux, plus en phase avec la réalité du pays ?

Il est sidérant de constater que nous obtenons toujours certaines informations par le biais de l’étranger.

Nous aurions aimé voir un signal fort, envoyé par nos ministres à la presse tunisienne, un signe de confiance, un signe de conscience pour signifier que, dans ces moments solennels, les médias tunisiens peuvent être des acteurs majeurs dans cette lutte contre l’ennemi obscurantiste. Malheureusement, il en fut autrement.