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Capture d’écran : édition du lundi 06 avril 2015 du Journal de 20h de la première chaîne du service public.

Après avoir observé l’émission « Liqaa Khass » sur Telvza Tv et constaté sa tendance à occulter les mauvais choix de Bourguiba et le caractère autocratique de son exercice du pouvoir (lire le premier volet), une question s’est imposée : S’agit-il d’une tendance dominante dans le paysage télévisuel tunisien ou serait-ce un cas isolé ? Retour au lundi 06 avril, jour de la 15ème commémoration du décès de l’emblématique leader national. Focus sur la Watania 1 dans ce deuxième volet avant de se pencher sur El Hiwar Ettounsi Tv et Nessma dans le troisième.

Dans son édition du lundi 06 avril, le Journal de 20h de la première chaîne du service public a consacré à cette actualité une durée de 9 minutes réparties sur 4 sujets. Le premier (6m30 à 8m20) est un compte-rendu sur la visite officielle du président Béji Caïd Essebsi et autres officiels au mausolée de Bourguiba à Monastir. Le deuxième (8m20 à 10m30) est un reportage qui se concentre exclusivement sur les qualités de Bourguiba étalées par la voix off ainsi que dans les témoignages de citoyens et de politiques recueillis au mausolée. Jusqu’ici, il ne s’agit que de qualités. Un traitement qui relève plus de l’hommage politique que du journalisme. Les syndicalistes malmenés, les opposants emprisonnés et/ou torturés, le courant destourien dissident, les fellagas traînés dans la boue et autres indignés contre la politique de Bourguib sont mis en sourdine.

Ensuite, le journal enchaîne avec les déclarations d’un ancien gouverneur (10m30 à 12m30) qui a servi sous le règne de Bourguiba à Gafsa et à Sidi Bouzid. Et c’est avec lui qu’on découvre la préoccupation de Bourguiba de la situation de ces deux gouvernorats. De quoi contredire les dénonciateurs des disparités régionales causées par sa politique favorisant les villes littorales au détriment des régions intérieures. C’est de cette manière que la rédaction du JT de la première chaîne du service public marginalise des réalités historiques. Exit les indicateurs de développement et toutes les études effectuées par des historiens, des économistes, des statisticiens, des sociologues, des politologues et même l’Etat et ses institutions. Le journal tv de la Watania 1 a balayé à coups de témoignages creux tous leurs travaux, réflexions et constats.

La seule et infime nuance est exprimée dans le quatrième sujet : un portrait de Bourguiba à travers son parcours (13m00 à 15m30). La voix off y évoque sa persistante volonté de régner à vie et sa politique répressive qui a fait couler le sang en 1978 (lire plus sur le Jeudi noir) et en 1984 (lire plus sur les Emeutes du pain) et l’a amené à être renversé. Mais difficile d’établir un équilibre quelconque ces 26 petites secondes (14m40 à 15m06) face à la déferlante d’éloges d’une durée de 8 minutes et 30 secondes.

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Capture d’écran : documentaire-interview tourné par France 3 avec l’ancien président le 03 août 1973, diffusé le lundi 06 avril 2015 par la chaîne Watania 1.

A part le Journal de 20h, la chaîne Watania 1 a exceptionnellement programmé dans la même soirée un documentaire-interview tourné par France 3 avec l’ancien président le 03 août 1973, jour même du 70ème anniversaire de Bourguiba. Il n’y s’agit que de sa lutte pour l’indépendance et de ses réflexions. La première dame de l’époque Wassila Ben Ammar est la seule autre personne à s’y exprimer. Bourguiba qui se livre seul et sans contrepoint amené par la voix off à écrire son histoire. Conformément à la mauvaise tradition, c’est le vainqueur qui écrit l’histoire. Ici, il est écrit aussi le Journal de 20h.

15 ans après le décès de Bourguiba, plus de 27 ans après son éviction du pouvoir, le service public n’est toujours pas capable de se libérer de l’ombre du père fouettard qui l’a autrefois réduit à un simple organe de propagande… au grand mépris de la mémoire collective et des enjeux qu’elle incarne.