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Si Alaa Chebbi est allé trop loin dans sa dernière émission selon certains, je considère qu’il n y a point de « trop » loin. Les lignes sont claires, le champ du permis est limité par la notion du consentement et tout dépassement au-delà cette limite va suffisamment loin pour être punissable par la loi. Toute tentative de justifier, expliquer, « réconcilier » un viol promeut la culture du viol qui n’est qu’une invitation au viol. Ce délit n’est pas un acte isolé comme le répète Alaa Chebbi mais est résultat d’une culture qui le tolère, l’excuse et le banalise, une culture influencée par les médias que Alaa Chebbi représente. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir les statistiques autour du viol : le mythe de l’homme qui s’attaque à une fille habillée légèrement rentrant chez elle tard la nuit a été démantelé. La plupart des viols ont lieu dans des cadres familiaux, scolaires ou professionnels et sont commis par des personnes proches de la victime. La victime ne commet pas le délai imaginaire de favoriser les conditions de son propre viol. Toute femme y est exposée constamment et sans relâche par le biais des médias reflet pur d’une société patriarcale. Mais la Tunisie est-elle le seul pays prônant cette culture ?

Etudiante en développement international, avide de théories modernes prêchant le développement inverse ou ce que le « Nord doit apprendre du Sud », je cite bien souvent l’exemple Tunisien pour illustrer le pouvoir d’action de femmes et des jeunes. Je me trouve donc heurtée à un choc de réalité quand une victime du viol est jugée coupable de son sort par nos médias. Pourtant, cet exemple de la culture du viol n’est pas que tunisien. Il est universel et fait grand débat en Europe et aux Etats-Unis. La semaine dernière encore, une vidéo de Donald Trump, candidat républicain aux élections américaines, a révélé des propos dégradants et obscènes envers les femmes promouvant cette même culture. Des chansons américaines et des vidéo clips « rotanesques » qui ont circulé sur les sites des radios internationales et sur nos radios nationales chantonnent des lyriques obscènes envers la femme, la réduisant au statut d’objet et brouillant les lignes autour du consentement. Les paroles classiques de ces chansons commerciales, perpétuent le mythe de la fille, qui au fond est intéressée mais semble trop timide ou trop joueuse pour le montrer. Ceci donne la marge à l’homme pour agir au-delà du consentement. Les chansons, les émissions, les mots ne sont pas que des mots. Ils nous conditionnent, bâtissent nos opinions et influencent nos mœurs. Ces mots-là, ces paroles-là donnent feu vert à l’agression sexuelle.

Même si de nombreux facteurs universels sembleraient être la racine de cette culture, des facteurs bien locaux ont aussi été identifiés ce qui expliquerait ainsi mon désarroi face aux propos scandaleux de Alaa Chebbi. En Tunisie, des conditions socio-culturelles renforcent la culture du viol. Mona Eltahawy, écrivain Egyptienne et militante féministe, parle d’une guerre particulière menée dans les pays arabes contre la femme. Elle évoque un système politique, social et juridique issu d’une culture patriarcale et conservatrice qui maltraite la femme. En Tunisie et contrairement à ce qui se passe dans les pays du Nord, la culture du viol n’est pas seulement véhiculée par les médias et les constructions sociales. Ici, Les constructions sociales sont plus complexes et sont supportées par des institutions et des lois. L’article 227 du code pénal Tunisien permet bel et bien à l’agresseur d’échapper aux sanctions du viol s’il épouse la victime. L’importance du mariage et de la virginité fait que certaines victimes ne porteront jamais plainte. Le viol est certes tabou mais la notion du consentement l’est encore plus. Ainsi, la Tunisie se retrouve tiraillée entre l’universel, l’identitaire et les médias médiocres.

Aujourd’hui, on constate une grande mobilisation contre les propos d’Alaa Chebbi. Certes, ceci est important mais il est d’autant plus crucial de prendre conscience de l’influence de ses propos et le champ culturel duquel émergent ses dires. Il est aussi nécessaire, de s’équiper d’un support juridique et institutionnel qui s’opposera à cette culture quitte à la terrasser un jour, avec du temps, de la patience et de l’éducation.