Il sera difficile de reprocher à Subutex, au moment où il se clôt, d’avoir élargi son périmètre de confidentialité aux extrêmes. Au cœur de ce documentaire, il y a deux vies nues qui le paient en retour d’une plaie restée ouverte : Lotfi, alias « Fanta », est un sans-abri frileux et efféminé, condamné à ressusciter par la piquouse du Subutex à laquelle Rzouga, son amant aussi paumé, l’avait initié pour offrir moins de surface aux blessures. Les deux ont élu domicile à Bab Jedid, dans un vieux bain-maure dont ils ont fait un taudis où la lumière compte moins que la violence de la nuit complice. En côtoyant pendant cinq ans ces vies à la dérive, Nasreddine Shili livre un film inconfortable car nécessaire : dur comme fer, mais non moins clivant par sa manière de filmer.