Un groupe de policiers arrêtent un passant, toujours un jeune homme, pour effectuer « un contrôle d’identité ». Ils demandent ce qu’il fait là, puis après l’avoir fouillé en public, ils lui intiment l’ordre, souvent avec des mots brutaux, de revenir de là où il vient, du quartier ou de la région qui est indiquée sur sa carte d’identité nationale. Le déroulé est presque toujours le même. C’est du moins ce qui ressort des témoignages que nous avons recueillis. Cette scène se répète inlassablement dans les rues de Tunis. Elle reste pourtant difficile à nommer. Si ceux qui en sont victimes la caractérisent volontiers par des mots comme hogra (mépris), t’hantil (humiliation induite par la hogra), chméta (malveillance préméditée), estefzéz (provocation), la pratique en elle-même, elle, n’a pas de nom. Une difficulté à nommer qui vient accroitre la difficulté à politiser une affaire qui l’est pourtant au plus haut point si l’on prête attention aux cibles de ces contrôles : les jeunes hommes habitants les quartiers populaires et les régions marginalisées.