Au demeurant, rien n’est plus expressif que ce micro trottoir recueilli sur le vif à l’entame des événements français. « Alors qu’on souffre le martyr dans l’attente de la fin du mois, on nous gave de parlottes sur la fin du monde en raison du réchauffement de la planète », martèle l’un des gilets jaunes. La fin du monde est un leurre. Mais  le commencement de la fin du monde capitaliste est le plus probable. A la grande surprise du monde entier, la mouvance des Gilets Jaunes n’a de cesse d’impacter lourdement le quotidien, quand bien même le nombre des actifs ne dépasse pas les 150 milles. Mais qu’importe le nombre puisque les sondages indiquent qu’elles et ils sont plus de 85% des Françaises et Français à soutenir le mouvement. Désormais, ce mouvement est devenu le porte-voix des classes laborieuses, des démunis et des régions marginalisées, (comme c’est le cas chez nous). Du coup, volent en éclats tous les scrutins récents devenus caduques. L’obstination et l’arrogance d’Emmanuel Macron ne lui sont d’aucun secours pour sauver son mandat présidentiel. Bien au contraire, en  méprisant la grogne populaire il fait figure d’usurpateur.

Comptabilisant les succès, le mouvement a plongé une classe politique obsolète dans le désarroi le plus total. Le succès est d’abord politique puisqu’il a, d’un seul revers, démasqué toute l’hypocrisie, la perfidie et le machiavélisme d’une classe politique dont la corruption est telle qu’elle l’a transformée en valet de l’oligarchie financière. Et ce n’est pas tout car la complicité criminelle des politiques dans la misère sociale est énorme ! On retiendra également la démystification oh combien importante du culte des urnes. Ces boites pourries à l’image de leurs instigateurs dont le fétichisme aveugle n’a d’égal que celui du fétichisme de l’argent. Faut dire qu’il y a belle lurette que les masses dans une large proportion désertent les urnes comme en témoignent la hausse des taux d’abstention. Toutefois, seul le passage à l’acte révolutionnaire a engendré concrètement ce rejet puisque le destin de la France se joue, pour l’heure, par l’action directe de la rue, par les classes populaires et pour les classes populaires et non par les élus et les boites nauséabondes  interposés. La répugnance populaire vis-à-vis des élus est d’une éruption historique dans un pays qui a vu naitre le suffrage universel. Mais ledit suffrage a été tellement mutilé et tellement bafoué qu’il a tout l’air d’un « opium démocratique » très nocif.

Apolitique ? Pas vraiment

Du reste, on ne dénoncera jamais assez les voix réactionnaires qui prétendent que le mouvement est apolitique. Loin s’en faux ! Le mouvement n’est certes pas partisan ni syndical ni même associatif. Mais il est à sa manière foncièrement politisé. Son horizontalité agissante, son rejet de toute aliénation partisane ou syndicale, son refus de livrer son destin à une quelconque direction ou leadership attestent d’une symbiose en gestation. Si tout va bien, on assistera, sans doute, à de vastes chantiers de réflexion et d’action dans la perspective de l’autodétermination, l’autogestion et l’organisation la plus adéquate du vivre ensemble dans une société égalitaire. Car la chose publique est aussi simple que cela. Pour l’heure, l’idée d’ « assemblées citoyennes » alternatives à la démocratie représentative est à l’ordre du jour. Le succès est ensuite organisationnel ou disons plutôt « humainement organisationnel ». Une organisation horizontale qui, d’emblée, a été un camouflet à tous ceux qui tiennent à la délégation de la chose publique et du pouvoir aux « élus », aux « élites » et aux « institutions ». Profondément humain, l’esprit du vivre ensemble a, une nouvelle fois, été à l’œuvre par des groupes d’individus plus ou moins grands, tantôt autour d’un feu de bois, tantôt auprès de caravanes ou à proximité d’un paysage d’autoroute… Hommes et femmes toutes générations confondues se rassemblent pour partager « l’eau et le sel » comme on dit chez nous. Qui prépare les sandwichs, qui monte les tentes pour s’abriter du mauvais temps, qui sert le café et le tout discute, plaisante, rigole et s’extasie…

Le mouvement a du coup arraché ce peuple des villes et des campagnes à l’isolement et à l’individualisme qui broyaient leur existence. Ce partage, cette convivialité et cette chaleur humaine retrouvés rappellent sans doute les heures et les jours inoubliables de la Tunisie un certain hiver 2011 avec « les comités des cités ». Ce creuset de valeurs humaines est du reste le socle de toute vision solidaire du vivre ensemble à l’avenir. Le succès a enfin été manifeste face aux hordes du pouvoir en place. A l’heure de la confrontation directe avec les agents des Compagnies républicaines de sécurité (CRS), les Gilets Jaunes ont fait preuve de bravoure, d’imagination débordante et de détermination sans limites à donner la mesure à l’ennemi en dépit de la disproportionnalité des logistiques et de l’âpreté des batailles qui ont vu, au fil des jours, la jonction et la convergence de nouvelles forces notamment les lycéens. Le monde politique et ses chiens de gardes médiatiques sont, par ailleurs, ahuris devant le fait que les Gilets Jaunes n’ont pas présenté de « revendications claires » ni délégué  des représentants pour des négociations avec les pouvoirs en place. Aussi procèdent-ils par un harcèlement continu pour aboutir à cette démarche de négociation revendicative. Leur objectif, dans une stratégie de guerre d’usure, est de coincer  le mouvement dans un angle revendicatif pour pouvoir en finir par diverses manœuvres. Mais le mouvement est manifestement conscient de toutes les embuscades adverses. Ceci ne nie aucunement les doléances qui, chemin faisant, s’inscrivent dans une dynamique ascendante de programme révolutionnaire.

La question fiscale

La question fiscale revêt une importance vitale dans cette insurrection révolutionnaire par le fait qu’elle met en question jusqu’à l’essence  l’Etat. Certaine sensibilités réactionnaires parmi les académiciens ont vu dans ce mouvement une « jacquerie » qui renoue avec une tradition de rebellions remontant à la France médiévale. Ils ont même poussé l’analyse jusque considérer ces jacqueries comme des mouvements « régulateurs » persuadant « le prince » d’une meilleure équité fiscale. Ainsi, procèdent-ils à la banalisation du mouvement en le noyant dans un archaïsme académique empoisonné. La réalité est que la question fiscale est gravissime car elle s’inscrit dans le contexte de la mondialisation qui voit la convergence des intérêts des politiques avec ceux des oligarchies financières d’une manière on ne peut plus limpide. Macron lui-même n’est-il pas le rejeton des Rothschild’s ? Or, il se trouve que par cette mondialisation rampante, le pouvoir échoit à la Pègre et la fiscalité devient un énorme racket. La complicité entre le pouvoir politique et le capitalisme financier est désormais criante et elle est à l’origine de tous les crimes, les guerres les génocides… La fiscalité fait figure d’indicateur primordial sur la corruption qui provoque et galvanise les diverses mouvement révolutionnaires dans le monde en ce début de siècle.

Mais ce n’est pas par simple quête de « justice fiscale » que les Gilets Jaunes s’activent, quand bien même le cas de Carlos Ghosn, détenu actuellement au Japon pour fraude fiscal est fortement instructif sur la morale décadente du libéralisme sauvage. Les Gilets Jaunes vont au-delà de la revendication de l’équité fiscale. Ils crient à présent haut et fort leur grogne : « qu’as-tu fait de mon argent ? La fiscalité qui devrait servir à l’éducation, la santé, l’habitat, la culture et autres finance à présent les industries d’armement servant à fabriquer les armes les plus sophistiquées vendues aux criminels des monarchies du Golfe et autres criminels du monde. En criminalisant les politiques et leurs alliés, le mouvement est en droit de se féliciter d’avoir franchi un pas pour reléguer l’Etat à la poubelle de l’Histoire.