Bien qu’il dote sa palette de moins en moins de couleurs sombres, préférant les plus chaudes, Brahim Letaief continue de concocter des films dopés. Il n’est pas de ceux qui scrutent le ciel pour y décrocher des idées de cinéma. Il appartient plutôt à cette frange de réalisateurs qui, bien terre-à-terre, préfèrent revisiter des lieux – communs –, quitte à laisser tomber le temps du récit. Sur l’écran, c’est joli. Mais sur le papier ? La beauté n’a qu’un temps : la mayonnaise de Porto Farina ne prend pas. Il ne faut pas s’attendre à rire à gorge déployée, car ce que propose ce troisième long-métrage est révélateur, chez Brahim Letaief, des fragiles tendons de ses comédies sociales.

Galerie de figures improbables, Porto Farina ne laisse rien de côté. Le père Fredj, timidement campé par Mohamed Driss, est un despotique capitaine des mers qui ne raccroche pas les gants. Non moins autoritaire est sa femme Aïcha, jouée par Fatima Ben Saïdane. Leur fils unique Ali, auquel Mohamed Ali Ben Jemaa prête son corps, est un rustique qui veut coûte que coûte devenir père. Ignoré par sa cousine Sarah, laquelle est plutôt amoureuse de Hasna, il est en revanche adoré par sa « tante » Monia, qu’incarne Wajiha Jendoubi. Bien sûr, d’autres personnages masculins comme féminins s’invitent dans le film. Sauf que, faute de carburant, leur distribution générale frise un pittoresque de foire dont la représentation distanciée par le temps du récit tend à les mettre à l’étroit. On veut bien rire d’ailleurs, ce n’est pas la question. On aimerait surtout qu’une idée comique émerge de cette galerie aussi étoffée, alors que le film se raccourcit les limites auxquelles ses personnages tendent pourtant les bras.