Commençant par parler de la révolution égyptienne et passant directement par l’épisode « frériste », Zaïri nous rappelle, dans son édito d’hier mercredi, que le peuple égyptien a décidé de rompre avec « l’islam politique violent », en se gardant bien de parler de coup d’Etat et omettant de souligner le soutien qu’ont apporté les salafistes (certainement porteurs d’un projet laïcisant) au régime du Maréchal Sissi.  Citant un rapport de l’Organisation des Nations Unies(ONU) sur les perspectives économiques mondiales, l’éditorialiste nous apprend que la croissance économique du pays des Pharaons repart à la hausse, drainant des investissements extérieurs importants. Une embellie qui vaut au régime de Sissi le satisfécit de la patronne du Fonds Monétaire International (FMI), Christine Lagarde dont l’institution a consenti à octroyer à l’Egypte un prêt de deux milliards de dollars. S’ensuit un long tunnel fait des éléments de langages des bailleurs de fonds sur « les sacrifices acceptés par les Egyptiens » conclu par le fameux TINA[1] thatchérien.

Néji Zaïri établit un étrange lien entre la chute des Frères musulmans, il y a plus de cinq ans, et la reprise économique égyptienne. Faut-il rappeler que tous les gouvernements plus ou moins liés à la confrérie islamiste ont toujours été de bons élèves pour les institutions financières internationales et que leur politique économique n’a rien de révolutionnaire ? Par ailleurs, M. Zaïri semble oublier que, s’agissant de la Tunisie, ces mêmes institutions n’ont pas péché par un excès de clairvoyance. Les déclarations de Dominique Strauss-Khan, prédécesseur de Christine Lagarde, sur le « bon exemple tunisien en matière économique » ou la confession par la Banque mondiale d’erreurs de diagnostic sur la situation tunisienne sous Ben Ali sont autant de preuves de la complaisance de ces organismes avec les régimes autoritaires du moment qu’ils sont « stables ». Bien entendu, notre expert économique du jour ne parle pas de l’envers du décor de ce « miracle économique » en ce qu’il génère comme précarité et paupérisation des classes moyennes. Après tout, seuls les chiffres comptent !

Le chef d’œuvre journalistique se conclut par une pique adressée au président français Emmanuel Macron, qui revient d’une visite en Egypte où il a mollement évoqué la situation des droits de l’Homme. Reprenant à son compte la rhétorique du régime, Zaïri a établi un parallèle avec la répression (certes scandaleuse, je suis le premier à la dénoncer) du mouvement des Gilets Jaunes et 60000 personnes arrêtées ou poursuivies pour délit d’opinion, les centaines de morts lors du coup d’Etat de 2013. Il fallait oser ! Par ailleurs, le journaliste, qui jouit d’une importante liberté d’expression, ne dit pas un mot sur la censure et le harcèlement de ses confrères dans un pays qualifié par Reporters Sans Frontières d’« une des plus grandes prisons pour journalistes au monde ».

Huit ans après la révolution, il se trouve encore des journalistes et des politiques qui trouvent qu’une relative bonne santé macro-économique justifie la précarité et l’autoritarisme. Pis, ce discours infuse dans la population. La révolution des mentalités n’est pas pour demain.

[1] TINA : There Is No Alterative, prononcée à l’origine par la Première ministre britannique Margaret Thatcher (1979-1990), cette expression est comprise comme l’impossibilité d’une alternative aux règles néolibérales de l’économie de marché.