Il n’est pas facile de passer à côté de ses films. Divisant dans les grandes largeurs, son cinéma est dit bizarre, peu aimable. C’est pourtant une démarche qui n’est pas en sucre. S’il n’y ménage pas de place pour les bons sentiments et les dogmes qu’ils tractent, Jilani Saadi est l’un des rares réalisateurs, dans l’écosystème du cinéma tunisien, à offrir ses films fauchés à une fragilité en phase avec le présent. Franc-tireur d’un cinéma qui avance moins à tâtons qu’il ne fonce comme s’il repartait à zéro à chaque film, l’auteur de l’inoubliable Khorma (2003) ne sait toujours pas où il va, mais sait au moins ce qu’il veut. Il ne sait pas où il va, et tant mieux, car le travelling avant qui ouvre Bidoun 3 scelle les prémisses d’un film dont le programme n’est pas tout à fait prévisible. Mais par cette manière-là d’inscrire dans son espace diégétique la trajectoire d’un désir, il sait un peu ce qu’il veut, sans être à court de munitions quand il s’agit d’aller « encore plus loin ».