Photo par Hamideddine Bouali


Par Dorra Ismaïl et Wafa Khlif,

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2ème Entrée

Un mirage est-il une image pour les « hramistes » de tout bord ?

Interdiction des images : voici les dernières revendications de certaines personnes extrémistes [1], ou plutôt orthodoxes de l’Islam. Même si ces commandements sont encore timides ils demeurent foncièrement à visées intimidatrices. Cela nous pousse sérieusement à réfléchir à l’attitude que nous devrions prendre face à ces amalgames et incompréhensions des un(e)s et des autres.

Peut-être faudrait-il leur dire de bruler leur carte d’identité nationale, leur passeport, les postes TV, les écrans de PC, les livres de médecine, de zoologie, de phytologie, de géologie, d’astronomie, de physique et de chimie, les cartes géographiques, les cartes d’état majors, les levés topographiques, les plans de cadastres, les plans d’architecture et d’urbanisme, les partitions de musique… Les chiffres, le un, le zéro, Pi, les racines carrées, la trigonométrie, les identités remarquables, l’infinitésimal…

L’écriture même serait-elle une forme de représentation d’un son, d’une langue, d’une culture, d’une pensée, d’une idéologie…? Dans ce cas, le Coran ECRIT ne serait-il pas blasphématoire intrinsèquement ? Qu’en serait-il des motifs floraux qui ornent les textes du revêtement textile de la Kaaba ? Ou encore, de la représentation (métaphorique) du palmier dans le clavage des arcs outrepassés des premières grandes mosquées alternant un claveau de pierre claire avec un autre de pierre foncée ?

Ont-ils réellement conscience des compréhensions, des limites et des extensions de ce qu’ils entendent par « représentation » ? Même si le texte du Coran dicte ou indique un refus de la représentation du réel à l’époque et dans le contexte de l’avènement de l’Islam, aujourd’hui l’époque et le contexte ont changé. Il y a une différence et un écart irréfutable entre ce qui est universel et incompressible de ce qui est contextuel et temporel. L’interdiction de la représentation était dictée par Kouthaïb, probablement pour éloigner les humains du fétichisme et du matérialisme afin de les rapprocher de l’idéalisme, de la spiritualité et de l’immatériel.

C’est le sens même du « ijtihad » : se mettre à réfléchir en dissociant les différentes trajectoires celles temporelles et liées à des événements particuliers, de celles atemporelles et mettant en avant la substance même des événements. Si l’abstinence de la représentation humaine et animale a mené à l’époque de l’essor de l’Islam vers une richesse artistique et réflexive basée sur les formes géométriques ; cela ne légitime en rien les raisons de cette interdiction (du moins la compréhension ou interprétation au premier degré qui en est faite).

Toute idéologie venue dans un contexte donné porte en elle des failles futures. Peut-être que l’interdiction n’était pas la meilleure manière de convaincre… Mais c’est notre devoir à nous de réfléchir sur les tenants et aboutissants de certains interdits, dires ou allusions inscrites, transférées dans l’histoire, créées ou incréées.

Toujours est-il qu’en se manifestant et en dévoilant leurs positions, les extrémistes musulmans ne font que donner, chaque jour un peu plus, de très bonnes raisons pour qu’on les discrédite par des argumentations et des démonstrations prouvant le ridicule de leurs « représentations » de l’Islam et des ses formes de compréhensions.

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[1] Sous prétexte que les photos sont interdites par l’islam, agression des artistes d’Artocratie. Et son démenti : Incidents du groupe Artocratie au Kram : quelle version croire ?