Le mois de mai 1991 a vu le démarrage de l’opération lancé par le président déchu et ses auxiliaires, ex ministres comme l’ex ministre Abdallah Kallel, l’ex ministre de la Défense, Abdelaziz Ben Dhia, l’ex directeur de la Sûreté, Mohammed Ali Ganzoui, ou le directeur de la Sûreté de l’Etat, Azzeddine Jenayeh, contre les militaires dans ce qui est connu comme l’affaire de Barakat Essahel. Ils ont été accusés à tort de tentative de renverser le régime, arrêtés et torturés jusqu’à la mort dans certains cas dans les cachots du ministère de l’Intérieur. Les arrestations et la torture ont concerné des officiers supérieurs, hautement formés en matière militaire, l’administration de la Sûreté de l’Etat agissant en coordination avec l’administration de la Sûreté militaire. Il s’agissait d’une politique évidente d’épuration et de marginalisation de la direction de l’armée […] au bout de plus d’un mois de torture, ils ont été détenus à la prison de Mornag afin que les traces des sévices s’estompent puis ils ont été remis à l’administration de la Sûreté militaire….

Avant de les remettre en liberté, Ali Seriati, Abdallah Kallel, Mohammed Ali Ganzoui et le colonel Farza les ont rencontrés pour leur remettre les excuses du président déchu.

Après cette tragédie et ce calvaire dans les cachots du ministère de l’Intérieur, la tragédie s’est poursuivie par leur radiation du travail pour des motifs disciplinaires ou par la mise à la retraite d’office, au mépris du code militaire 244. Ils sont devenus en un trait de plume et en vertu d’un décret arbitraire privés de travail, chassés du ministère de la Défense, tout à fait à tort. La tragédie s’est intensifiée puisqu’ils ont été pourchassés et privés des conditions à minima d’une vie digne, par le biais de pressions sur leurs employeurs afin que ces derniers les licencient.

Après la révolution du 14 janvier, ils ont fait appel à la justice afin que les criminels qui les avaient privés de leurs droits, les avaient torturés sauvagement soient poursuivis.

On remarque que les arrestations n’ont pas englobé tous ceux qui ont été mis en cause par des plaintes en dépit des éléments de culpabilité. Alors que Mohammed Ali Ganzoui a été arrêté, le rideau a été baissé sur d’autres criminels comme Azeddine Jenayeh, ex directeur de la Sûreté de l’Etat et Mohammed Naceur, tortionnaire au ministère de l’Intérieur et il n’y a pas eu d’enquête sur la direction de l’administration militaire, qui a remis les officiers au ministère de l’Intérieur et a procédé à leur arrestation, les a agressés dans certains cas à la caserne de l’Aouina, comme le général Farza ou le général Ben Houssine ou d’autres contre lesquels des plaintes ont été déposées.

Une seconde remarque concerne la position du ministère de la Défense qui a temporisé, atermoyé pour refuser de répondre à la demande de compensation des préjudices matériels et moraux après qu’elle ait été étudiée et adoptée par la commission composée du colonel Marouane Bouguerra, cette dernière ayant contre signé les revendications des militaires présentées par leurs avocats. Mais ces demandes ont essuyé le refus du ministère de la Défense ce qui a eu de fâcheuses conséquences sur le moral des militaires, d’autant que le ministère de la Défense a feint d’oublier de leur rendre hommage lors de la fête de l’Armée nationale. […]

Ils refusent une nouvelle injustice et un nouvel arbitraire. Ils tiennent à leurs droits et leurs revendications et dénoncent l’ignorance feinte par le ministère de la Défense de leurs demandes et de leurs droits légitimes. Ils refusent que le rideau soit baissé sur les tortionnaires.

Ils exigent qu’ils soient poursuivis et remis à la justice comme des criminels.
Ils lancent un appel à l’aide à la société civile en Tunisie et à l’étranger pour recouvrer leurs droits, tout en sachant qu’une compensation ne pourra effacer les traces de la torture, de la souffrance et de l’oppression […]

Pour l’association Equité des Anciens Militaires

Source Assabilonline.net
Traduction Luiza Toscan