Siège de la télévision nationale.

Siège de la télévision nationale.

Les rumeurs ont couru : la télévision nationale ne restera pas publique. Info ou intox ? Certains disent qu’elle ne sert à rien, de toute façon, que les journalistes ne font pas leur travail. Mais plutôt que de penser à s’en débarrasser pourquoi ne pas travailler à améliorer la situation ? Dans son étude sur le développement des médias en Tunisie, l’UNESCO propose quelques pistes.

La Télévision et la Radio Nationale sont des services publics importants. Il s’agit d’agir pour un besoin d’intérêt général, comme le fait une école ou un hôpital. Un média public a différentes missions : informer, éduquer, divertir. Sa mission consiste, avant toute chose à agir pour le citoyen, non en fonction des acheteurs d’espace pub, non en fonction des envies du gouvernement.

En Tunisie il existe une loi, la 2007-33, qui définit les missions des établissements publics du secteur audiovisuel : assurer le service public du secteur audiovisuel, enrichir le contenu de la communication audiovisuelle à travers le suivi de l’information, la fourniture de l’information au niveau national et régional la facilitation de l’accès à l’information et la couverture des événements à l’intérieur et à l’extérieur du pays… Des missions peu suivies jusqu’ici. La seule partie de la loi qui semblait vraiment appliquée est celle qui dispose que les établissements publics du secteur audiovisuel contribuent à « la promotion de la communication, de la culture et de la politique générale de l’Etat ». Oui ça les médias ont fait, publics comme privés d’ailleurs.

Aujourd’hui la situation est différente, les rédactions cherchent à mettre en place des lignes éditoriales et à réellement informer les citoyens, sortant de leur simple rôle de communicants. Mais dans son étude sur le développement des médias en Tunisie l’UNESCO explique que les lacunes juridiques font qu’il n’existe pas de garantie pour s’assurer d’un fonctionnement « dans l’intérêt du public, sans ingérence éditoriale du gouvernement en place. »

Dans un monde idéal un média de service public est un canal entre les citoyens et le gouvernement. Le média informe les citoyens de l’action du gouvernement par exemple, l’explique, l’analyse, la critique, tout en donnant à voir la vie des citoyens, en mettant en exergue leurs problèmes, leurs préoccupations. Ces médias se doivent de refléter la diversité de la société et d’être à l’écoute de la société civile.

L’étude sur le développement des médias en Tunisie de l’UNESCO formule plusieurs recommandations notamment pour essayer de mettre en place un service public audiovisuel plus juste, afin d’avoir dans le pays des médias servant de plateforme pour un débat démocratique. Ainsi il faudrait commencer par « définir et garantir par la loi la mission et les buts des médias publics en tant que service public. »

Une fois ceci posé il semble important de mettre en place un cadre légal pour s’assurer que ces médias «  fonctionnent dans l’intérêt du public, sans ingérence éditoriale de la part du gouvernement ou d’intérêts politiques ou économiques. »

Par ailleurs pour qu’un lien de confiance voit le jour entre public et média la mise en place d’un système de médiation entre les entreprises de média et le public semble important. Il s’agirait d’un système qui permettrait aux citoyens de faire entendre leur point de vue et aux journalistes de mieux expliquer leur façon de travailler.

L’étude recommande également que l’instance de régulation de l’audiovisuel, la fameuse HAICA, dont on attend toujours la mise en œuvre par le Président de la République, élabore un code sur le contenu audiovisuel afin d’assurer le respect de l’équité et de l’impartialité.

Alors qu’une nouvelle campagne électorale doit avoir lieu dans l’année et que les citoyens seront peut-être amenés à se prononcer par référendum sur le projet de Constitution, la mise en place d’une service public audiovisuel est primordial pour s’assurer du cadre démocratique de la campagne électorale et de la réelle information autour de l’importance des élections. Le vrai travail de réforme ne peut plus attendre.