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Depuis 2013, et à l’initiative de l’UNESCO, le 13 février est devenu la Journée Mondiale de la Radio. A cette occasion nous vous proposons de découvrir l’univers des radios associatives tunisiennes qui révolutionnent nos ondes.

Elles sont 28 au total en Tunisie. Mais seules 11 d’entre elles ont une licence. Les radios associatives, ont connu un bel essor aux lendemains de la Révolution. Mais il en existait déjà avant le 14 janvier 2011. Parmi elles, Radio 6, créée en 2007. Elle a connu censures, perquisitions, intimidations. Aujourd’hui, avec 15 000 auditeurs permanents, et une maison en forme de radio dans les hauteurs de Tunis, la première radio associative tunisienne a bien pris sa revanche. C’est ici que nous rencontrons Nozha Ben Mohamed, l’une des fondatrices de la radio. « Nous fêtons nos quatre années de fréquence FM ce samedi [14 février] », lance-t-elle, fière.

Les citoyens avant tout

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Nozha Ben Mohamed.

 

Et sa fierté, elle l’a tient de son combat : celui de la liberté d’expression. En découle, notamment, la reconnaissance juridique des radios associatives : le décret-loi 2011-116 du 2 novembre 2011 relatif à la liberté de la communication audiovisuelle, obtenu aux forceps, reconnait formellement l’existence du secteur des médias associatifs. Une première victoire. « Il reste actuellement 17 radios associatives sans licences, mais les démarches sont en cours », précise la jeune journaliste.

A Gafsa, Sawt Al Manajem [La Voix des Mines] est devenue incontournable. « Nous sommes une radio citoyenne de proximité et nos émissions répondent aux préoccupations des populations locales », explique Mohamed Hédi Nsib, l’un des fondateurs de la radio. Lancée officiellement en mars 2012, Sawt Al Manajem est sur le terrain depuis 2008. En effet, plusieurs journalistes de la radio étaient derrière la diffusion des vidéos de la révolte du bassin minier à Redeyef. Leur crédo est resté le même : la liberté de l’information et l’accessibilité à l’information. « C’est une région où il se passe beaucoup de choses, mais qui en parle ? », s’interroge-t-il. « Le contenu que nous proposons est en phase avec ce que vivent nos citoyens ». En effet, la liberté de ces radios tient du fait qu’elles n’ont ni la pression des publicitaires, ni la pression de l’audience, et encore moins la pression des actionnaires – puisqu’il n’y en a pas. « Nous parlons de la corruption dans les hôpitaux, à la douane, nous n’avons pas de tabous », affirme Nozha Ben Mohamed. Ainsi, leur rôle est essentiel dans le processus de démocratisation de la Tunisie. Et plus encore : la radio associative est un vecteur d’information et d’éducation populaire. « Toutes les générations et toutes les couches sociales écoutent la radio, c’est le média le plus démocratique », assure Mohamed Hédi Nsib. Et pour donner la parole aux citoyens, Sawt Al Manajem donne une large place aux appels des auditeurs : « Nous recevons près de 50 à 60 appels par jours lors de la matinale ». Ainsi, une antenne, montée par l’équipe, permet de diffuser leurs ondes dans un rayon de 50 km2.

Nous voulons toucher un maximum de personnes : les radios de proximité permettent de rompre avec l’exclusion et d’impliquer les citoyens dans les débats publics, affirme le co-fondateur de la radio.

Même son de cloche chez Radio 6 : « Nos émissions sont très interactives, nous accordons beaucoup de place aux auditeurs. Ce sont souvent eux qui sont à l’origine des thèmes abordés », explique Nozha Ben Mohamed. « Mais nous n’avons pas uniquement un rôle d’informateur. En tant que radio associative locale nous jouons aussi un rôle social : de nombreuses personnes sont passées par notre radio pour faire des appels aux dons, par exemple ».

D’ailleurs, l’émission « El Kelma lik », diffuse quotidiennement les coups de gueules, les analyses, les anecdotes, d’auditeurs « qui parlent en toute liberté ». Car c’est aussi l’objectif des radios associatives : donner le micro à ceux qui n’ont pas d’exposition médiatique. Ainsi, les radios associatives se positionnent parfois comme un véritable contre-pouvoir médiatique. Et assument : « Notre ligne éditoriale est critique et engagée », souligne Nozha. Et de poursuivre : « Nous resterons une radio d’opposition, même si l’opposition est au pouvoir ».

Quel modèle économique pour les radios associatives ?

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Mais tout cela a évidemment un coût : la location du studio, les salaires, le matériel, les équipements. Radio 6, Sawt Al Manajem et d’autres radios associatives ont bénéficié d’une aide financière de l’UNESCO, de l’Union Européenne, d’Oxfam ou encore de l’Association Mondiale des Radiodiffuseurs Communautaires (AMARC). Mais toutes n’ont pas de soutien financier et cela entrave leur pérennité. C’est pourquoi, le Syndicat Tunisiens des Radios Libres (STRL) propose de lancer un fonds de soutien, appelé Dotation d’Appui aux Associations Médiatiques (DAAM).

Le but de ce fonds est d’aider les radios sous statut associatif dans leur installation, leur fonctionnement et leur équipement, explique Salah Fourty, Secrétaire général du STRL.

Le fonds de soutien sera alimenté grâce aux taxes prélevées sur les recettes publicitaires des stations et sur les recettes des opérateurs téléphoniques et des fournisseurs d’accès à Internet. « Le fonds aidera en priorité les régions », précise Salah Fourty qui espère voir émerger des radios associatives dans certaines régions « où l’on constate un désert médiatique ». Et d’ajouter : « il faut une stratégie globale pour le secteur et cessez avec les appuis et aides ponctuels ». Mais le combat pour le DAAM s’annonce rude :

le projet de loi sera voté à l’Assemblée, mais nous savons déjà que plusieurs députés – proches des médias mainstreams – y sont opposés, s’inquiète le secrétaire général du syndicat.

Pourtant, selon Salah Fourty, ce fonds est nécessaire pour assurer l’indépendance et la transparence des radios associatives : « se retrouvant sans ressources, il ne faudra pas s’étonner de voir des radios accepter de l’argent venant d’autres pays ». La question financière est aujourd’hui un enjeu majeur dans le développement de ces radios et constitue un défi considérable à relever.

« Radio associative ne rime pas avec amateurisme »

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Mais ce n’est pas le seul. Si aujourd’hui elle a été relayée au second plan, la question de la formation des journalistes a été, au lendemain de la révolution, une priorité. « Nous avons reçu des formations de grande qualité qui nous ont permis de connaître un saut qualitatif », se réjouit Nozha Ben Mohamed. En effet, en partenariat avec des médias internationaux et autres institutions tels que le Centre Africain de Perfectionnement des Journalistes et Communicateurs, de nombreuses radios associatives ont reçu des formations dans des domaines aussi variés que le journalisme citoyen, la gestion de projet de médias de proximité, la recherche de financement, les techniques de montage et de diffusion, etc. Des formations nécessaires car au sein des équipes des radios associatives, tous n’ont pas de formation journalistique. Mohamed Hédi Nsib met un point d’honneur à ce que radio associative ne rime pas avec amateurisme. « Nous sommes tout aussi exigeant qu’une radio privée », insiste-t-il. D’ailleurs, Nozha Ben Mohamed confie que deux journalistes de Radio 6 ont rejoint des radios privées. Les formations semblent avoir payé leurs fruits, puisque les radios associatives connaissent une audience en hausse : 64% de part d’audience, soit 90 000 auditeurs par jours pour Sawt Al Manajem et 15 % de part d’audience sur le Grand Tunis pour Radio 6. Les équipes elles-mêmes s’agrandissent : l’équipe de Radio 6 compte une vingtaine de personnes dont une dizaine de salariés ; et à Sawt Al Manajem, ils sont une quinzaine. Un essor qui s’explique par le fait que les radios associatives construisent un espace public de débat où les citoyens s’expriment et participent au changement social. Mais aussi, et surtout, à la consécration d’une réelle démocratie.

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