Diffusée dimanche soir sur la chaîne privée française M6, le dernier numéro d’« Enquête Exclusive » s’est intéressé à la Tunisie. Titrée « Tourisme et menace terroriste : le défi tunisien », l’émission, qui ne mérite pas son nom, s’est contentée d’une succession de portraits et d’étalage de success stories. Faux chiffres, superficialité et choix de facilité.

Des touristes français en séjour all inclusive aux clubbers tunisiens, la caméra d’« Enquête Exclusive » a amené les téléspectateurs à rencontrer un grand nombre de Tunisiens, liés de près ou de loin au secteur du tourisme et à la vie de nuit. Ce sont ces personnages qui ont porté le sujet dont le traitement s’est montré affaibli, entre autre, par l’absence de données statistiques.

Faux chiffres

Et quand l’émission présente des chiffres, ils sont à prendre avec beaucoup de précaution. Elle avancera, en l’occurrence, que le salaire minimum en Tunisie est de 500 dinars. Ce qui est faux. Il est plutôt évalué à 320 dinars. Plus tard, la voix off mentionne que le salaire d’une employée dans un domaine viticole est de « 300 euros par mois, un peu plus que le SMIG tunisien ». Erreur non seulement sur le SMIG mais aussi à la conversion puisque 300 euros sont l’équivalent de 647 dinars tunisiens. Et donc, plus que le double du SMIG et non pas « un peu plus ».

Superficialité

Dans cette émission, c’est le monopole du témoignage. Pas un seul spécialiste en lutte contre le terrorisme ou en sécurité ne s’y exprime. Pas un seul expert en économie ou en tourisme non plus. Pourtant, c’est bien de ces secteurs qu’il s’agit. L’émission s’intéresse aussi aux fractures sociales, à des groupes d’individus distincts aux modes de vie différents et aux opinions politiques conflictuelles. Pourtant, « Enquête Exclusive » n’a jugé utile de donner la parole à aucun sociologue. Les réflexions du gérant d’un bar et les impressions d’un propriétaire de boite de nuit sont jetés en pâture aux téléspectateurs après avoir montré une police alerte, réactive et respectueuse des citoyens et de leurs droits. Comme peuvent en témoigner les nombreux rapports des organisations de défense des droits de l’Homme, cette image de la police est assez lointaine de la réalité.

Choix de facilité

Offrant très peu d’informations, la voix off n’a pas réussi à bien contextualiser les choses et amener les nuances nécessaires à la compréhension d’une situation d’une grande complexité. L’émission condamne les personnages qu’elle a fait le choix de suivre à porter tout le poids de ces rapports de force sociaux, politiques et économiques, tous résumés en une succession de duels. Il y a, par exemple, les riches fêtards buveurs d’alcool dans les boîtes de nuits huppées et les conservateurs assidus à la prière en vacances dans un hôtel halal. Et puis, le magasin d’habits islamiques et la boutique de prêt à porter de luxe. Un choix de facilité d’une émission qui se réfugie dans la polarisation au lieu d’aller vers le pourquoi du comment.