tv-tunisie-blackout-media-manich-msemah

Capture d’écran : édition du 1er septembre du JT du 20h de la Wataniya 1.

Dans son édition du 1er septembre, le JT du 20h de la Wataniya 1 a, sciemment, omis la manifestation “Manich msema7” et sa répression brutale par la police. La première chaîne du service public a préféré donner la parole à la présidence de la République sur le projet de loi controversé de réconciliation économique et fiancière. Quant à la contestation populaire, elle sera fondue dans le politiquement correct.

La Présidence de la République affirme que le projet de loi de réconciliation économique et financière ne sera pas retiréDéclaration du porte-parole de la présidence de la République

Cette déclaration a ouvert le journal du 20h de la Watania1. Une heure, exactement, après la fin de la traque brutale des manifestants par la police, le service public choisissait de diffuser une non-information.

Propagande présidentialiste
Présenté comme un démenti, ce titre n’est que de la propagande pure et dure, puisqu’il n’y a tout simplement pas d’intox à démentir. Le retrait du projet de loi étant une revendication populaire et non pas une fausse nouvelle qui doit être confirmé ou démenti. Cette déclaration officielle a-t-elle été publiée par une quelconque agence de presse ? Non. Par voie de communiqué ? Non plus. Elle a été accordée, exclusivement, au 20h de la Watania 1. Manifestement, l’ère des rédactions aux commandes des locataires de Carthage n’est pas révolue.

Mais ce n’est pas fini. L’invité du journal est Lotfi Dammak, conseiller juridique auprès de la présidence de la République. L’entretien est aussi anachronique que le reportage qui l’a précédé. Sans contradicteur, l’interviewé se retrouve face à une journaliste conciliante. Quel est le montant attendu des retombées financières, si ce projet de loi venait à être appliqué? On n’en saura rien. «Il y a des chiffres qui parlent de 7000 personnes concernées», avance la présentatrice, sans citer sa source. L’interview s’avère n’être qu’une tribune libre pour la présidence.

Tout sauf «Manich msema7» !
Quand il s’agit de contestation, la Wataniya opte pour les formes «softs». Les slogans crus de «Manich msema7» ne semblent pas être au goût de la rédaction. Non plus les dépassements des sécuritaires du ministère de l’intérieur. C’est dans les couloirs de l’Assemblée des Représentants du Peuple, au bureau d’un rédacteur en chef et à l’Instance Vérité et Dignité que le reportage du JT a été tourné. De la matière froide loin de l’ardeur des révoltés de «Manich msema7».

Le 3 septembre, léger changement de ton. Après avoir évité la manifestation du mardi, l’édition du jeudi consacre un reportage à la manifestation tenue, le jour même, à Tunis. On y mentionne que les contestataires sont des militants de l’Union Générale des Etudiants de Tunisie (UGET) et du Front Populaire, passant outre la campagne de contestation, dans laquelle s’inscrit la manifestation. Aucun militant de l’UGET ou du collectif organisateur de la campagne «Manich msema7 » n’aura le micro. En revanche, la parole a été accordée aux députés du Front Populaire, présents lors du rassemblement.

Pendant une semaine, la rédaction s’est presque quotidiennement penchée sur le projet de loi de réconciliation économique et financière. Aucune mention de «Manich msema7». Aucune intervention des acteurs concernés. Quant aux manifestations tenues dans dix villes, depuis le 1er septembre, le 20h ne s’est intéressé qu’à celle de Sfax, dans son édition du dimanche. Mais encore une fois, en éludant le fait que ce mouvement de contestation entre dans le cadre de la campagne «Manich msema7». Blackout.