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Depuis les élections du 23 octobre 2011, les frustrations d’une grande partie du peuple tunisien vis-à-vis de sa classe politique n’a cessé d’augmenter. Entre promesses électorales non tenues, alliances politiques contre-nature et une situation socio-économique de mal en pis, la foi aux partis politiques tunisiens n’est plus d’actualité.

Entre-temps, si on jetait un coup d’œil sur les résultats des élections législatives de 2011 et 2014, quelques chiffres nous interpellent.

Pour le scrutin qui nous a conduit à la formation de l’Assemblée nationale constituante, selon les chiffres définitives et officielles de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), sur 8 289 924 d’électeurs potentiels seulement 4 308 888 ont fini par voté, soit un taux de participation de 52%.

Sur le nombre total de personnes inscrites, 86,1 % avec 3,6 % de bulletins nuls et 2,3% de votes blancs, tandis que seulement 16,2 % des inscrits ont boudés les urnes.

Trois ans plus tard, lors des législatives de 2014, le taux de participation aux élections législatives a atteint 61,8%. Toujours selon, les statistiques de l’ISIE, seuls 3,2 millions de Tunisiens ont voté sur un total de 5,2 millions d’inscrits. Si on tient compte de la majorité électorale, soit 7 millions d’inscrits et de non-inscrits, environ 4 millions de Tunisiens en âge de voter n’ont pas fait le déplacement pour choisir leurs députés. Ainsi, le nombre total des électeurs qui ont voté était de 3.579.257 dont 106.010 feuilles de bulletins nuls (2,96%) et 65.069 de votes blancs (1,81%).

Si le taux de participation a augmenté entre 2011 et 2014, le refus de s’inscrire sur les listes électorales était assez manifeste ce qui a poussé l’Instance à prolonger à plusieurs reprises les dates d’inscriptions, en vain!

D’autre part, avec la coalition gouvernementale actuelle formée par le quatuor “Nidaa Tounes, Ennahda, UPL et Afek Tounes, la déception des électeurs tunisiens, surtout chez les jeunes de moins 35 ans, contre l’establishment politique tunisien est de plus en plus manifeste. Le vote utile est passé par là!

En effet, selon une une étude rendue publique en avril dernier et réalisée par le bureau d’études Intelligence, 90% des jeunes sont convaincus que les politiciens ne peuvent rien changer de la situation actuelle et sont incapables de l’améliorer.

Selon les dires de la directrice du bureau Emna Bouattour :

Le jeune tunisien fait face à plusieurs problèmes et souffre de frustration de la part de son entourage, et principalement de la situation politique.

Devant un tel tableau, on se demande comment peut-on évaluer lors des prochaines élections le degré de mécontentement de l’électorat tunisien? Y a-t-il un moyen pour quantifier le vote contestataire dans nos contrées?

Sous d’autres cieux, la fibre protestataire peut s’exprimer dans le suffrage universel. En Russie par exemple, depuis la chute de l’URSS en 1993, les électeurs russes ont la possibilité de cocher dans le bulletin de vote la case “Contre tous” pour exprimer un vote contestataire.

C’était le cas, le 13 septembre dernier, lors des élections régionales et locales organisées dans toute la Fédération de Russie, marquées par l’élimination quasi systématique de l’opposition radicale. Appelés à choisir sur une liste le nom de leur futur maire, en Iakoutie du Sud (Sibérie), les habitants d’Aldan, de Leninski et de Berkakite ont volontairement coché la dernière case « Contre tous », ce qui a invalidé le scrutin. Les trois villes devront, désormais, retourner aux urnes en décembre prochain.

Et si pour les prochains scrutins tunisiens, l’ISIE nous proposerait une telle alternative? Nos politiques verront pour la première fois leur vraie valeur sur le marché électoral! Voilà une idée à creuser…!