La bande dessinée tunisienne fait ses débuts dans les années soixante avec Irfane (‘65), Chahloui (’68), Chef (‘75), et Anis (‘78), parmi d’autres publications liées au parti Destour. La naissance de la revue Kaouz Qouzah en 1984, dont les parutions s’étalent sur 5 années, représente un tournant dans la qualité et le style du neuvième art en Tunisie. Puis, en 1997, le premier salon de BD du continent s’installe à Tazarka. Il présente cette semaine sa 20ème édition.

Malgré ses figures clés, la Tunisie ne compte pas parmi les plus grands producteurs mondiaux de bande dessinée. La révolution n’a-t-elle pas ouvert la possibilité d’ajouter un nouveau chapitre à l’histoire de la BD tunisienne ? Dans la foulée du 14 janvier 2011, les bédéistes puisent leur inspiration dans les évènements politiques du pays, qu’ils peuvent désormais aborder de front. Puis, après les assassinats de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi en 2013, ils semblent se diriger rapidement vers d’autres thèmes. Cela est manifeste avec la parution de Couscousi Belban pour les enfants, et le Lab 619 réalisé par un collectif d’artistes et scénaristes qui, au-delà de leur participation au périodique, mènent des projets créatifs indépendants, en plus de leur boulot quotidien.

Habib Bouhawel, Yassine Ellil, Seif Eddine Nechi, Nada Dagdoug, Chakib Daoud, les cinq artistes interviewés dans ce reportage parlent de leurs projets, de leurs expériences et des défis auxquels ils sont confrontés : l’absence d’un marché établi, le manque de moyens, l’absence d’une « culture de l’image ». Néanmoins, et même si chaque artiste a son parcours et son style particulier, ce qui les rassemble, c’est l’envie de créer/travailler, de produire, et d’encourager les jeunes à lire, à dessiner, à écrire, à lancer leurs propres projets. Maintenant que la liberté d’expression est acquise, c’est aux jeunes et aux passionné(e)s de la bande dessinée de donner un nouveau souffle au neuvième art en Tunisie.