Gestion de l’oasis à Jemna, un projet contre la politique de l’Etat

Dans l’oasis de Jemna, les hauts palmiers sont chargés de fruits dorés. La saison de la récolte est là. L’appel d’offres pour la vente des dattes est fixé pour dimanche, 18 septembre 2016. Mais l’ambiance est tendue, car l’Association de défense des oasis de Jemna reste, depuis sa création en 2011, illégitime aux yeux de l’Etat. Ce mois-ci, le ministère des Domaines de l’Etat et des affaires foncières, qui louait la ferme aux opérateurs privés avant 2011, a publié un communiqué menaçant d’annuler l’offre d’appels. Mais les habitants de Jemna s’y opposent fermement. Explications.

Le nouveau gouvernement siffle la fin de la recréation

Samedi 10 septembre, l’Association de défense des oasis de Jemna a organisé une réunion au plein centre de la ville. Sur le carrefour principal, s’alignent des quincailleries, un café et un poste de police. Sur la place adjacente au carrefour, les hommes de tout âge arrivent avec leurs chaises multicolores empruntées au café. A 17h30, la réunion démarre, sans attendre l’arrivée du député Zouhair Maghzaoui.

⬆︎ Documentaire en arabe avec sous-titrages en français et en anglais.

Taher Tahri, Président de l’Association, commence avec un débriefing sur les négociations menées à Tunis avec « el hakem » [le pouvoir]. Le ministère des Domaines de l’Etat ayant menacé l’annulation de l’appel d’offres, les membres de l’Association n’ont pas tardé à contacter Mabrouk Kourchid, nouveau secrétaire d’Etat. Selon Tahri, le responsable a précisé que la ferme en question appartient à l’Etat et ce malgré les travaux menés pendant les dernières cinq années par les salariés et bénévoles de l’Association. Pour Kourchid, la gestion des appels d’offres et les revenus de la ferme reviendront à l’Etat à partir de cette saison. Comme solution, le ministère propose que l’Association crée une Société de la mise en valeur et de développement agricole (SMVDA), un statut datant de 1990 pour encourager l’investissement privé dans les terres domaniales.

Une expérience prometteuse qui fait peur

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L’idée de transformer l’Association en société réveille de vieux démons. Avant la révolution, les terres domaniales étaient en effet louées aux opérateurs privés qui ont profité des revenus de la ferme sans aucune retombée positive pour la ville ni même les anciens ouvriers. La seule concession accordée par le ministère est d’ignorer les cinq années où les habitants de Jemna ont investi les revenus des dattes pour entretenir les palmiers, payer les salaries des ouvriers, et réaliser des projets de développement dans la ville. Depuis notre visite à Jemna en juin 2015, ces fonds ont permis la construction d’une structure permanente pour abriter le souk, et, dans les prochains mois, une nouvelle salle de sport. En janvier de cette année, l’Association a acheté une ambulance qui a permis de diviser par trois les frais de transport des malades. « Pour aller à Tunis, les ambulances privées demandent 850 dinars, pour nous, c’est 350 dinars » , nous informe Sami Sayeh, chauffeur et secouriste, mais à l’origine aide-soignant qui a terminé sa formation en 2010. Après avoir accumulé les petits boulots, Sayeh est fier de travailler dans la spécialité et d’apporter secours surtout à ceux qui n’ont pas les moyens.

Solidaires pour autogérer les oasis de Jemna

Vers 19h, le soleil s’incline derrière les palmiers, certains répondent à l’appel de la mosquée voisine. Après peu plus d’une heure d’interventions rythmée par le relai du micro toute les deux ou trois minutes, la réunion se termine comme elle a commencé, dans l’enthousiasme et la détermination. Le lendemain matin, la veille de l’Aïd, nous retrouvons dans l’oasis Wejdi Hamed, superviseur des travaux engagés par l’Association. Deux hommes descendent de leur camion pour donner à manger aux moutons. Au pied des grands palmiers chargés de leurs fruits, Hamed nous parle de l’appel d’offres prévu pour la semaine prochaine. Il compte sur les douze milles habitants de Jemna, solidaires avec l’Association. « Si les autorités viennent, on va faire une autre révolution » , conclue-t-il.

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