Il serait difficile de désamorcer la contraction de Li(f/v)e. En prendre plutôt prétexte le serait moins. Et le moins que ce film de montage puisse offrir à Ismaël, cinéaste jouant au vidéaste traversant, c’est de prendre faits et événements par leurs contre-allées. La traversée sous le signe de laquelle s’inscrirait volontiers la démarche de création d’Ismaël, n’est pas seulement une traversée du présent. Complicité clandestine entre les espaces et les temps, c’est aussi une traversée fantasmée des frontières. Peut-être s’agit-il, soufflées sur les écrans et les dispositifs de vision, de migrations à contre-courant, réinjectant dans les flux du visuel ce dont le sensible s’est fait déposséder. Mais à ces bougés feront écho d’autres traversées, de genres et de médiums, de la vidéo à la photo, où se tricotent l’intime et le politique en leurs fractures. Et de différents régimes d’images aussi, agitées en leurs souches par les remous du doc comme de la fiction. Les images d’Ismaël procèdent souvent d’un montage qui procède d’elles, sans qu’on puisse les différencier. Et ce dans une démarche très tôt décidée, qui doit presque tout aux décrochages du voir.