La cheffe du gouvernement Najla Bouden à la COP 27. Charm el-Cheikh, 8 novembre 2022. Crédit : Présidence du gouvernement

Le monde a commencé à parler des changements climatiques depuis plus de trois décennies. La Convention des Nations unies sur les changements climatiques, signée à la Conférence de Rio de Janeiro en 1992, l’atteste. Le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC, IPCC en anglais ; Intergovernmental Panel on Climate Change), a été créé en 1988. Il est formé de scientifiques et de représentants des Etats (195 membres en 2021) et publie des rapports périodiques sur l’état du climat de la planète (six rapports produits dont le dernier en 2021). Son rôle est de mieux comprendre les risques liés au réchauffement climatique d’origine humaine.

Les changements climatiques sont incontestablement un fait. Ils sont démontrés par l’augmentation des températures enregistrées par les stations météo. Dans l’histoire de la terre, des changements de température ont été enregistrés lors du passage d’une ère géologique à une autre. Mais ils ont jusqu’ici duré suffisamment longtemps pour finir par se stabiliser. Or les changements climatiques actuels sont le résultat des activités humaines, raison pour laquelle certains géographes qualifient notre période «d’anthropocène». Ces changements sont d’une telle rapidité que les espèces ne disposent pas du temps suffisant pour évoluer et s’adapter aux nouvelles conditions.

Les scénarios d’évolution du climat, basés sur les émissions de gaz à effet de serre ont été modifiés dans le sixième rapport d’évaluation du GIEC sur le réchauffement climatique. On parle désormais de « trajectoires socio-économiques partagées » (ou « Shared Socioeconomic Pathways, SSP » en anglais). Ces scénarios associent les différentes politiques climatiques avec les émissions de gaz à effet de serre. Cinq scénarios sont envisagés : SSP1 (durabilité), SSP2, SSP3, SSP4 (inégalités) et SSP5 (développement alimenté par les combustibles fossiles).

Trajectoires socio-économiques partagées en fonction des émissions des gaz à effet de serre (source : Wikipedia)

Causes des changements climatiques

A l’échelle globale, la hausse de la température a commencé dès l’avènement de la révolution industrielle. Elle est liée à l’utilisation des combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz) qui augmentent la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Le principal gaz responsable de l’augmentation de la température est le gaz carbonique (CO2), mais d’autres gaz réchauffants contribuent aussi à la hausse des températures. C’est le cas par exemple du méthane (CH4) issu notamment de l’élevage…

Comme les gaz émis dans l’atmosphère ne restent pas sur place, mais sont déplacés par les courants atmosphériques, les changements climatiques peuvent se manifester loin des lieux d’émission des gaz à effet de serre. Or les pays industrialisés sont les principaux émetteurs de gaz. La concentration atmosphérique de CO2 est passée de la valeur pré-industrielle de 280 à 417 ppm actuellement (valeur de 2021). Le secteur de l’énergie est celui qui dégage le plus de gaz à effet de serre. La déforestation, surtout des forêts tropicales (Amazonie, bassin du Congo et Indonésie) est la seconde cause d’émission de gaz à effet de serre.

Les puits de carbone sont des réservoirs qui stockent le carbone atmosphérique. Les océans, les forêts (photosynthèse), les tourbières, constituent les principaux puits de carbone.

 

Manifestations des changements climatiques

 

Le changement climatique est un phénomène qui affecte tous les aspects de la vie sur terre. Il ne se manifeste pas de la même manière sur tous les points du globe. La Méditerranée constitue cependant une des régions les plus affectées par les changements climatiques (point chaud, ou « hotspot »). Pour l’espace méditerranéen, les changements climatiques se manifestent par :

  • Une hausse des températures et une baisse des précipitations. La réduction des précipitations peut atteindre –40 % au sud de la Méditerranée et la hausse des températures terrestres peut dépasser les 4 °C en été.
  • Un accroissement de la fréquence des phénomènes climatiques extrêmes (vagues de chaleur, inondations instantanées ; « flash floods »). On parle de canicule lorsque la température ne descend pas au-dessous de 30 degrés en 24 heures. Les inondations instantanées ont lieu lorsque d’importants volumes d’eau tombent en en peu de temps.
  • Une augmentation du risque d’incendies de forêts, des superficies incendiées et un allongement de la saison des feux.
  • Une diminution de la disponibilité de l’eau pour la consommation humaine et pour les activités nécessitant le recours à l’eau.
Ressources annuelles d’eaux renouvelables autour de la Méditerranée. Remarquer que l’Afrique du Nord se trouve en situation de stress hydrique (Cramer et al., 2018)
  • Un changement des aires de distribution des espèces et l’augmentation des taux d’extinction de celles exigeantes en froid.
  • Un accroissement de la température de la surface de l’eau de mer (Méditerranée) et une augmentation de la salinité de la surface de l’eau.
  • Une hausse du niveau de la mer pouvant dépasser plus d’un mètre en 2100…

 

Conséquences des changements climatiques

 

Les conséquences des manifestations évoquées plus haut sont multiples et affectent toutes les activités humaines. Parmi elles, nous citons :

  • Une intensification de la compétition pour l’eau entre les différents secteurs d’activités humaines (domestique, agricole, industrielle, touristique…),
  • Diminution de la diversité des espèces en Méditerranée,
  • Exacerbation du sirocco,
  • Diminution de la production de plusieurs cultures (céréales, olives, tomates…). Les plantes dont la floraison a besoin de froid pour se produire (olivier, amandier, pistachier) risquent de ne pas pouvoir fleurir et fructifier,
  • Augmentation, en Méditerranée, du nombre d’espèces marines exotiques (originaires de la Mer Rouge et entrées par le Canal de Suez),
  • Détérioration de la qualité des eaux douces,
  • Aggravation des conflits sociaux pouvant inciter à des migrations, à cause de la sécheresse et des changements des services écosystémiques, notamment des habitants des zones rurales,
  • Extension de la désertification,
  • Diminution des revenus des populations affectées par les changements climatiques,
Projection (2050) des impacts économiques des changements climatiques de part le monde. Remarquer la position de notre région (World Bank, 2017)
  • Un risque d’émergence de nouvelles maladies et d’extension de certaines autres (chikungunya (maladie virale transmise par le moustique tigre, d’origine asiatique), leishmaniose cutanée, maladie du virus de l’ouest du Nil…). D’autres types de maladies peuvent également se développer, en conséquence des tempêtes de poussière d’origine saharienne. Celles-ci sont susceptibles de provoquer des problèmes respiratoires (comme l’asthme, les pneumonies, la silicose)…
  • Risque d’extension de Xylella fastidiosa, une bactérie qui affecte les oliveraies et qui est déjà présente au nord de la Méditerranée. Cette situation est aussi valable pour d’autres espèces exotiques et invasives pouvant avoir un impact négatif sur les activités agricoles et le fonctionnement des écosystèmes,
  • Impact négatif sur la survie des personnes âgées et des enfants de moins de 14 ans, suite à l’augmentation des chaleurs estivales.

Conclusion

Les groupes sociaux marginalisés et défavorisés sont les plus vulnérables aux extrêmes climatiques et aux différentes conséquences des changements climatiques (vagues de chaleur, inondations). Ces couches sociales, ainsi que les habitants des zones rurales, verront leurs conditions de vie se détériorer et certains se verront contraints à la migration (migrations climatiques), comme on le voit déjà dans certains pays situés au sud du Sahara.

En réaction, les agriculteurs augmentent leur consommation d’eau. Or ce genre de réponse ne résout évidemment par le problème de l’accroissement des températures. Non seulement il est inefficace, mais il amplifie la pression sur une ressource de plus en plus rare.

Différentes formes d’adaptation aux changements climatiques ont été développées par les populations vivant dans des zones marquées par le manque d’eau et la chaleur. Certaines d’entre elles  ont même émergé ces dernières années. Nous présenterons dans un prochain article des formes d’adaptation appropriées pouvant être adoptées pour notre situation en Tunisie.

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