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Capture d’écran : spot promotionnel de la « rencontre exceptionnelle » sur de NessmaTv avec son patron Nabil Karoui.

Dès le spot promotionnel, l’émission, dont la diffusion est prévue demain soir à partir de 21h, affiche la couleur. A travers cette « rencontre exceptionnelle » sur sa propre chaîne, Nabil Karoui, patron de Nessma, vient bafouer la loi et défier la Haute Autorité Indépendante pour la Communication Audiovisuelle (HAICA), une instance constitutionnelle.

 

« Mon parcours dans la politique se poursuivra. L’objectif est de sauver la Tunisie de la crise actuelle »… Même si elle en a tout l’air, cette réplique avant-coureuse n’est pas celle de l’un de ces politiques qui ont perdu aux élections et qui affirment leur volonté de persister. C’est plutôt une déclaration de Nabil Karoui, extraite de son interview qui sera retransmis dans la soirée.

Le patron de Nessma y assume totalement sa casquette d’acteur politique de premier plan défiant ainsi la HAICA. En effet, les cahiers des charges (Article 9) élaborés par cette instance de régulation interdisent aux responsables des partis politiques de bénéficier d’une licence de média audiovisuel. Nabil Karoui n’en a pas obtenu une. Après des campagnes de désinformation contre la HAICA menées sur sa propre chaîne, il a fini, aux termes d’une crise aigüe qui l’a opposé au régulateur, par signer, en octobre 2014, un engagement sur l’honneur attestant de la conformité de sa candidature à l’article 9 du cahier des charges. Un dénouement facilité par une médiation de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT).

Un engagement manifestement trahi puisque l’aile dissidente de Nidaa Tounes a revendiqué, à l’issue de son controversé conseil national du 14 mars, l’intégration de Nabil Karoui comme membre du comité constitutif du parti. Et ce, en présence de lui-même. Pour l’occasion, Le patron de Nessma donnera même des déclarations partisanes au micro de sa propre chaine. De quoi faire réagir la HAICA qui a annoncé, dans un communiqué publié le 16 mars dernier, l’ouverture d’une enquête au sujet des affiliations politiques de Nabil Karoui. Et voilà que ce publicitaire, converti à la politique, vient défier cette instance constitutionnelle en évoquant «son rôle dans la création de Nida Tounes».

Le timing lui est favorable. Le nombre des sièges vacants au conseil de la HAICA est monté à quatre suite à la démission de deux de ses membres le 27 avril dernier. Faute de quorum, cette institution se retrouve incapable d’émettre la moindre décision. Elle est aujourd’hui totalement impuissante. Exit donc la régulation. Place à la loi de la jungle, celle de Karoui et de ses amis. Les défenseurs de la restauration du « prestige de l’Etat » peuvent se rhabiller. Leur ancien communicateur en chef s’acharne à saper les institutions constitutionnelles et leur autorité.