S’il fait exception aux chroniques de désunions à la vapeur sociale, Noura rêve ne se creuse qu’en apparence une niche à part. Sans doute tire-t-il sa franche justesse d’un scénario et d’une mise en scène qui se tiennent la main pour ne pas se laisser s’attiédir. Noura est une blanchisseuse, qui élève seule ses enfants. Le film met son rêve si près d’elle qu’il s’ouvre, sans crier gare, sur son sourire en très gros plan, téléphone à l’oreille : au bout du fil, son amant. La tournure qu’a prise l’histoire est la tentative d’éloigner au maximum ce rêve, à la manière d’un élastique tendu à l’extrême. Hind Boujemaa pose un principe d’équivalence entre le cadre et le sujet, sans prendre garde d’afficher une lucidité qui s’avère contrefaite, car plus soucieuse de jouer la carte d’un naturalisme social sans fioritures que d’interroger où se situe le curseur du propos.