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Dans la Tunisie post révolution, l’heure des comptes a sonné. Le peuple tunisien semble déterminé à mettre en lumière l’ensemble des biens spoliés par la famille Ben Ali, Trabelsi, ces alliés et ces associés.

Ainsi, les frères, sœurs, beaux-frères et gendres du dictateur déchu et de son épouse Leila Trabelsi, sont sur la ligne de mir de la justice.

L’union européenne et la Suisse ont gelé les avoirs de 46 proches du clan Ben Ali/ Trabelsi, en plus de ceux de l’ancien couple présidentiel. La commission nationale d’établissement des faits sur les affaires de corruption et de malversation a reçu, à ce jour, plus de 800 dossiers relatifs notamment aux questions financières, fiscales, douanières, foncières et administratives et procédé à l’étude préliminaire de plusieurs de ces dossiers.

D’autre part, 48 passeports diplomatiques ont été annulés dont ceux de l’ex-président et de son épouse. Sur le territoire national, 33 membres de la famille dont Imed Trabelsi, neveu de Leila ont été arrêtés. Certains ont déjà comparu devant le juge d’instruction au tribunal de première instance de Tunis. Aussi, l’administration chargée du contentieux de l’État a saisi la justice de 14 affaires en référé contre des proches. Les filles de Ben Ali, issues de son premier mariage ont étés privés de leur passeport et sont dans l’impossibilité de quitter le pays.

Pourtant, à ce jour, Marouane Mabrouk, gendre de Ben Ali, ne semble pas inquiet outre mesure de ce bouillonnement judiciaire. Toujours en liberté, il clame haut et fort qu’il n’a “rien à se reprocher” et qu’on peut être gendre de Ben Ali sans faire partie du clan.

Marouane Mabrouk ne veut surtout pas continuer à être assimilé à son tyran de beau-père qu’il a pourtant soutenu jusqu’au dernier jour en lui fournissant le conseiller Hakim El Karoui, membre de son conseil d’administration. Aidé par l’agence de communication française Vae Solis, une des plus grosse fortune de Tunisie ne cesse de clamer haut et fort depuis le 14 janvier 2011 que sa famille était dans les affaires avant l’accession au pouvoir de Ben Ali et que l’empire de la fratrie Mabrouk se serait développé sans l’aide de la belle famille du petit dernier.

Marouane Mabrouk semble extrêmement pressé d’effacer de la mémoire du peuple tunisien les liens intimes qu’il entretient avec le président déchu depuis 1996. Il ne manque d’ailleurs pas d’affirmer qu’il désir divorcer de son épouse Cyrine, fille de Ben Ali, depuis un an mais qu’il s’est heurté au refus de Ben Ali. La famille Mabrouk, à la tête d’un groupe avec plus de 12000 emplois directs et près de 895 millions d’euros de chiffre d’affaires refuse d’être associée au naufrage des Ben Ali.

Cependant, personne n’ignore l’enrichissement par alliance des Mabrouk. Quand Ben Ali a pris le pouvoir en 1987 et jusqu’au mariage avec Cyrine, les Mabrouk ne possédaient qu’une modeste biscuiterie et une affaire de promotion immobilière. C’était une famille bourgeoise comme des milliers d’autres. Les spoliations ont commencé dés le mariage avec Cyrine. C’est la famille qui a le plus profité du système depuis 1997 (en Volume). Ils sont devenus Ex-nihilo Premier distributeur (Monoprix, Géant), Premier Banquier (Biat) etc … Plus de 90% de leurs fortunes actuelles provient du dictateur déchu et 100% de leurs acquisitions le sont dans des secteurs réglementés nécessitant donc des licences (Automobiles, Banque, Distribution, Télécoms).

Entrons dans les détails :

Banque : La prise de contrôle de la BIAT a été opérée d’une façon complètement opaque par une famille proche du pouvoir. Les frères Mabrouk ont opéré une prise de contrôle musclée de ladite banque, l’un des fleurons du secteur bancaire tunisien. La famille Mabrouk, qui était déjà fortunée sous l’ancien régime, et même avant l’Indépendance, s’est toujours assuré des liens privilégiés avec le pouvoir en place. Elle possède aujourd’hui un empire commercial et financier qui a été bâti, depuis l’union avec les Ben Ali, sur des passe-droits et des coups de pouce «venus d’en haut».

Automobile : La Société Le Moteur, l’un des fleurons de l’État, propriétaire des représentations Mercedes et Fiat (pour ne citer qu’eux) a été privatisée dans des conditions très obscures au bénéfice des Mabrouk. La décision de privatisation a été suivie par la mise à l’écart du Secrétaire d’État à la privatisation à cause du fait qu’il ait défendu un prix de cession beaucoup plus élevé que celui consenti.

Grande distribution : La grande distribution n’a pas été épargné par les tentacules des Mabrouk qui ont obtenue une licence pour Géant et Monoprix

Télécommunication : La licence du troisième opérateur téléphonique Orange Tunisie a été accordée à la fille du président déchu, Cyrine Ben Ali épouse Mabrouk qui est également le principal fournisseur d’accès Internet du pays à travers Planet Tunisie.

Orange Tunisie, dont Marouane Mabrouk possède 51%, a acquis la license mobile 2G + 3G + Internet +Fixe + International pour seulement 130 millions d’euros dans un appel d’offre notoirement truqué ou certains dossiers ont été jugés irrecevables pour des motifs fallacieux. Hors, le cout de la licence est estimée par les autorités à 550 millions d’euros sur la base du prix de vente de la Licence mobile 2G à Tunisiana et du prix de vente des 35% de Tunisie Télécom à Dubai Investment Group. En effet, Tunisiana a payé 280 millions d’euros (plus de 2 fois plus qu’Orange Tunisie) pour la licence 2G (sans 3G, ni Internet, ni Fixe, ni international). Quand aux 35% de Tunisie Télécom, ils ont été vendus à 1800 millions d’euros. Pourtant, cette entreprise publique est plombée par 8000 employés. l’État sciant la branche sur laquelle il était assis fais subir à Tunisie Telecom des pertes considérables due au nouveau concurrent qui bénéficierait, en plus, de tarifs préférentiels.

C’est sans compter la main basse sur le café le plus prestigieux de la Marsa, du Cinéma de la corniche et même d’une rue pour en faire un blockhaus bouchant la vue sur mer à tous les riverains et les puristes de la Marsa qui n’ont cessé de maudire cette verrue de béton qu’est le Zephyr.

Aujourd’hui, Marwan Mabrouk semble jouir d’une certaine immunité puisque l’homme d’affaire est toujours en Tunisie et, mis à part avoir troqué sa Lamborghini avec une petite citadine, poursuit ses activités habituelles sans être dérangé. Serait il protégé ? Les Mabrouk tireraient ils certaines ficelles du pouvoir ? Ces questionnements sont légitimes quand on sait que Hakim El Karoui, ami de Marouane Mabrouk qui a conseillé ZABA dans la gestion de la crise est administrateur chez Orange Tunisie (dont M. Mabrouk est le président) et a conseillé Mohamed Ghannouchi dans le choix des ministres du gouvernement de transition. Ainsi, Hakim El Karoui aurait proposé Mehdi Houas (patron de Talan qui a mis en place le système d’Orange Tunisie) est au commerce et au Tourisme, Jaloul Ayed, ancien banquier, est à la Finance, Yassine Brahim, au Transport et Equipement et Elyes Jouini aux reformes économiques et sociales. Tous ces anciens Atugiens à l’instar de H. El Karoui sont aujourd’hui ministres à la tête des ministères chargés des secteurs de prédilection du clan Mabrouk.

Les médias tunisiens semblent protéger la famille Mabrouk surement du fait de la manne publicitaire que celle ci représente (1er annonceur du pays). Les médias libres doivent jouer leur rôle d’investigation indépendante et mettre la lumière sur les frasques des gendres présidentiels issues du premier mariage qui profitent de cette rivalité d’avec le clan Trabelsi pour se laver de tout soupçon. Justice doit être faite et personne ne doit rester impuni.

Anon TN