Il est des moments dans la vie des peuples qui, de par leur importance et leur aspect décisif, restent gravés dans les mémoires pour plusieurs générations. Le 24 Juillet 2011 sera probablement de ceux-là pour la Tunisie, pays relativement petit par sa taille et par ses ressources matérielles, mais ô combien grand par son Peuple (qui l’a prouvé au monde entier un certain 14 janvier) et par son Histoire trois fois millénaire.

Le 24 Juillet 2011, probablement pour la toute première fois de notre histoire en tant que Tunisiens, nous participerons à des élections libres et transparentes pour élire nos représentants. Au-delà de l’évènement qui en lui-même porte une signification et une portée particulières, nous devons garder à l’esprit que la Constitution qui en émanera sera le contrat social autour duquel s’uniront plusieurs générations de Tunisiens, ce qui façonnera l’avenir du pays et son évolution pour quelques décennies au bas mot. Il s’agit donc d’un véritable acte fondateur, d’une véritable renaissance pour tout un pays qui est assoiffé de liberté et de démocratie participative…Bien que la période que nous traversons soit assez délicate et les inquiétudes concernant la sécurite et l’économie souvent justifiées (et parfois exagérées ou manipulées à dessein), il faut garder à l’esprit que pour la première fois, après des siècles de tyrannie, de pensée unique, de répression et de pouvoir personnel, nous voyons se profiler la naissance d’une nouvelle Tunisie où le verbe ‘décider’ se conjugue enfin au pluriel et non plus au singulier. Une Tunisie où les gouvernants, quels au’ils soient, devront enfin apprendre à composer avec l’opinion publique. L’enjeu est crucial, l’espoir immense et le chemin long et tortueux…On nous a souvent parlé ces derniers temps de l’importance de soutenir l’économie nationale en consommant des produits tunisiens ou en favorisant le tourisme local…Bien évidemment, cet effort est un devoir national en ces temps difficiles et c’est un comportement que nous nous devons non seulement de pratiquer par nous-mêmes mais aussi de promouvoir auprès de nos proches, de nos familles et de nos amis. Ceci étant, il ne faut pas passer à côté d’un autre devoir dont nous devons tous nous acquitter vis-à-vis de notre Patrie : Voter…Cela semble tellement évident qu’on a parfois tendance à l’oublier. Au-delà de nos clivages politiques, sociaux et idéologiques, il est fondamental, pour que cette transition vers la démocratie réussisse, que le taux d’abstention soit le plus faible possible. Ne perdons pas de vue que nous, Tunisiens, avons ouvert la voie, de la plus belle des manières, à l’ensemble des pays arabes pour s’émanciper du joug de la dictature et de l’oppression…pour s’élever contre l’arbitraire et recouvrer la dignité longtemps bafouée…Aujourd’hui, tous les regards sont braqués sur nous et sur la Tunisie …Nous devons aussi assumer nos reponsabilités envers l’Histoire, envers les générations futures en leur léguant un pays libre et démocratique et envers le monde arabe, que certains voyaient condamné à choisir entre le despostisme et le chaos, et qui est en train de prouver le contraire. .

Le destin de la Tunisie est d’être un pays précurseur dans le monde arabo-musulman en matière de progrès et de réforme, et cela ne date pas d’hier, depuis Kheireddine et même avant. Ce n’est certainement pas le fruit du hasard que nous soyons le premier pays de la région à avoir aboli l’esclavage, à avoir adopté une constitution moderne, à avoir travaillé sur le statut et les droits de la femme et à avoir généralisé l’enseignement obligatoire et gratuit…Tout cela met sur nos épaules une responsabilité lourde et historique, celle de voter pour faire réussir la transition. Le mot république lui-même trouve son origine dans le latin Res Publica et signifie chose publique…Nous avons laissé cette chose publique à d’autres pendant de longs siècles obscurs ou le peuple a été infantilisé et exclu, aujourd’hui cela ne doit plus être possible. Nous voulons devenir citoyens à part entière et prendre en main notre propre destin.

Le moment est historique, ne ratons pas le coche. Le 24, je vote donc je suis !!!