En préambule je vous prie de m’excuser, j’écris dans l’urgence. Vous n’êtes pas à l’abris des coquilles, fautes d’orthographes, morceaux manquants…

#Botzaris36 ? De quoi s’agit-il ?

Pour ceux qui n’ont pas suivi, il s’agit à l’origine d’un « tag » Twitter qui permet de suivre l’actualité de l’occupation par les réfugiés tunisiens dits « de Lampedusa » d’un bâtiment situé à Paris 19e, 36 rue botzaris.

Ce bâtiment possède une charge symbolique forte car sous couvert d’avoir été le siège de l’association “Rassemblement des Tunisien de France” il s’agissait en fait du siège français du parti de Ben Ali le RCD, aujourd’hui dissous.

Il est réputé avoir été le lieu où étaient stockés les dossiers compromettants sur les dirigeants français afin de pouvoir exercer sur eux des pressions si nécessaire ; c’est de l’ordre de la rumeur car aucune preuve matérielle mais une rumeur très répandue en France et en Tunisie. Il est également réputé avoir peut-être été un lieu de torture : certaines personnes rencontrées cette semaine aux abords du bâtiment disent avoir été effectivement victime de tortures au 36 rue Botzaris. Ce sont des suppositions, certes, mais elles existent de longue date et sont partagées par beaucoup de monde ce qui laisse penser qu’elle sont au moins partiellement vraies.

En revanche on peut affirmer que le bâtiment est rempli de documents sur le RCD, ses adhérents, sa comptabilité, etc.

Ce bâtiment ne bénéficie d’aucun statut particulier, ce n’est ni un consulat ni une ambassade. En revanche il est la propriété de l’État tunisien, et à ce titre la police française ne peut légalement pénétrer dans ce lieu qu’avec l’accord de la Tunisie, en l’occurrence par la voix de l’ambassade de Tunisie en France.

Enfin basiquement ce sont des gardiens qui gèrent le lieu. Ils sont là depuis longtemps, depuis l’ancien régime.

L’Ambassade de Tunisie en France ?

L’ambassade supposée représenter l’État Tunisien en France ne remplit absolument pas cette fonction. En tous les cas pas sur le plan politique. Le dernier ambassadeur datant de l’ancien régime a été tardivement limogé, le 15 mars 2011, soit trois mois après la fuite de Ben Ali.

Depuis aucun ambassadeur n’a été nommé à sa place. Sans doute parce qu’il est difficile de trouver quelqu’un qui fasse le consensus et ne soit pas soupçonnable de travailler pour le RCD en sous main. Mais de fait, l’ambassadeur parti son équipe est toujours en place et les fonctionnaires qui font tourner l’Ambassade sont probablement d’ancien membres du RCD aussi. Et ce sont ces fonctionnaires qui prennent les décisions impliquant le bâtiment du 36 rue Botzaris depuis une semaine lorsque a débuté son occupation par les réfugiés.

On peut légitimement douter que les décisions prises par l’ambassade soient motivées ni par l’intérêt du nouveau régime tunisien ni par l’intérêt des réfugiés et du peuple tunisien libéré.

Que s’est il donc passé ?

Je ne vais pas remettre les dates car je ne les ai pas noté, et ce n’est pas le sens de ce billet de reconstituer les faits avec une exactitude millimétrique.

Aussitôt l’occupation démarrée le 31 mai, un impressionnant arsenal policier entoure le bâtiment. A force de gazage et d’intimidation (le préfet sur place dit posséder l’autorisation de l’ambassade pour évacuer, mais ne peut la présenter), la police parvient à faire sortir la moitié des occupants, reste un groupe de 17 qui vont s’organiser. Finalement la police quitte les lieux ne laissant visible qu’une voiture avec deux agents. Au bout de 24 heures cette voiture disparaît elle aussi. A ce moment-là on peut croire que le squat est protégé par l’ambassade. Les occupants s’engagent tacitement à n’occuper qu’une partie du bâtiment et de ne pas accéder aux étages “interdits”.

Après deux ou trois jours on assiste à une opération d’exfiltration par la police française et avec l’aide des gardiens : policiers en uniformes et agents en civils se postent à l’entrée coté jardin (celle que les occupants n’utilisent pas) et les gardiens leur remettent des sacs et au moins une mallette. Les policiers repartent. Il y a des témoins oculaires de la scène dont un vidéaste.

On commence donc à s’agiter autour des documents que le bâtiment renferme.

En début de cette semaine le bâtiment accueille une deuxième vague de réfugiés qui occupent alors les caves. Des bagarres éclatent. On ne suit plus très bien ce qui se passe. Il s’avère que les étages interdits sont ouverts. Des photos de documents, des vidéos, sont diffusées en ligne. On observe alors l’interruption du réseau de téléphonie mobile aux abords du bâtiment. Le soir-même, la police intervient et évacue le bâtiment sur ordre de l’Ambassade.

Tout le monde est embarqué au commissariat, et revient sur les lieux quelques heures plus tard : le bâtiment est de nouveau occupé.

Mais ce n’est plus la bonne entente du début. Il semble que certains réfugiés agissent pour le compte d’entités extérieures. Sont refoulées un certain nombre de personnes dont celles qui sont en soutien actif depuis le début. Apparaissent alors deux “vieux tunisiens” qui rôdent ouvertement aux abords du bâtiment. Les jeunes réfugiés les entourent. On peut penser qu’ils ont fait un putsch sur le squat, probablement avec un peu d’argent ce qui ne peut évidemment pas laisser insensible des jeunes gens qui sont dans la misère à Paris depuis plusieurs mois.

Mais quels sont les enjeux ?

Je vais faire simple : la Tunisie a renversé un régime dictatorial. Avant de s’effondrer ce régime à détruit ses archives, il n’y a plus de trace écrite, la Tunisie doit se reconstruire sans pouvoir accéder à son passé immédiat.

Le bâtiment du 36 rue Botzaris est l’un des derniers endroits recelant des archives de l’ancien régime tunisien. Les évènements de ces jours-ci ont probablement permis à ceux qui en avait intérêt de faire disparaître un certain nombre de pièces compromettantes. Le fait que les jeunes Tunisiens soient maintenant sous l’emprise de probables anciens membres du RCD laisse penser que la suite des pièces va disparaître.

Il est * * * * * * U R G E N T * * * * * * que le peuple libre de Tunisie reprenne la main!

Notamment en reprenant le contrôle de l’ambassade. Il faut nommer un ambassadeur dan sla journée. Quelqu’un qui ne laisse aucune prise au RCD même s’il n’a pas de formation diplomatique. A l’heure où j’écris c’est le “vieux Kamel”, le barbu, qui a pris la main et négocie aussi bien avec l’ambassade qu’avec la préfecture de police française. Je répète il y a URGENCE.

Par ailleurs On peut imaginer une procédure juridique (là je n’y connais rien du tout) qui mette le bâtiment sous scellés le temps que la Tunisie organise en transparence et avec tout le contrôle nécessaire le dépouillement des documents restant dans les lieux. J’aimerais en profiter pour dire aussi à ceux qui ont récupéré des documents de ne pas les diffuser sans savoir précisément de quoi il s’agit. Rien ne sert d’exposer des identités à la vindicte populaire.

voilà. Je crois que cela répond au moins en partie à la question : Pourquoi les tunisiens doivent sauver #botzaris36 ?

Par Leclown, Politiko