Ce matin, un internaute pensant m’insulter, m’a taclée de féministe enragée, même si je ne me suis jamais prévalue de cette étiquette et que même au sein de la constituante  j’ai toujours été contre la parité  qui  n’était autre qu’une forme de discrimination positive.J’étais selon lui féministe, parce que j’ai dénoncé le fait que des fanatiques aient brûlé le siège de Charlie Hebdo et que cela allait être du pain béni pour le front national. ( Cherchez le rapport!!)

Cependant, à la suite du sittin à la Kasba aujourd’hui et du meeting du Forum universitaire tunisien et vu le nombre important de femmes qui ont répondu présentes et les quelques hommes qui se sont portés solidaires, je me suis sérieusement demandé: Le combat pour les libertés est-il  une affaires de bonnes femmes ?

Il n’aurait pas fallu une semaine après le résultat des élections, pour qu’une minorité très visible d’extrémistes se mette en tête de chasser la sorcière. La chasse aux sorcières ne date pas d’aujourd’hui malheureusement…les inquisiteurs chrétiens dès le XVe siècle ont bien compris le danger que représentait cette sale race, zere3et ibliss…Si les inquisiteurs ont pris le parti de brûler vives toutes celles sur qui se posaient leurs soupçons de sorcellerie, les musulmans  héritant d’une tradition juive inspirée plus tard par Saint Paul ( converti au christianisme mais fortement emprunt de tradition judaïque) ont préféré lui couvrir la tête pour se protéger d’une chevelure qui réveillerait en eux, des fantasmes, pas très catholiques, si j’osais dire. Les intégristes (qui  exportent leur savoir faire national  au travers d’une véritable colonisation culturelle en Tunisie et ailleurs) iront plus loin, puisque son visage même était devenu 3awra et son corps une exigence privée que seuls les mâles, pères ou maris, avaient le droit de contempler. Ils cachaient leurs femelles, comme  d’autres  cacheraient leurs crimes. Le visage de la femme était devenu le visage de la honte, celui d’une faute qu’il fallait occulter aux yeux de tous, car le mal qui habitait cette race nécessaire, était contagieux, il passait par les yeux, il traversait la peau, s’infiltrait par les narines et ressortait par la  bouche… Dieu qui a sans doute fauté en la créant,  s’est rattrapé en créant les hommes, de race supérieure avec pour mission divine de dresser cette race farouche et indomptable. Il  donna  à ses militants la force et paraît-il un cerveau plus grand. La mission des mâles étaient donc de servir Dieu et de soumettre la femme. Si Dieu était une femme cela aurait été peut être différent. Mais les prophètes décrétèrent qu’ils conjugueraient la religion, au masculin, détruisant au passage les idoles féminines.  Toutes y passèrent…Ishtar, Isis, Démeter, Vénus, Viraj, Marie, Aisha, Fatima, Habiba, Lina, Jolanare…Seul demeurait le mâle superbe et magnifique : Allah, Dieu, Elohim, Yahvé, Bouddha, Jésus, Moïse, Abraham, Mohamed.

Fort bien doté par la nature, il traversa les civilisations de siècles en siècles mais beaucoup n’évoluèrent guère… les mâles, on les retrouve en Tunisie, sur les bancs des facultés, à se demander comment ils y sont arrivés, dans les métros, dans les marchés, dans les cafés. Ils sont partout tellement ils ont pris le temps de perpétuer la race à fort renfort de religion, qui pour les aider dans leurs desseins divins, leur octroyait le droit de prendre 4 femmes. Quand je vous dis qu’ils sont chargées d’une mission divine…

Est-ce donc cette superbia* (suberbia: orgueil en grec) religieuse qui permet à des étudiants aujourd’hui d’agresser leurs enseignantes  au sein de l’enceinte sacrée que représente l’Université ? Sommes-nous en train de passer aujourd’hui d’un rapport scientifique professeur/étudiant vers un rapport personnel qui se résume en l’appartenance religieuse de chacun et sa classe sociale ? Es-tu jeune étudiant supérieur à moi ton enseignante, parce que tu es plus fort physiquement, et que ta religion prétend détenir une vérité que mon savoir  scientifique tend de plus à plus à récuser ? Ta foi personnelle est –elle plus légitime qu’un enseignement rationnel ?

L’univers du croyant selon Mircea Eliade est un univers hétérogène qui se divise en espace sacré et espace profane. L’espace sacré au sein de la société s’est pendant longtemps borné aux portes de la mosquée ou a été délimité par le tapis de la prière. Aujourd’hui, le sacré contamine l’espace public que ces fanatiques veulent tous transformer en sanctuaire religieux. Je rappelle que si les mosquées sont un espace fermé auquel on ne peut accéder qu’après le cérémonial des ablutions, c’est bien parce que la religion musulmane n’a jamais prétendu exercer son hégémonie en dehors de cet espace clos.  Chacun peut exercer sa religion mais le monde ne peut s’arrêter de tourner et encore moins l’Université tunisienne qui ne doit en aucun cas aujourd’hui céder au chantage exercé par la base d’un électorat populaire et appuyé par le silence complice des dirigeants qui se disent modérés et comble de l’aberration, par un ministre de l’enseignement supérieur si lâche qu’il aurait fait le bonheur de Ben Ali. J’accuse en premier, le Ministre de l’Enseignement Supérieur Monsieur Rafaat Chaabouni, qui n’a pas réagi jusqu’à aujourd’hui, cautionnant par son silence le pourrissement de la situation.

Car oui Monsieur Chaabouni vous êtes un lâche. Vous vivez une époque épique et vous n’avez plus rien d’épique. Vous devriez avoir honte d’être dans la place qui est la votre et ne pas réagir face à la violation répétée du sanctuaire universitaire. Je me demande même comment as-t-on, nous les universitaires, accepté de garder un pion à la tête de notre ministère de tutelle. Votre lâcheté ne date pas d’aujourd’hui, mais dans quelques jours, quand vous ne serez plus entourés de vos gardes du corps ce seront les manuels d’histoires qui garderont votre nom, et eux ne pardonnent pas.

Si beaucoup pensent que le scénario à l’algérienne n’est qu’un mirage parce que le parti islamiste s’est voulu rassurant, démocrate et modéré, il n’y a qu’à voir comment il contrôle sa base pour comprendre la violence et le chaos dans lesquelles le pays sombre. En effet la pression qu’exerce une partie fanatique du peuple tient au fait qu’il s’octroie une légitimité religieuse  exercée par les urnes et confortée par les résultats.  J’accuse de complicité les partis politiques qui n’ont pas CONDAMNE fermement ces agissements ne voulant pas se mettre à dos des susceptibilités populaires.

Les agressions que subissent depuis un certain temps les enseignantes et les étudiantes  de la part d’une minorité de zélés qui  s’octroient la mission divine de purifier la terre tellement ils ont hâte de la quitter pour le paradis, ne devrait pas se cantonner à un combat corporatiste ou sexiste. Celui ou celle qui défend le droit bafoué de la femme tunisienne, ne devrait pas être taclé de féministe mais reconnu comme humaniste. Ce n’est pas le droit des femmes que nous défendons aujourd’hui mais le droit à la dignité humaine quelque soient l’âge, le sexe ou l’appartenance sociale. Ce n’est pas le combat des hommes contre les femmes, mais de l’humanité contre l’obscurantisme féminin et masculin, en effet la marginalisation et l’exclusion émanent  des deux sexes : des femmes qui se croient souillées en étant regardées par un homme qu’elle considèrent dans leur fort inconscient comme un obsédé sexuel, ou des hommes qui se croient souillés en regardant une femme qu’ils considèrent comme un objet sexuel.  Or, force est de constater que cette obsession perverse se trouve avant tout chez celui qui pense la découvrir chez les autres et il n’y a pas plus  dégradant aussi bien pour l’homme ou la femme qu’être victimes de sexisme.

Aujourd’hui ce sont les enseignantes que l’on attaque, les étudiantes que l’on chasse, demain ce sera les programmes que l’on choisira à notre place. Avons- nous combattu une dictature policière pour subir aujourd’hui une dictature religieuse, plus absolue, parce qu’elle ne prétend pas émaner d’un autocrate mais d’une entité théocrate ?

En foulard ou en jupe, laissons la femme  choisir. Sayeb Salha ya 3ammar!

Jolanare.blogspot.com