Dans un manifeste se voulant hors des poncifs habituels dans lesquels l’on se complaît aisément en traitant de la prise en charge de la terrible maladie incurable qu’est l’Alzheimer dont la propagation de par le monde, y compris en Tunisie, ne cesse de progresser, je viens de publier un ouvrage iconoclaste que j’ai osé intituler — quitte à passer pour un hurluberlu — Guérir l’Alzheimer ! et que j’ai voulu comme un manifeste hors poncifs (c’est son sous-titre) le plaçant dans le cadre du droit de tout un chacun à prétendre au bien-être dans un monde de plus en plus égoïste.

Y interpellant la gent de la bienpensance, je lui rappelle la nécessité de la culture des sentiments et les vertus insoupçonnées de la science du coeur pour, à défaut de guérir l’Alzheimer au sens classique et trivial du terme consistant à faire disparaître la maladie, d’en souffrir le moins sinon point et ce au sens véritable dudit terme et qui est bien plus scientifique, étant donné qu’on peut être porteur d’un mal tout en demeurant sain.

Pareillement, aujourd’hui, je souhaiterais interpeller la classe politique et les élites tunisiennes, mais non seulement, en leur criant leur vérité, les rappelant à leur devoir historique, à savoir de ne pas laisser passer le moment privilégié que le peuple tunisien s’est offert, en y sacrifiant ce qu’il avait de plus cher, pour remodeler sur des bases solides son avenir — et indirectement celui d’autres peuples — et jouir enfin de la modernité politique à laquelle il a droit, l’ayant méritée.

Car, si le peuple est sain et le manifeste à sa manière par sa vigueur à réclamer ses droits, quitte à s’en faire une interprétation erronée et à verser dans la violence eu égard à la réaction inappropriée des élites, nationales comme internationales (le rôle de ces dernières ne devant jamais être oublié, s’agissant du sort d’un petit pays dans un monde où l’interdépendance reste le maître mot), tous les acteurs aux postes de responsabilité politique ou administrative intérieure et extérieure semblent accuser le coup des années de dictature, des mauvaises habitudes qu’elle a générées, et développer un mal sournois aux conséquences terribles et ingérables.

La Tunisie est sortie malade des années de dictature!

Aux politiciens toutes tendances confondues se tenant au chevet d’une Tunisie encore malade de ses longues années de léthargie — sinon de mort — politique, les plus habiles et les plus chevronnés parmi eux comme les débutants qui font juste leurs premières armes, j’ai envie de dire : attention! vous êtes atteints d’un Alzheimer politique.

Or, comme la maladie neurodégénérative que je connais parfaitement pour y avoir consacré les meilleurs moments de ma vie, y sacrifiant même une carrière diplomatique, cette affection est inguérissable, sauf à recourir à la recette que je propose dans mon récent essai — et dont convient quiconque la pratique avec coeur et en connaît tous les aspects —, une recette scientifiquement éprouvée, que le sociologue Michel Maffesoli a caractérisée d’une si belle expression : la culture des sentiments.

Rappelons rapidement que la maladie qui porte le nom du neurologue allemand Aloïs Alzheimer est une pathologie entraînant des troubles de la mémoire chez la personne affectée, allant crescendo, une perte de toute autonomie au point de devenir totalement dépendant de l’entourage, une irrésistible évolution passant par des étapes marquées par l’agitation, l’agressivité, outre la perte d’appétit et les hallucinations, jusqu’à l’impotence, l’état grabataire, la perte de parole et la condition végétative finale. Le tout ayant lieu dans une désorientation spatio-temporelle absolue générant la peur de tout contact avec l’environnement, forcément perçu comme étant hostile, d’autant plus que dans les rares moments de reflux de l’agitation qu’on peut avoir en début de maladie, on se rend compte qu’on dépend de cet entourage, que l’on a cruellement besoin de son aide.

En Tunisie, une pareille maladie est déclarée aujourd’hui et il urge de prendre conscience de la situation actuelle tendant à verser dans l’ubuesque afin de parer enfin à l’inéluctable. Qu’y voit-on, en effet? Une classe politique, des élites agissantes et des activistes de tous bords développant les symptômes précités. Des États et des groupes économiques et politiques amis, ou prétendus tels, se voulant les accompagnateurs et les aidants de la malade et qui ne cherchent point son véritable intérêt, lui administrant un traitement classique dont on admet l’inutilité et bien pis! la nocivité, aggravant donc sa situation. Ce faisant, ils n’osent conformer leur intention affichée à la réalité de leur intervention par le recours à la seule solution possible pour ce mal, le langage du coeur, la réponse adaptée aux réelles exigences du peuple.

En termes de perte de mémoire, caractéristique majeure de l’Alzheimer, nous voyons aussi les adeptes de la sécularité faire l’impasse sur tout ce qui fait le fondement de l’identité arabe musulmane du pays, jetant aux oubliettes son héritage civilisationnel marqué par ce que l’islam a pu produire de plus beau au temps où il était bien plus qu’une civilisation, une culture universaliste, un art de vivre, et non seulement ce à quoi on voudrait le réduire aujourd’hui : un banal culte, une religion repliée sur elle-même.

Et ces tenants de la sécularité n’arrivent plus à voir les graves dangers menaçant les spécificités de la personnalité tunisienne, faisant voler en éclats les traits essentiels de son identité sous couvert d’ouverture et d’oecuménisme lorsque même le socle nécessaire à l’expression de la personnalité de base est démoli, sacrifié au nom d’une ouverture qui ne peut être réelle et fructueuse que si elle se fait sur une identité solide et bien identifiée. Ce qui n’est plus le cas du Tunisien, menacé de ne même plus savoir s’exprimer correctement dans sa langue maternelle et partant — ce qui est bien plus grave, forcément — ne plus savoir articuler sa pensée, car une pensée claire à besoin d’une langue maîtrisée.

Or, cette même tendance, même si elle se couvre d’autres atours, se retrouve chez ceux des islamistes les plus extrémistes qui, au nom d’une authenticité a priori louable, rejettent ce qui fait l’originalité tunisienne : son ouverture au monde, cette respiration nécessaire à sa culture pour rayonner. Croyant faire honneur à leur religion, ils la déshonorent, viciant son message humaniste, altérant son image progressiste en la limitant justement à un corpus de règles dont l’esprit intrinsèque, tant qu’elle ne concerne que les rapports humains, est de ne relever que de la raison, la rationalité et l’universalité étant le leitmotiv des exhortations divines aux hommes pour leur vie terrestre.

Ce faisant, ces activistes révèlent pareillement les graves symptômes d’un Alzheimer avancé, cette phase où le malade s’accroche à tout ce qui lui appartient ou lui semble d’une quelconque valeur dans une manie à tout cacher, tout subtiliser au regard des autres supposés vouloir le lui prendre quitte à ce que cela soit des aliments périssables, ne tardant pas à pourrir sans qu’il puisse s’en rendre compte du fait de sa maladie.

Cet Alzheimer est aussi dans les réactions assez généralisées chez l’intelligentsia, ne voyant autour de la Tunisie que des ennemis, des comploteurs cherchant à faire le mal et dont il faut se méfier. Ainsi en est-il des États-Unis dont le rôle fut majeur, comme personne ne saurait plus en douter maintenant, dans l’aboutissement final de la volonté des masses tunisiennes manifestée par son magistral Coup du peuple que la science politique retiendra comme un modèle de changement politique aux moindres frais de la dictature à la démocratie.

Elle est aussi chez ceux qui continuent à se référer aux valeurs d’une Europe en crise, n’osant faire son aggiornamento moral en osant ouvrir ses frontières, même pour une communauté réduite et politiquement mature dans une tentative sérieuse et salutaire de réaliser l’inanité et l’absurdité de sa politique migratoire, agissant comme l’entourage du malade en le laissant gaver de produits chimiques inutiles et toxiques. Ainsi se donnent-ils tous bonne conscience, évitant de s’atteler à la seule tâche ayant un sens pour leur malade, celle de veiller à son bien-être en satisfaisant à son besoin vital de bouger, de déambuler et de s’agiter même, et ce en s’y sacrifiant, y consacrant tout leur temps, s’y investissant pleinement, surtout nerveusement, pour veiller à sa sécurité sans restreindre sa liberté.

Et comme la méfiance entraîne l’agressivité, nous voyons de plus en plus de Tunisiens gagnés par des symptômes d’Alzheimer, s’agiter, devenir agressif, s’attaquant à tout, y compris ce qui est susceptible de leur faire du bien ou aller dans le sens de leurs intérêts dont ils ne savent plus, maladie oblige, se rendre compte, apprécier à sa juste valeur ses moindres manifestations. Et comme on le sait pour l’Alzheimer classique qui fait peser sur l’entourage du malade une charge énorme en stress et en nervosité, pareil comportement des élites rejaillit de plus en plus sur la population pour atteindre l’ensemble des masses qui, à leur tour, entrent en transe nerveuse, en agitation fiévreuse.

La honteuse manoeuvre pornographique qui vient de chercher à déstabiliser le ministre de l’Intérieur illustre à quel point, chez certains, cet Alzheimer politique est entré dans sa phase avancée où le comportement du malade relève désormais de la totale inconscience, devenant surtout dangereux pour lui-même, nécessitant bien plus que de la vigilance de la part de son entourage, une intervention rapide et efficace pour éviter le pire.

Quel traitement pour les séquelles de la maladie de la dictature?

En l’occurrence, quelle serait donc une telle intervention efficace? Quel traitement alternatif développer?

Tout d’abord, pour rebondir sur la récente actualité, cette ignoble descente aux enfers de la pornographie politique et quitte à faire hurler les ayatollahs de la pudibonderie, je dirai qu’il faut saisir cette occasion pour faire tomber tous les tabous reliés au sexe et qui phagocytent les libertés publiques dans notre société en autorisant tous les abus possibles, sans arriver toutefois à étouffer l’élan de liberté privée qui se développe alors informellement, quitte à se faire dans les pires conditions.

Il est temps, enfin, de déclarer la liberté sexuelle comme une liberté fondamentale de l’individu ne devant faire l’objet d’aucune restriction tant qu’elle relève de sa propre sphère privative de liberté, sa vie privée. Dans ce sillage, il faut déclarer la liberté d’accès à l’Internet sans la moindre censure comme étant un droit fondamental du Tunisien, par exemple. C’est ainsi et ainsi seulement que l’on fera faire évoluer notre société vers plus de tolérance en matière sexuelle, par marche forcée s’il le faut, contre nos propres réflexes inhibiteurs et les diktats des pans les plus rétrogrades de la société, qui ne sont pas aussi nombreux que le fait croire leur grande capacité de nuisance.

En effet, l’apparente intolérance vis-à-vis de ce qu’on persiste à tort à nommer déviations n’est, en réalité, qu’un conformisme de façade qui n’a nullement d’assise sociologique solide dans une population demeurant fidèle à sa nature foncièrement hédoniste, même si l’on a tendance à ne pas reconnaître ou feindre de nier cette constante culturelle, anthropologique même. Pourtant, il suffit pour s’en rendre de voir toutes les manifestations informelles allant indirectement à l’encontre de la dictature morale qui prétend se mettre en place, occupant le vide laissé par la dictature politique qui a créé des réflexes et des pratiques dont il n’est pas facile de se débarrasser sans un sincère travail sur soi qui soit constant, soutenu et de longue haleine, trois conditions de base pour tout effort efficace comme on l’enseigne dans les meilleures académies sportives (où la trinité est faite de régularité, durée et intensité).

Par ailleurs, faut-il le rappeler, c’est par effraction, grâce à sa seule volonté indomptable, que le Tunisien de base est entré en modernité politique, mettant devant le fait accompli les puissances du jour, ne leur laissant plus le choix que d’accompagner son élan, sauf à le contrecarrer en y jouant gros leurs précieux intérêts? Aussi, à moins d’une violence inouïe aux conséquences incalculables et ingérables pour tous en termes de dommages, plus rien n’arrêtera l’élan tunisien vers la liberté, synonyme de dignité ! La révolution virtuelle, ce magistral Coup du peuple, est désormais une réalité et ce par la magie de la volonté; sa force est indomptable, car elle repose sur la puissance inépuisable de la pensée.

Partant, tout politique ayant un minimum de sens de l’action politique en terme d’intérêt général, qu’il soit propre à ses concitoyens ou plus large s’étendant aux citoyens du village planétaire qu’est désormais notre monde, doit tenir compte de cette réalité nouvelle et aller en son sens ou, mieux encore, en anticiper l’occurrence. Et cela ne concerne pas que le politique tunisien! cela implique aussi et surtout ses partenaires occidentaux. C’est ce qu’ont fait et font activement les États-Unis, bien que se limitant encore (comme de bien entendu !) à leurs intérêts immédiats; et c’est ce que n’a pas fait l’Europe — et a fortiori la France — en n’ayant toujours en vue que leurs intérêts égoïstes, faisant fi d’atouts non négligeables pour revenir spectaculairement dans ce qu’ils croyaient être pour toujours une chasse gardée pour eux, où ils sont en passe de perdre pied définitivement.

Aux uns et aux autres, je dirai donc ici que leur devoir ainsi que leur intérêt immédiat et surtout médiat (et le nombre des années ne compte pas dans la vie des États et des peuples) est d’aider la Tunisie au-delà de leur vision nationaliste de la politique, car alors elle reste politicienne. Ils doivent s’employer sérieusement à concourir pour faire relever durablement la fragile modernité tunisienne d’un espace vaste et réel de démocratie situé en Méditerranée et s’étendant ailleurs, en Afrique et en Asie du fait des attaches arabes et islamiques de la Tunisie. En effet, comme aimait à le dire Bourguiba, même s’il pensait bien plus à sa propre personne, si la Tunisie est un pays petit par la taille, il est grand par le rayonnement grâce à la matière grise vivace dans le plus humble de ses citoyens.

Et même si cela devait leur sembler irréaliste et relever de la folie au vu de la doxa figeant leur mentalité actuelle, les amis supposés de la Tunisie, Américains y compris, doivent fatalement commencer par l’ouverture de leurs frontières aux Tunisiens et s’employer sérieusement à encourager leurs investisseurs à s’installer en masse dans un pays où tout sera finalement propice à la plus éclatante des réussites économiques dès que les masses populaires, réalisant que l’on ne se joue plus de leurs exigences, se seront remises au travail pour réussir leur rêve devenu réalité d’atteindre à la modernité politique comme un droit intangible ouvert à tout peuple. Alors, en cela comme en d’autres, on s’étonnera vite de voir une similitude entre l’esprit japonais et l’esprit tunisien, car il existe en Tunisie la même somme d’ingrédients que celle qui a présidé à l’adhésion quasi fusionnelle des Japonais aux intérêts stratégiques de leur pays, permettant et expliquant le miracle économique nippon.

Sur le plan purement national, le sûr est que le Tunisien musulman d’aujourd’hui, se doit de réaliser l’effort personnel d’éveil spirituel, que cela se fasse ou non à la faveur d’une expérience ou une initiation mystique. Il devra faire face à pareil effort, le grand Jihad auquel appelait déjà le prophète, s’il se veut relever de son temps en tant qu’homme ou femme et en tant que croyant ou croyante, sans renier donc ses racines où réside son identité, mais tout en restant ouvert à autrui, proche ou lointain, semblable ou différent, et notamment dissemblable, ce qui est la caractéristique majeure de sa nature telle que sculptée par l’histoire et voulue par l’islam authentique.

Or, pareil travail sur soi est moins à demander des adultes aux habitudes, réflexes et préjugés, bien incrustés en eux sinon définitivement figés, quand ils ne relèvent pas tout simplement de la maladie politique précitée, que des jeunes générations qui sont plus même de réussir pareil apprentissage et dont la formation à la vie est toujours possible. Et la Tunisie est un peuple jeune; la jeunesse faisant sa véritable force.

C’est vers elle, y compris la frange la plus turbulente dans ses rangs, que les élites tunisiennes, politiques et intellectuelles, doivent aussi se retourner, non pas pour vilipender ses excès, négligeant l’originalité qui y est parfois celée, mais pour déceler cette dernière, canaliser ses excès avec un discours sincère, équilibré et de raison, sans excès en retour, afin d’orienter la jeune génération, qui reste l’avenir du pays, vers le meilleur pour tous et toutes.

Et avant d’avoir à lui donner des leçons, ne serait-ce que parce que son âge peut expliquer et excuser ses excès, ces élites doivent déjà donner eux-mêmes l’exemple d’un discours et d’un comportement dénué de tout extrémisme quel qu’il soit, de gauche ou de droite; ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Pourtant, la conscience du mal dont elles sont porteuses, cet Alzheimer politique, doit les inciter à le faire plus volontairement et plus urgemment tant qu’il leur est encore temps d’agir sereinement et rationnellement en dehors de tout calcul de courte vue et à visées bassement partisanes.

Car, de la part de la jeunesse, même celle vilipendée comme étant la plus rétrograde, on voit bien les aspects d’un effort d’adaptation à la modernité, toujours originale, mais non prometteuse, dans cet attachement affiché à la tradition avec, par exemple, la multiplication des liens matrimoniaux hors mariage (tel que codifié en Tunisie), la réactivation de la vielle institution islamique du mariage pour une durée déterminée (dit de plaisir). Ces trouvailles et d’autres, puisées dans la tradition islamique, ne manifestent pas moins la conscience chez ces jeunes de devoir intégrer la modernité, quitte à le faire selon des traditions revitalisées et mises au goût du jour. Or, puiser ainsi dans ce que j’appelle la rétromodernité de l’islam, cette avancée qui fut la sienne, sa modernité en son temps de gloire, c’est être postmoderne. Et la postmodernité n’est pas limitée à l’Occident!

Je dirais même plus : si la Tunisie, exigeant l’aide qu’elle est en droit d’avoir de ses partenaires, arrive à se frayer sûrement son chemin en démocratie, relevant les défis, évitant les pièges et ignorant les doutes, nous verrons assurément s’y développer, pour la première fois dans le monde islamique, les prémices d’un islam postmoderne révélant sa modernité anticipée, la lui reconnaissant en nos temps postmodernes.

Guérir l’Alzheimer politique!

Face à l’Alzheimer politique déclaré en Tunisie, que faire alors? Comme pour la maladie proprement dite qu’il ne sert à rien de chercher actuellement à guérir avec le traitement chimique habituel, il nous faut faire la politique autrement.

Aujourd’hui, nous avons au sommet de l’État, une équipe au pouvoir certes hétérogène mais se voulant complémentaire et censée être désintéressée, cherchant le bien suprême du pays loin de toute obédience idéologique donnée, d’autant plus que sa mission est délimitée dans le temps. Que ne donne-t-elle donc des gages suffisamment éloquents et sincères de la volonté qu’elle affiche et qui, sans décisions concrètes, hautement symboliques, ne peut que relever de l’art politique à l’antique, déjà dénoncé ici même, à savoir de chercher à tromper et à ne faire que gagner du temps tout en profitant dans l’intervalle du pouvoir et de ses délices!

Dans une adresse faite à ces hommes et femmes à l’occasion de la nouvelle année, je leur avais demandé d’étonner le monde en usant — et en abusant même, s’il le fallait — de ce qui constitue la spécificité de la Tunisie, ce génie fait d’originalité, d’ouverture et d’adaptabilité, attesté à travers toutes les époques de l’histoire du pays. Ainsi ai-je demandé aux membres du gouvernement et aux hauts fonctionnaires, dans cet article consultable sur mon blog Tunisie Nouvelle République, de faire la preuve de leur désintéressement au service de la Tunisie en le servant comme le ferait un soldat en mission, sans droit à la moindre rémunération, sinon ce qui est juste nécessaire pour la vie courante, réservant leurs émoluments aux plus pauvres. Car demander des sacrifices au peuple, aux plus humbles, ne saurit être suivi d’effet sans que celui qui y appelle n’en donne le plus éloquent des exemples ! L’ont-ils fait? Il y a bien eu quelques promesses relevant de cet esprit, mais ce fut ce genre de paroles que l’on tient pour meubler un discours, sacrifier à l’air du temps sans intention réelle derrière.

En cela aussi on relève de l’attitude d’un malade d’Alzheimer auquel le sens des mots échappe désormais à toute logique raisonnée, étant déconnectée de toute action concrète et résolue !

Comme avec l’Alzheimer, aussi, où les médicaments prescrits ne réussissent même pas leur ambition affichée de ralentir une évolution inéluctable vers la totale dégénérescence et qui, du fait du fameux effet iatrogène, participent même indirectement à l’oeuvre de sape de la santé du malade, il urge de réaliser à quel point il nous faut répondre au besoin du Tunisien d’avoir accès à son droit au bien-être politique. Pour cela, il est primordial de cultiver le meilleur des initiatives basées sur le senti de la société, une science éprouvée de sa sociologie et une réactivité à ses attentes, ne serait-ce que par des actes symboliques pour commencer, mais qui auront le mérite de démontrer une immédiate instauration de la nécessaire syntonie avec le peuple. C’est dans ce sens que j’ai appelé à la proclamation d’une déclaration des droits du Tunisien ou, à défaut, d’une série de trois principes fondamentaux, une sorte de Sainte Trinité politique, et dont le texte est consultable aussi sur mon blog précité.

De plus, pour la classe politique dans leur ensemble, l’honnêteté commande aux femmes et aux hommes s’adonnant à la politique à l’antique de reconnaître que leur temps est révolu et de laisser la place aux jeunes; car désormais atteints d’Alzheimer, ils n’en relèveront pas, et tant qu’ils auront encore un minimum de lucidité, leur honneur sera de veiller au passage du témoin aux pans sains de la société, à sa jeunesse. Cette jeunesse active sur le terrain et cyberactive sur internet qui agit vaillamment envers et contre tout afin d’ancrer la Tunisie dans une modernité novatrice, une modernité du troisième type, ouverte aux nouvelles technologies de l’information sans fermeture à ses traditions les plus nobles dans un univers mondianisé ou le mondialisme classique se colore nécessairement d’impératifs humains dans une mondialité (un des néologismes que je propose, par la contraction des termes monde et humanité, pour une saine appréhension du cycle nouveau dans lequel l’humanité est entrée).

L’islam bien compris peut servir de rampe de lancement à ce projet politique pour peu que l’on s’éloigne des conceptions rétrogrades que l’on se fait de lui, le réduisant soit à une religion dogmatique soit à un culte rétrograde, et ce en voyant en lui d’abord et avant tout ce qu’il fut à son avènement : une révolution, le rejet d’une époque obscurantiste pour un temps meilleur se voulant rationaliste.

En effet, la seule alternative pour l’islam de demeurer la religion de tout temps que veulent ses plus dogmatiques des thuriféraires est, sans renier aucunement la tradition islamique, d’y voir la culture de tolérance et d’humanisme avant le culte dont l’islam lui-même fait une stricte affaire entre Dieu et sa créature.

C’est à ce seul critère que cette religion, qui est aussi une politique au sens de saine gestion de la cité, pourra retrouver ses ambitions à la scientificité et à l’universalité, ambition que déjà, au temps de l’islam des Lumières, le courant soufi — celui des épigones et non des charlatans, celui donc de Mouhassibi, Junayd, Avicenne, Ghazali, par exemple — donna une belle illustration qui dure à ce jour et que l’on retrouve par exemple chez l’Algérien Abdelkader, faisant dire à certains, comme Eric Geoffroy, l’Occidental gagné au soufisme, que l’islam sera spiritualiste ou il ne sera plus!

Pour terminer, finissons donc avec cette exhortation venant du fond du coeur s’adressant aux politiques en Tunisie, mais non seulement. Que l’on se saisisse tant qu’il est encore temps la gravité de la situation en Tunisie, qu’on ait le courage de reconnaître l’Alzheimer politique dont le pays est atteint dans ses plus hautes sphères et qu’on agisse pour ne pas appréhender cette affection avec fatalité, mais avec une juste intelligence du mal par la pratique d’une science du coeur afin de faire en sorte que la politique rime avec ne point faire de démagogie ou en faire le moins! Que l’on ose surtout abuser du langage des sentiments vrais, celui de la sincérité, car on a affaire, en Tunisie, à un peuple intelligent, comprenant la politique à demi-mot, ayant le talent d’arriver à deviner les profondes et réelles intentions des politiciens avant même qu’ils ne les expriment !

Le temps s’y prête, et l’histoire peut encore s’écrire aujourd’hui en Tunisie. Laisser passer cette occasion, c’est laisser s’envoler la chance qui nous est ainsi offerte et devoir atteindre longtemps avant que l’histoire ne refasse de nouveau une pause similaire en notre pays et rayonner sur le monde.

La dignité de tout un chacun est engagée; la mission est colossale; sachons être à la hauteur de ce qu’exige de nous l’histoire; on ne fera qu’honorer les responsabilités assumées, chacun à son niveau politique propre et dans sa sphère d’action géostratégique.