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Il ne se passe pas un jour, depuis la révolution, sans que l’on constate la désinvolture avec laquelle les gouvernements provisoires successifs, et le dernier légitime en date, traitent de certaines questions vitales pour le pays.

Il n’a échappé à personne que l’eau dont les usages sont multiples est revenue, comme on pouvait s’y attendre sur le devant de la scène. Inutile de rappeler ici les faits de cet été. Il en va, par ailleurs, sensiblement de même, s’agissant de la gestion de nos ressources naturelles non renouvelables, toujours aussi opaque, entrainant une présomption de suspicion quant à la réelle prise en compte des intérêts du pays. Nous y reviendrons.

L’eau, sur la planète, est devenue au fil du temps un sujet lancinant, certains experts prédisent même de futures guerres de l’eau. Dans notre pays, elle est au cœur des choix développementistes. Sa gestion plus raisonné et plus raisonnable est d’une impérieuse nécessité. Examinons la chose.

La Tunisie du fait de son climat sec connaît ce que les spécialistes appellent un stress hydrique endémique, qui pourrait bel et bien s’aggraver avec le changement climatique.

Les consommations annuelles d’eau ne dépassent pas 500 millions de mètres cubes par an, quand leur niveau minimal pour couvrir les besoins élémentaires se situerait autour de 1,500 milliard de m3.

L’affaire se complique, si l’on intègre des paramètres tels que sa localisation géographique posant ainsi le problème de son acheminent au consommateur final, question qui d’ailleurs se dédouble en fonction des usages et de leur degré d’intensité : eau potable servant aux besoins domestiques, eau nécessaire aux productions agricoles, ainsi qu’aux industries, ou encore au tourisme, etc…

Le manque d’eau est crucial. Cette affirmation vaut tout autant pour aujourd’hui que dans un avenir bien plus proche qu’il n’y parait.

De ce fait, on était en droit d’attendre que les autorités définissent les contours d’une nouvelle politique de l’eau pour les années à venir. Rien de tel.

Pire le gouvernement a laissé libre cours aux fausses querelles entre Sonede et Steg, obscurcissant encore plus les enjeux d’un véritable diagnostic en la matière et les nécessaires solutions à mettre en œuvre. Celles-ci sont remises à calandres grecques.

Pas un endroit qui n’est pourtant soif. La population de l’intérieur, des zones arides et sahariennes. L’agriculture du centre et du sud dont les rendements comparés à ceux des pays riverains du Nord Méditerranée, -toutes choses égales par ailleurs- sont très en deçà des niveaux possibles (1, 5 tonne/hectare de céréales, pour 10 en France, ou bien encore 3 kilos d’huile par olivier pour plus du double en Espagne).

Le stress hydrique atteint des niveaux paroxystiques dans les zones d’oasis sous l’effet du recul des nappes phréatiques. Qu’à ne cela ne tienne, les autorités actuelles ont accordé l’autorisation de construire un complexe hôtelier haut de gamme à Tozeur, dont on sait par avance qu’il sera boulimique en eau.

Mais il y a encore bien plus grave, et c’est bien là où nous voulions en venir. Car au-delà de la simple illustration de cas d’espèce, c’est toute une conception de l’usage de l’eau à laquelle il faut s’atteler et alerter l’opinion sur les dérives graves d’un « laissez-faire » pour le moins dangereux et irresponsable. Coïncidence oblige, ce qui suit, nous ramène aussi à la gestion de nos ressources d’hydrocarbures.

Passé quasi incognito, les gouvernements successifs, à l’identique de ce qui se passait précédemment ne questionnent ni ne remettent en le déploiement de la technique de fracturation hydraulique dans le domaine des hydrocarbures, spécifiquement appliquée aux gaz de schistes. Cette technique inaugurée dés 2010, via la concession El Franig (en proximité du Chott El Jerid) pourrait bel et bien s’étendre au travers d’une nouvelle concession accordée à Shell dans la zone de Kairouan. Un silence assourdissant !

Impéritie d’un ministre de l’industrie et du PDG de l’Etap tous deux dans le déni qui tiennent des propos lénifiants, balaylant d’un revers de mains, minimisant, la dangerosité que fait courir la généralisation de cette « technologie » dont on connaît les ravages multiples qu’elle occasionne sur l’environnement et plus spécifiquement sur les nappes fossiles. USA et Canada en ont fait l’amère expérience. De nombreux pays européens en ont dénoncé l’usage puis gelé les autorisations.

Mohamed Balghouthi, cosignataire de cet article consultant en intelligence économique et expert en ressources minières, a été le tout premier à sonner l’alerte.

Mais soucieux de rigueur, nous nous mettons à deux cette fois, pour insister et attirer l’attention de l’opinion publique, sur l’impérieuse et ardente nécessité du gel de toute demande de concession usant de cette technique de fracturation hydraulique, en attendant de mieux en connaître les tenants et aboutissants, demandes d’exploration qui par ailleurs se multiplient et sur lesquelles semblent se ruer toutes les grandes multinationales du secteur.

Rigueur avons-nous dit, car il serait urgent et pour le moins opportun d’ouvrir un large débat national sur cette question ; certains géologues affirmant qu’il s’agit d’une technique d’extraction tout à fait conventionnelle. Alors chiche, nous sommes partants : Que l’on ouvre les dossiers.

Rappelons, et à toutes fins utiles que la technique de fracturation hydraulique, en reprenant les termes officiels, qu’il s’agit d’une « technique par laquelle on injecte sous haute pression un cocktail de produits chimiques pour fissurer la roche et en extraire le pétrole et le gaz qu’elle contient, est déjà pratiquée au sud de la Tunisie ».

Outre le fait qu’elle nécessite d’énormes quantités d’eau de surface non recyclable tant les composés réinjectés sont toxiques, la nappe phréatique sous jacente s’en trouve impropre à la consommation, les terres avoisinantes infectées et polluées, mais plus grave encore et compte tenu de la longueur des forages, entre 3.000 et 5.000 mètres de profondeur, cette technique modifie la géologie occasionnant de possibles séismes localisées (Ohio, Colombie Britannique…) et subséquemment la destruction des nappes plus profondes fossiles. Alors, si vous n’êtes pas convaincus, faites votre propre enquête
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A bon entendeur, salut !!!

Mohamed Balghouthi et Hédi Sraieb