debat-national-energie-tunisie
Le 27 juin dernier, lors d’une grande cérémonie organisée dans un hôtel prestigieux de Ghammarth, le ministre de l’Industrie, Mehdi Jomaa, a lancé le débat national sur l’énergie en présence de Moncef Marzouki, président de la République, Ali Laarayedh, Chef du gouvernement et Nidhal Ouerfelli secrétaire d’Etat chargé de l’Energie et des Mines après du ministère de l’Industrie.

debat-national-energie-tunisie-2

Les membres du gouvernement, de l’ANC, des représentants des organisations nationales comme l’UGTT ou l’UTICA et des partis politiques ainsi que des ambassadeurs de différents pays étaient présents à l’ouverture du débat national sur l’énergie. On pouvait même voir Lamine Chakhari, l’ancien ministre de l’Industrie, assis au rang des ministres.

L’actuel ministre de l’Industrie, Mehdi Jomaa, a pris la parole en premier pour expliquer qu’il s’agissait d’une « initiative du ministère de l’Industrie émanant de sa volonté d’évaluer le secteur et de définir les orientations », en insistant sur le fait que le débat devait être fait « dans le cadre du dialogue, de la transparence et de la responsabilité ».

La parole a ensuite été donnée au président de la République pour un court discours de quelques minutes pendant lequel il a abordé divers sujets relatifs au secteur de l’énergie. Parmi ces sujets, Marzouki a insisté sur la dénonciation de certains lobbies qui seraient à l’assaut de la Tunisie pour la pousser à faire des choix dont elle n’aurait pas besoin, ou qu’elle devrait éviter… « Devant la multitude des sources de décision, devant le nombre des lobbies, il faut apprendre à s’asseoir autour de la table pour découvrir les solutions ensemble… », a-t-il dit. On pouvait donc comprendre, à travers cela, l’importance du débat national dans la lutte contre ces lobbies et l’imposition d’un choix souverain. Il a aussi expliqué : « Le débat national peut être une méthode de communication avec les médias, mais, à mon avis, si ce débat n’en n’est pas un vrai, on ne pourra en tirer que de l’écume… ».

Et c’est bien ce que nous nous demandons : ce débat national ne serait-il pas une partie d’un plan de communication qui permettrait au gouvernement d’appliquer une stratégie élaborée préalablement ? Le doute s’est accentué devant la manière avec laquelle le “débat national” a pris forme : cinq discours qui n’ont été suivis ni d’une session de questions-réponses ni d’ateliers de travail. La seule occasion qui a été donnée pour poser des questions a été la conférence de presse avec le secrétaire d’Etat chargé de l’Energie et des Mines auprès du ministère de l’Industrie, réservée aux journalistes et aux membres d’une certaine “task-force” préselectionnée pour travailler sur la réforme du secteur de l’énergie, et dont la durée n’a pas dépassé 30 minutes.

Pendant la conférence de presse, Nidhal Ouerfelli a déclaré que le projet de loi relatif au développement des énergies renouvelables était déjà prêt et qu’il allait être prochainement déposé à l’ANC… Si la loi est déjà prête, et si la stratégie de développement des activités pétrolières est déjà élaborée comme l’a déclaré Ridha Saïdi il y a presque un an, pourquoi donc faire tout un débat national ?

Concernant les sujets sensibles comme la question du nucléaire ou du gaz de schiste, qui fait polémique depuis l’annonce de l’octroi d’un permis de production de gaz de schiste à Kairouan à la société Shell, Nidhal Ouerfelli a expliqué que la seule source d’énergie qui était à exclure était l’énergie thermonucléaire, et que le gaz de schiste n’était pas un problème mais une solution, tout comme les énergies renouvelables !

Lors de la conférence de presse, Nidhal Ouerfelli a également annoncé qu’un audit des contrats pétroliers serait « prochainement » lancé. Pourtant, Ridha Saïdi a déclaré il y a 11 mois que l’audit des contrats pétroliers avait déjà commencé. Qu’en est-il vraiment ?

Le point récurent dans les trois discours était la question de la réforme du système de subvention de l’énergie, qui a été abordée par Marzouki, Laarayedh, Rachid Ben Dali (directeur général de l’Energie) et Claude Mandil (ancien directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie). Ils étaient tous d’accord sur l’importance de la réforme pour la diminution des subventions, malgré le fait qu’il y a quelques semaines un haut responsable du ministère des Finances avait fini par avouer en direct à la radio que le carburant n’était pas réellement subventionné !

La vraie question qui tourmente la quasi-totalité du peuple tunisien, qui est « A-t-on d’importants gisements de pétrole et de gaz ou pas ? », n’a été évoquée par aucun des intervenants lors de la cérémonie d’ouverture du débat sur l’énergie, mais elle a été posée par un jeune tunisien au secrétaire d’Etat chargé de l’Energie et des Mines auprès du ministère de l’Industrie. La réponse a été claire et nette : « La Tunisie n’a pas de grands gisements pétroliers ! » Qu’en est-il donc du bassin de Ghadames qui couvre tout le sud tunisien, ou du Pélagien qui attire les plus grandes compagnies pétrolières du monde ?!

Le débat national sur l’énergie a été officiellement lancé… en attendant un vrai débat sur l’énergie !

«