A leur huitième jour de grève de la faim, Ayoub Amara et Walid Azouzi revendiquent, toujours, leur droit à l’intégration dans la fonction publique. Anciens prisonniers et chômeurs, ces deux militants politiques disent avoir épuisé toutes les pistes de négociation avec le gouvernement et l’Assemblée Nationale Constituante, avant d’en venir à la grève de la faim, entamée lundi dernier, au local de l’Union Générale des Étudiants Tunisiens.

Adoptée fin 2013, la loi sur la justice transitionnelle prévoit l’intégration des anciens prisonniers politiques sous Ben Ali dans la fonction publique. Cette proposition avait suscité une polémique, au sein de l’assemblée constituante, et prit des mois de négociation, avant d’être à moitié réglée. Ainsi, « 150 personnes affiliées à l’UGET et à la gauche tunisienne militante ont été exclues des mesures de justice transitionnelle. On leur a opposé la fin des délais du dépôt des dossiers. D’autres ont vu leurs dossiers disparaître mystérieusement. Dans les deux cas, les militants privés de leur droit d’intégration dans la fonction publique sont toujours sur les fiches de la police politique. Il s’agit d’une punition collective infligée aux résistants à l’ancien régime et au pouvoir actuel», affirme l’un des deux grévistes Ayoub Amara, ancien leader de l’UGET et du parti communiste des travailleurs.

Après plusieurs actions de terrain et de demandes envoyées aux autorités, les anciens de l’UGET ont décidé d’entamer une grève de faim. Mis difficile de se faire entendre dans un tel contexte de consensus politique. Walid Azouzi, 34 ans, ancien prisonnier politique, et l’un des fondateurs de l’Union des Diplômés Chômeurs, nous confie qu’il a déposé sa demande en juillet 2013. Après quelques mois, son dossier a été perdu au premier ministère et on lui refuse jusqu’à aujourd’hui, un reçu de non-recevoir lui permettant de porter plainte et de faire suivre son dossier.

Le gouvernement justifie le refus d’intégration des deux grévistes et de leurs camarades par des vices de procédure. Mehdi Jomaa, Premier ministre du gouvernement provisoire, a déclaré, quant à lui, que le recrutement dans la fonction publique ne sera fait que sur la base de concours et par des critères de compétence. Il a, d’ailleurs, refusé de voir les anciens de l’UGET et n’a pas encore répondu à la dernière demande, en date du 9 mai 2014, que lui a adressée Ayoub Amara.

Pour rappel, depuis sa création, la loi sur la justice transitionnelle a fait bénéficier plus de 6453 victimes de la dictature, entre blessés de la révolution, familles des martyrs et amnistiés. « Les exclus d’aujourd’hui sont ceux qui sont toujours actifs dans l’opposition et n’ont pas accepté l’idée de s’incliner devant le dialogue national et les jeux politiques des différents partis. Pour cette raison, nous allons continuer cette grève jusqu’au bout. Soit on obtient nos droits, soit on meurt … » conclut Ayoub Amara avec détermination.