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La lucidité est de rigueur en cette matière électorale délicate. Ne l’oublions pas, la Tunisie n’est qu’en transition démocratique; aussi, on ne peut lui demander ce qui n’existe même pas en démocratie : des élections parfaitement transparentes.

Déjà en Occident, des systèmes démocratiques avérés, la fraude est inévitable; seules la vigilance des institutions et l’effectivité des règles de l’État de droit font que les inévitables malversations pour la conquête ou la conservation du pouvoir relèvent de la bavure, n’étant que l’exception confirmant la règle, ne mettant pas en cause la crédibilité du système. Qu’en sera-t-il en Tunisie ?

L’ISIE fait partie d’un système

D’abord, on ne doit pas oublier que l’ISIE relève d’un système qui n’admet pas la totale indépendance ni la neutralité absolue. Elle a été mise en place selon un équilibre politique issu d’une précédente élection qui ne fut pas — on le sait aujourd’hui — un modèle de vertu. Les élections en cours le seront-elles ? On verra que cela dépendra aussi de détails auxquels on ne fait pourtant pas attention. Or, ils trop éloquents quant à leur signification et leur portée pratique, au point même de pouvoir dire que c’est dans leur respect ou non que se jugera la valeur de l’opération en cours.

Ensuite, fort d’un tel constat, on doit être conscient de l’importance de l’équation personnelle, le critère qui comptera pour beaucoup dans le rendement de l’ISIE étant celui des qualités morales de ses responsables, leur conscience et leur farouche détermination à garder ostensiblement leur distance de tous les intérêts qui ne peuvent manquer de les harceler. C’est même la condition sine qua non permettant d’être au-dessus de la moindre suspicion, avérée ou supposée. Et on sait l’importance du doute qui mine les certitudes les plus établies.

Or, c’est d’autant plus nécessaire aujourd’hui pour l’ISIE du fait des erreurs nombreuses ayant rythmé la phase préparatoire, notamment quant à la tenue des listes électorales. Aussi, il est de la plus haute importance que la position de l’ISIE soit claire à l’égard d’un aspect qui pourrait paraître anodin et qui ne l’est pas : celui de la prétendue encre utile pour la transparence du vote.

La fallacieuse parade de l’encre

On a présenté cette encre, lors de la précédente élection, comme une parade efficace contre les votes multiples. Ce qui était loin d’être vrai, la fraude ne venant pas des votes multiples, surtout en présence de listes à jour.

À la suite de la contestation de cet argument fallacieux, supposant des listes imparfaites, l’ISIE nous présente désormais de nouveaux arguments qui ne sont pas moins insensés que le précédent.

C’est ainsi que le chef d’un centre de vote ayant déjà l’expérience de la précédente élection, ne parlant plus de vote double, nous assure péremptoirement que l’encre est justifiée par les nécessaires précautions à prendre pour s’assurer que :

1/ les accompagnateurs des électeurs aveugles ou handicapés n’aident pas plus d’une personne à la fois;

2/ les votants évacuent le centre afin d’éviter qu’ils n’influencent les électeurs.

On voit bien qu’il s’agit d’arguments spécieux qui ne justifient pas le recours à cette encre et les frais qui s’y attachent.

D’ailleurs, on aimerait bien que l’ISIE nous dise auprès de qui elle se procure cette encre et combien cela lui coûte. On sera alors plus avancé sur l’utilité ou non d’une telle opération ayant manifestation l’apparence d’un pur acte commercial.

Le gros risque d’un commerce électoral

Bien plus que les frais occasionnés par le recours à une telle encre sans utilité véritable, c’est d’une question d’indépendance qu’il s’agit ici.

En effet, nul n’ignore que ceux qui commercialisent pareille encre inutile ont leurs intérêts à défendre au point d’en faire un lobby redoutable qu’on a vu agir lors de toutes les élections depuis le printemps arabe. Aussi, utiliser cette encre serait de la part de l’ISIE manquer d’indépendance à l’égard de tels intérêts. Ce qui risque de faire de l’opération électorale, au nom d’arguments peu sérieux, un acte de pur commerce.

De plus, le recours à cette encre revient à stigmatiser le Tunisien en le considérant immature, inapte à se conformer aux règlements ou être capable de libre choix de ses candidats. Ce serait décrédibiliser symboliquement un acte voulu pourtant la manifestation d’une maturité politique.

Un critère inévitable d’indépendance

Ne serait-ce que pour ces raisons, il est plus que nécessaire pour l’ISIE, catégoriquement impératif au sens moral, de renoncer à cette encre.

Comme dit le proverbe : qui peut le moins peut le plus, si l’ISIE est incapable de démonter son indépendance à l’égard des intérêts commercialisant cette encre de la honte, elle ne serait pas en mesure de nous garantir son indépendance à l’égard d’autres intérêts encore plus puissants de nature à nuire à l’honnêteté des élections.

C’est par le non-recours à l’encre, critère incontournable d’indépendance, que. L’SIE démontrera être ou ne pas être indépendante.

Si l’encre n’est pas retenue, ce sera de sa part une première preuve de sérieux, confirmant l’estime qu’on garde pour son président et son éthique personnelle. Si elle est retenue, cela apportera crédit aux voix qui répètent déjà qu’on est en présence d’une comédie d’élections, le résultat étant connu à l’avance : un partage de pouvoir que l’ISIE est juste en charge de lui donner une forme supposée démocratique.