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Photo par Callum Francis Hugh, Nawaat.

Avec sa nouvelle expérience électorale, la Tunisie a consolidé sa transition démocratique. Certes, cela ne fut pas exempt d’imperfections, mais peut-on être par trop perfectionniste ?

Toutefois, si l’exigence de la perfection peut ne pas concerner nombre d’aspects techniques complexes, elle s’avère nécessaire pour ceux ayant une portée symbolique, agissant de la sorte fortement sur l’imaginaire. C’est le cas de l’encre électorale dont l’effet négatif comme tare et stigmate n’est point à négliger dans l’inconscient de l’électeur tunisien.

Un strip-tease électoral

Si l’on doit faire le bilan de nos élections qui s’achèvent, surtout celui de la présidentielle, on pourrait dire qu’il s’est agi essentiellement d’un strip-tease électoral, ayant permis mois d’assurer la victoire d’un camp, acquise d’avance, que de spécifier la nature du paysage politique, en dessiner les contours exacts au moindre détail.

Grâce à ces élections, on a eu une radiographie fort utile pour la poursuite de l’expérience démocratique en Tunisie qui demeure un laboratoire prisé par nos amis indéfectibles d’Occident.

La scène est désormais clarifiée et le jeu pourra commencer avec les atouts de l’ancien régime réhabilité se manifestant par ses compétences avérées et le représentant organique de l’islam qu’est Ennahdha, enraciné chez le peuple.

Le parti islamiste tunisien a réussi enfin à se faire violence en distinguant la beauté que le diable peut avoir.

Après avoir profité de la supposée coalition de la troïka où il n’était qu’un colosse aux pieds d’argile, il est en train de profiter de ce qu’on appelle en formule 1 de l’aspiration du bolide du moment filant en toute vitesse en se mettant dans ses roues.

On s’attend à ce qu’il soit dans le gouvernement pour, comme on dit dans le cyclisme, rouler dans la roue du leader de la course tout en ayant un certain regard sur la politique du pays, ne serait-ce que pour se prémunir contre un quelconque retour de bâton pour ses errements passés.

Le révolutionnaire du monde en changement

Le strip-tease électoral aura ainsi permis de jauger la capacité d’évolution du parti islamiste. Elle est donc intacte et lui permet de rester un acteur majeur de la scène politique non seulement en Tunisie, mais aussi dans le monde. Surtout, elle lui garantit le soutien américain sans lequel rien n’aurait été comme il l’a été depuis le Coup du peuple.

En effet, le monde a changé et le paradigme politique n’est plus celui d’antan. Ce ne sont plus ceux qui parlent de révolution qui sont les révolutionnaires, mais bien ceux qui acceptent de tenir compte du réel tel qu’il est et de s’y adapter sans abandonner l’essentiel de leurs valeurs.

C’est le cas d’Ennahdha et c’est aussi celui des cadres de l’ancien régime revenant avec Nida Tounès qui est forcé de ne plus être juste le laudateur de l’autorité et du prestige de l’État, devant tenir compte également de ceux du peuple. Et ce ne serait-ce que parce que l’époque postmoderne est l’âge des foules !

Par contre, des partis comme le CPR et ceux qui ont fait l’objet d’une cuisante défaite aux législatives n’ont pas su tenir compte des exigences d’un tel changement de paradigme, croyant à tort que, pour incarner la révolution, il leur suffisait de pérorer, quitte à tromper.

Il reste maintenant aux nouvelles élites de concrétiser les intentions affichées en prolongeant dans les actes le changement dans leur attitude et déclarations. Car seuls comptent les faits !

En matière d’actions urgentes, il est nombre de résolutions à prendre et d’entreprises à engager à commencer par la réforme de la législation du pays pour la toiletter de son caractère liberticide et la tenue d’élections locales et régionales au scrutin adapté à la Tunisie qu’est le type uninominal, et ce pour permettre au peuple de s’autogérer dans le cadre d’une décentralisation poussée à l’extrême.

D’autres sont aussi importantes sinon incontournables, celles consistant à agir activement pour ce qui est inéluctable en Méditerranée : la libre circulation pour les ressortissants tunisiens, l’adhésion de la Tunisie à l’Union européenne et la paix au Proche-Orient selon la légalité internationale de 1947, ce qui passe par la nécessaire normalisation avec Israël.

Aussi, plus que jamais, la Tunisie est-elle appelée à révolutionner sa pratique politique sur le plan interne et sa diplomatie sur le plan international ; c’est à cela qu’on jugera les élections comme ayant été grandement utiles.