le-monde

Victor Hugo stipula, dans son discours d’ouverture du Congrès de la Paix le 21 Août 1849, que « l’homme méchant a pour collaborateur l’homme malheureux »1. Loin de penser que l’histoire de l’humanité est un perpétuel recommencement, il semble qu’aujourd’hui, quant à la réflexion sur la fulgurante ascension de DAECH/ISIS dans les pays musulmans, les propos de Victor Hugo deviennent d’actualité.

En effet, sans vouloir rentrer dans les détails et les analyses techniques, DAECH/ISIS est une alliance entre « l’Homme méchant » et « l’Homme malheureux ». Ainsi vint « l’Homme méchant », rejeton des puissantes intelligentsias2, pour jouer le rôle de l’instigateur de l’ombre de cette secte, mettant en scène les actes d’un satané cauchemar aux formes sacrées.

Aussitôt « l’Homme malheureux » fanatique, ignorant, désespéré accepta, les bras ouverts, de mettre en œuvre les plans de « l’Homme méchant » jubilant dans la bêtise et la régression. Ainsi, vivons-nous une tragique mais féconde coalition des invalides apôtres de la destruction et de la mort. Cette alliance est bel et bien féconde puisqu’elle trouve un terrain favorable à l’excès, la violence, la soif du sang, l’esprit de la vengeance et une misère excessive par total désespoir dans des contextes intellectuels, culturels et socio-économiques exécrables.

« L’Homme méchant », « l’Homme intelligentsia »3, méthodique et stratégique dans sa volonté de faire main basse sur Terre, encouragé par ses rejetons, ses lobbies et ses protégés parmi les États Apartheid, a bien saisi que chez « l’Homme malheureux », il existe des gens, comme écrivait Charles Péguy :

Parce qu’ils n’ont pas le courage d’être du monde, ils croient qu’ils sont de Dieu […] parce qu’ils ne sont pas de l’homme, ils se croient qu’ils sont de Dieu, parce qu’ils n’aiment personne, ils croient qu’ils aiment Dieu. 4

« L’Homme méchant » dans son analyse de « l’Homme malheureux » a bien saisi que « le ressentiment est le moteur aigre de l’histoire »5. Aussi joue-t-il sur la « nécrose de l’espérance »6 chez « l’Homme malheureux » vivant dans des contrées invisibles sans citoyenneté où les Hommes sont des sujets nourris par la potion magique, voire-même tombés dans le chaudron nauséeux d’une lecture à la fois radicale, biaisée et rétrograde de leur histoire. Que faire ? Comment guérir le mal de DAECH dans ces pays déjà agonisants par de maintes blessures et dévorés par les avides et les charognards de chez eux ?

Faut-il, d’un côté, peut-être commencer, chez les concitoyens de « l’Homme méchant », à sonder les plaies qu’il a causées et qu’il est en train de causer. Faut-il que le concitoyen de « l’Homme méchant » essaie d’anéantir la méchanceté de son Homme en déconstruisant l’histoire racontée par ce même « Homme».

Faut-il de l’autre côté, plus loin au Sud, de l’autre côté de la Méditerranée ou bien encore plus loin, au-delà du désert, essayer de pousser le concitoyen de « l’Homme malheureux » afin qu’il commence un travail sur soi-même en cessant de renvoyer uniquement à une compréhension biaisée de sa culture et de sa religion, comme s’il était uniquement un homo religiosus 7, comme s’il était uniquement un homo islamicus, comme s’il était à part et mis à l’écart de l’humanité et des valeurs universelles.

C’est toute une pédagogie à mettre en place visant à instaurer un paysage démocratique et social ouvert, initié par les jeunes et les intrépides et encourageant les valeurs citoyennes, les valeurs de l’égalité et de droit, le tact, la civilité, le savoir, la transparence et le rejet de la violence et du tribalisme. Quand-est ce qu’on se met à chasser « l’Homme méchant » et ses gardiens du Temple ? Quand-est ce qu’il faut s’arrêter de creuser à la recherche du Temple ? Quand-est-ce que nous comptons commencer à exorciser « l’Homme malheureux » qui nous habite ? Quand-est-ce comptons-nous nous lever et bâtir ?

A méditer, vraiment à méditer !

Notes

1. Victor Hugo, a prononcé ce discours lors de l’ouverture du Congrès de la Paix le 21 août 1849

2. Voir « Isis: the inside story » publié dans The Guardian sur ce lien.

3. Voir « Des fonds de la CIA ont servi à financer Al-Qaida » publié dans Le Monde sur ce lien.

4. C’est Edwy Plenel qui a cité Charles Péguy dans son livre Pour les Musulmans, La Découverte, 2015.

5. Ibid.

6.Ibid.

7. Les humains en tant que des êtres purement religieux.