InterFaithTour-parcours

Parcours de l’InterFaith Tour 2, (source site officiel IFT).

Alors que le monde est en guerre de religions, l’on ne sait plus si celle-ci est déclarée, froide, directe ou indirecte, concrète ou latente, alors que les croyances ont continuellement soif de dominance, se rappeler que l’oxygène existe et peut naturellement se régénérer, en prendre de la graine, s’inspirer d’un sentiment d’humanité et d’humanisme perdus, au mieux oubliés, discourir d’expériences autres que celle de la haine, reste une affaire urgente.

Focalisons-nous ici sur une coexistence pacifiste et harmonieuse de bords religieux totalement différents : l’InterFaithTour, un tour du monde pas comme les autres. A partir d’initiatives interreligieuses, et l’initiation du projet par le mouvement « Coexister », de juillet 2013 à Juin 2014, cinq jeunes de confessions différentes, juive, chrétienne, musulmane, athée et agnostique ont décidé de partir ensemble pour un tour du monde, le premier du genre. Un projet dément, qui pourrait même paraître aliéné en ces temps de guerre des religions.

Comment cinq jeunes de religions et de convictions différentes voir littéralement « opposées », aux antipodes l’une de l’autre, décident de partir un an à la rencontre d’autres cieux, autour du monde et de ses acteurs ?

Un néo-modèle de cohésion sociale via l’interreligieux, d’abord mis en œuvre par une première équipe partie entre 2013 et 2014, et une deuxième équipe tout juste partie, ce 1er Juillet 2015, pour une aventure InterFaithTour inédite, et qui se prolongera jusqu’en mai 2016.

Après la première année du tour du monde d’InterFaithTour 1, alors qu’à la naissance du projet de nombreuses personnes n’y croyaient absolument pas vu les dissemblances faussement apparentes (divergence religieuse ?) des membres de l’équipe, l’InterFaithTour a restitué de sa folle expérience un tour de France, une infinité de conférences sur terrain, et autant d’initiatives plurielles réparties sur une quarantaine de pays.

A l’origine de cette profonde détermination à faire cohabiter harmonieusement les croyances et les appartenances religieuses, se trouve donc le mouvement interreligieux « Coexister » fondé en 2009, d’abord en France avec des groupes locaux et régionaux, puis en Europe et dans le monde, par des jeunes d’origine et/ou de religions distinctes. Soucieux de l’installation à long terme d’une société du vivre-ensemble avec le concept fondateur d’une coexistence active entre générations portées par des convictions différentes, « Coexister » agit par les biais du dialogue, de l’unité dans l’action, de la solidarité, et de la sensibilisation.

En milieu scolaire, en milieu associatif, en milieu social urbain, rural, campagnard ou populaire, le mouvement « Coexister » prolonge ses actions en tournant autour du monde, avec une équipe composée par des membres issus des trois religions monothéistes, mais également des agnostiques et des athées.

Tout ce beau monde se doit donc de vivre- ensemble pendant un an, mais également aller à la rencontre d’autres initiatives interreligieuses de part le monde. Si les participants mettent en pratique une vie basée sur le partage collectif durant une longue période, ils orientent celui-ci vers la réflexion et vers la recherche, afin de conceptualiser et de théoriser leurs expériences.

Comme nous l’avons souligné ci-dessus, le projet InterFaithTour n’a pas fait que des émules. Encore des réticents devant une possibilité d’interférence, et de connexion homogène entre les identités religieuses et les directions spirituelles de tout un chacun. Encore des individualités qui désirent mener la barque en solitaire, et qui ordonnent un dressage continuel des frontières entre les croyances.

Fort heureusement, même s’ils existent, même s’ils sont majoritaires, ce type d’individus n’a pas toujours gain de cause. Beaucoup d’autres sont favorables à un dialogue intercontinental et interreligieux. Leur cohésion a permis le départ d’InterFaihTour 2, il y a quelques jours, faisant du projet initial une action appelée à se perpétrer dans la continuité.

Le monde se verra donc à nouveau documenté et observé à travers le prisme positif des énergies plurielles du melting pot. Âges, convictions et genres différents, ses protagonistes permettront une ouverture citoyenne inter-mondiale avec un rôle pédagogique et une portée journalistique à la fois.

En Tunisie, où la question interreligieuse et interculturelle, avec le principe de laïcité, est plus que jamais sensible, la promotion de l’idée de « coexistence active » serait la bienvenue. De nouvelles dynamiques d’intervention concrète dans ce sens se font attendre et se font urgentes, car nous voyons bien que l’opinion générale s’embourbe de plus en plus dans le désengagement du sentiment viscéral de proximité, de fraternité et d’égalité entre tous.

En effet, cette catégorie d’opinion qui se rapproche des ruptures profondes et intrinsèques menant à la dissolution patriotique interne semble de plus en plus destructrice. Comment y répondre si ce n’est par l’action de connivence entre les religions et les cultures, la liberté de croyance et le droit à la laïcité, au lieu de le faire par la colère et la peur.

Justement, pour l’accès à ce droit de laïcité, seul véritable garant des croyances ou non croyances dans un climat respectueux, il faudrait instaurer un enseignement laïc du fait religieux. Pour cela, une sensibilisation du côté de l’éducation nationale s’impose afin de travailler sur une base générationnelle et dans la longue durée.

L’entreprise est loin d’être aisée, surtout pour une société dont la grande majorité de la population confond laïcité et mécréance, et dont le devoir civique est à la traine. Toutefois, nous pensons que le terrain humain peut s’adapter à l’idée puis à la pratique de la tolérance, l’intégrer et l’adopter. Pour ce faire, une des conditions sine qua non serait la coordination à tous les niveaux et à toutes les échelles sociétales des thématiques de la diversité, du vivre-ensemble, de la non-violence, avec une communication permanente du fait interreligieux.

Comme pour la liberté d’expression, les libertés de conscience et de croyance doivent être totales. Aujourd’hui, dans un monde où l’on peut encore se faire tuer pour délit de blasphème ou d’athéisme, cherchons d’avantage en nous-mêmes pour qu’un jour cela n’arrive plus, car « choix et conscience sont une seule et même chose » (Jean-Paul Sartre).

Hkeya-logoChronique à paraître une fois par semaine, « Hkeya » se propose de discourir d’un événement national et/ou international servant de « prétexte » pour soulever des questionnements autour d’une réalité socio, politico ou médiatico-culturelle.

Précisément, il ne s’agit pas ici de couvrir une actualité de manière « classique », mais de soulever des interrogations actuelles tout en invitant tout un chacun à la réflexion et à la discussion.

Sans tomber dans le billet d’humeur narcissique et unilatérale, « Hkeya » veut attrouper et convoquer des histoires pour faire avancer le débat citoyen.