rarefaction-Amphibiens-Reptiles-Tunisie

Dans un précédent article, il a été question de la raréfaction des Mammifères et Oiseaux terrestres. Dans le présent papier, il sera question du reste des Vertébrés vivant en Tunisie, à savoir les Amphibiens et les Reptiles, même si ces deux groupes d’espèces suscitent le plus souvent dédain et crainte chez la plupart des gens.

 

I. Les Amphibiens

Ce sont des animaux qui dépendent de la présence d’eau pendant au moins une partie de leur cycle de vie. Ils se trouvent pratiquement partout en Tunisie, même si leur diversité diminue en allant du Nord vers le Sud où on ne les trouve qu’à la faveur des milieux humides (plans d’eau, citernes, sources, périmètres irrigués).

En Tunisie, le nombre d’espèces d’Amphibiens se limite à sept, et on a l’habitude de distinguer parmi eux ceux qui disposent d’une queue chez les adultes et ceux qui en sont dépourvus. Les premiers sont représentés par une seule espèce, alors que les seconds comprennent les crapauds et le reste. Les crapauds sont reconnaissables à leur taille assez importante, mais surtout à la présence en arrière de leur tête de deux glandes enflées. Leur peau est rugueuse aussi.

Ces espèces sont sensibles à la qualité de l’eau et leur raréfaction est liée surtout à la détérioration de la qualité de leurs habitats, en plus de la diminution de l’étendue de leur espace vital. Leur rythme de vie est plutôt nocturne, surtout que la chaleur de la journée risque de dessécher leur peau fragile.

Deux espèces d’Amphibiens sont strictement localisées au Nord-Ouest de la Tunisie, région la plus humide du pays, alors que la répartition géographique du reste des espèces est plutôt étendue.

Les espèces rares parmi ce groupe sont les suivantes :

Le triton d’Algérie, seul Amphibien disposant d’une queue à l’état adulte, est connu du Nord de la Tunisie, et sa répartition géographique s’arrête au Cap Bon. Facilement reconnaissable par sa forme élancée (ressemble à un lézard) et par ses mouvements lents, cet animal d’une douzaine de cm de long présente une queue comprimée latéralement. Sa raréfaction est liée à la destruction de ses habitats et à la perte de leur qualité, en plus de la prolongation de la période de sécheresse qui peut décimer des populations entières.

Triton

Triton d’Algérie (Crédit photo : Mohsen Kalboussi)

La rainette méridionale est la seule espèce d’Amphibien arboricole en Tunisie. Elle est en effet capable de grimper sur la végétation en bordure des cours d’eau où elle vit. Nocturne, mais peut être observée au cours de la journée lorsqu’elle est accolée à un support de végétation. Elle est essentiellement localisée en Kroumirie, et sa raréfaction est essentiellement liée à la fragmentation et à la destruction de ses habitats.

Rainette

Rainette méridionale (Crédit photo : Mohsen Kalboussi)

II. Les Reptiles

Ils regroupent les tortues, les lézards, les serpents et les vipères. Ces animaux sont essentiellement terrestres, mais quelques-unes sont liées de façon temporaire ou permanente à l’eau.

Les tortues, représentées surtout par quatre espèces dont trois continentales et une marine, la Caouanne. Cette dernière est connue pour être rare partout dans le monde, mais fréquente en Tunisie dans le golfe de Gabès et dispose d’un seul site de nidification. L’espèce est, en principe, protégée en Tunisie, mais s’est vue infliger d’énormes pressions de capture ces dernières années, surtout dans le sahel de Sousse et dans la région de Sfax où sa viande est vendue sans vergogne dans les marchés de poissons. Cette pression risque d’anéantir tous les efforts de conservation menés les années précédentes. Rien ne justifie les captures des tortues marines en Tunisie, et les autorités se doivent d’agir pour arrêter les massacres en cours.

Les trois autres espèces de tortues comprennent une seule espèce terrestre et deux autres aquatiques.

La tortue terrestre, ou tortue mauresque, habite l’ensemble de la Tunisie et est rare. Sa raréfaction est surtout liée à la destruction de son habitat, mais aussi aux prélèvements dont elle est objet. Ces derniers sont destinés à la vente aux touristes, mais aussi aux nationaux dont certains s’adonnent à son élevage dans les jardins et même en appartement.

En arrachant une tortue à son milieu naturel, elle est vouée à perdre ses caractéristiques biologiques. En effet, il a été démontré que les populations de tortues peuvent disposer de caractères génétiques propres acquis depuis leur isolement. Une fois ces animaux se reproduisent avec d’autres populations (dans le cas où elles sont mélangées chez les éleveurs ou dans le milieu naturel, comme dans le cas des lâchers de tortues dans certaines aires protégées), elles perdent leurs caractéristiques génétiques. A l’étranger, notamment en Europe, une fois les tortues -dont l’importation est interdite- sont saisies, elles sont placées dans des centres où elles finiront par mourir ou sont rapatriées pour être mélangées à d’autres populations, puisqu’on ne connaît pas leur origine géographique. Appeler à une gestion génétique des tortues placées dans certaines aires protégées est un non-sens dans un pays où les caractéristiques génétiques des populations n’ont jamais été prises en compte dans les politiques de conservation ; mais le seraient-elles un jour ? Le doute est fortement permis.

T-mauresque

Tortue mauresque (Crédit photo : Mohsen Kalboussi)

La seconde espèce rare de tortue en Tunisie est l’émyde lépreuse. Elle est liée à l’eau et est considérée comme une bio-indicatrice d’une eau non polluée. Cette espèce est connue du Cap Bon et de la Kroumirie, dans peu de sites. La particularité de cette espèce est que la Tunisie constitue la limite de sa distribution géographique en Afrique du Nord, et l’espèce est essentiellement européenne. Dans l’ensemble du Maghreb, elle est aussi considérée comme rare. Sa raréfaction est liée surtout à la perte de qualité des eaux qu’elle fréquente et à la destruction d’autres habitats.

Emyde

Emyde lépreuse (Crédit photo : Mohsen Kalboussi)

Parmi les lézards, citons quelques exemples d’espèces rares :
citons d’abord le caméléon commun, chassé pour être vendu vivant ou empaillé. Cette espèce est victime des croyances fallacieuses de prétendues vertus qu’on lui attribue, en plus de la destruction de ses habitats.

D’autres espèces, victimes de croyances et collectées pour être commercialisées, comprennent la fouette-queue et le varan du désert. Cette dernière espèce est surtout connue pour être prédatrice des serpents et vipères. La prolifération de certaines d’entre-elles serait liée à sa raréfaction. On peut ajouter également à cette liste l’euméces de Schneider et le scinque à bandes, une espèce désertique à moeurs nocturnes et le trogonophide de Weigmann, un lézard sans pattes signalé uniquement dans quelques localités.

Trogonophis

Trogonophide de Weigmann (Crédit photo : Mohsen Kalboussi)

Parmi les serpents, on qualifie de rares les espèces dont le nombre de signalements est limité à quelques localités, ou celles qui n’ont pas été retrouvées depuis plus d’une cinquantaine d’années. Dans cette catégorie, on cite la vipère de Lataste, signalée en Kroumirie et un serpent vermiforme de l’extrême sud tunisien.

A ces deux espèces, ajoutons quelques autres, tels que la vipère de Boehm, décrite de la région de Beni Khdeche, des couleuvres nocturnes ou d’autres connues pour vivre en Kroumirie, tels que la couleuvre à collier.

C-collier

Couleuvre à collier (Crédit photo : Mohsen Kalboussi)

Conclusion

Certaines espèces sont limitées dans l’espace, car signalées uniquement dans certains sites particuliers, tels que les îles ou des sites localisés en altitude. Leur rareté est donc liée à l’espace restreint dans lequel elles vivent.

Les espèces les plus vulnérables en Tunisie sont celles dont l’aire de distribution mondiale se limite au pays. Il s’agit d’espèces européennes vivant essentiellement au nord-ouest de la Tunisie.

Certaines espèces sont qualifiées de rares car leurs mœurs nocturnes ne facilite par leur recherche, et la rareté est liée dans ce cas à un défaut d’exploration.

Les serpents en particulier sont victimes de persécutions, car le plus souvent un serpent rencontré est un serpent mort. Pourtant, ils vivent le plus souvent loin des hommes, dans des sites peu perturbés. Un changement d’attitude vis-à-vis de ces animaux est à souhaiter, car rien ne justifie de tuer sans raison, ou sur la base de croyances fallacieuses !

Les espèces venimeuses ne sont pas nombreuses en Tunisie, et la plus fatale pour nos concitoyens est le cobra qui peut se rapprocher des habitations. Les serpents sont surtout peureux et ne cherchent pas particulièrement à s’approcher des lieux de vie des gens. Si c’est le cas, les sites où ces animaux sont connus pour y sévir devraient être aménagés de façon à ce qu’ils leurs soient hostiles.

Un dernier mot, le fait de croire que certains reptiles ont des vertus curatives n’a aucun fondement scientifique, et l’école devrait jouer un rôle dans la démystification de ces superstitions…