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C’est le 17 août dernier, au tribunal de Djerba, que s’est tenue l’audience de Mouhab Toumi. Celle-ci ne portait pas sur le terrorisme, la contrebande, la violence ou sur d’autres affaires pénales. Nawaat est allé à la rencontre de Mouhib à Djerba après le report de l’annonce du verdict dans le cadre de son procès, au 24 août prochain. Dans cette entrevue, Mouhab nous a éclairé, nous fournissant plus de détails sur les circonstances de son arrestation, de sa comparution devant le juge et sur sa position par rapport à ce qu’il traverse.

Le 6 juillet 2015, la police a frappé à ma porte. Ils m’ont annoncé qu’ils avaient besoin de moi. Je les ai suivi au poste de police. En chemin, le co-conducteur m’avait demandé pourquoi je les ai insulté sur facebook. Arrivant au poste de police, ils m’ont montré un fax envoyé du ministère de l’Intérieur dans lequel il est dit que j’ai fait outrage au président de la République en insultant sa mère «la traitant de prostituée» et que j’ai encouragé la violence envers les agents de la sécurité nationale en disant que «les policiers sont des chiens et que manger leur chair est Halal », explique Mouhab.

Le jeune homme, indigné face à cette affaire, nous explique que c’est loin d’être son premier post qu’il a publié sur facebook sur le même sujet. Mais encore, Mouhab nous indique que sa publication date de 2012. « C’est maintenant que ça les a gêné ? Je ne comprends pas. Ou bien c’est peut-être parce que ce n’est plus le même président ? Ou bien parce que le parti au pouvoir a changé ? Ou est-ce qu’ils veulent remettre en place l’Etat policier ? », s’interroge le jeune homme.

Mouhab indique que durant son interrogatoire, les policiers ayant demandé pourquoi il les a insulté, leur a exposé plusieurs raisons justifiant ses insultes. « Apparemment, ils avaient des doutes concernant mon appartenance à des organisations terroristes. Je n’ai de relations avec aucun parti politique. Mon activisme dans la société civile n’est autre qu’avec l’association tunisienne des sciences de l’astronomie. Je suis aussi un supporter de l’équipe sportive de Djerba », ajoute-t-il.

L’interrogatoire s’est aussi axé autour de questions par rapport à la relation de l’accusé avec Mohamed Moncef Marzouki (ancien président), le « Mouvement du peuple citoyen » ainsi que celles le liant aux différents spectres politique du pays.
Parmi les questions plutôt surprenante dans cette affaire, Mouhab a eu droit a « voulez-vous tuer le président de la république et qui comptez-vous soutenir, si Daech venait à s’installer en Tunisie ? ».

« Je serai sûrement contre Daech […] les deux [NDLR : Mouhab et les policiers] nous défendons la Tunisie, à chacun sa bataille […] C’est ce genre de chose qui laisse la jeunesse tunisienne sympathise avec Daech […] il faut qu’on critique […] sans la critique, le pays n’ira pas mieux », ajoute-t-il.

Mouhab a comparu ce 17 août 2015 devant le tribunal de Djerba, Houmet Souk. Son procès s’est axé sur la diffamation et offense au président de la République suite à ce qu’il a publié sur sa page facebook. En réponse aux questions du juge, le jeune avait expliqué qu’il ne faisait que critiquer la situation par amour à la patrie. Il a par la même occasion avoué que le jargon utilisé était un peu violent mais qu’il ne comprenait pas ce qu’il faisait devant un juge en ce jour. Ce qui a été noté dans le procès-verbal de l’audience. Maître Mehdi Ben Hammouda, avocat de l’accusé a demandé un non-lieu.

En revanche, Mouhab semble convaincu que ce n’est autre qu’une tentative qui vise la dissociation de l’affaire de son cadre juridique et la violation de la liberté d’opinion et d’expression.

On aurait dit que j’étais chez moi, en train de parler librement et que quelqu’un était en train de m’enregistrer sans ma connaissance. Ça veut dire quoi ? Il y a même l’un des agents de la sécurité nationale qui m’a conseillé d’écrire mes pensées sans les rendre publiques suit facebook […] doit-on devenir comme des fous et se parler seul ? s’interroge-t-il.

Le jeune homme considère que cette affaire reflète l’intention de réduire les libertés en Tunisie et handicaper la société civile. Il ajoute que son arrestation vise à effrayer les jeunes, en rétablissant la censure et en traquant leurs activités sur Internet. « Le concept de la liberté, il faut continuer à combattre pour lui, comme on combat la mer agitée pour ne pas se noyer. Il faut continuer à résister, parce que si tu croise les bras et cède, l’eau te noie ».